‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 114 sur 221 · Dial · texte numérisé non relu

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ment sous sa plume celui de Pierre? Et il habitait Rome? Je ne vois guère à ce silence qu’une seule explication : au temps où Justin écrivait, la légende dont nous allons rencontrer, dans un instant, le plein développement, n’est pas formée encore : les chrétiens de Rome ignorent que Pierre a futté contre Simon dans la Ville, qu'il est même venu tout exprès pour cela; et, s'ils l’ignorent avant Justin, alors qu'ils vont le savoir, ou qu’on va le savoir pour eux, presque tout de suite après, c’est, en premier lieu, que la légende en question ne répond à aucun fait, que Pierre n’a réellement pas combattu Simon : c’est, en second lieu, qu'entre Justin et Irénée, par exemple, qui connaît la légende, il s’est passé quelque chose qui en a favorisé l’éclosion !.

Cependant essayons de voir ce que vaut, prise en elle-même, l’assertion de Justin touchant Simon. Prenons garde, tout d'abord, que notre apologiste ne semble rien savoir de précis sur les faits et gestes du Samaritain à Rome, il sait seulement qu'il y est venu sous Claude et qu’on lui a élevé une statue dans l’île Tibérine ; c’est même l’existence de cette statue que, sans doute, il a vue, qui lui paraît la meilleure garantie, non seulement de la déification de Simon (il a lu sur le socle, Simoni deo Sancto), mais encore de la réalité de son séjour dans la Ville. Or, il nous

4. On a pu dire aussi (Schmiedel) que la légende existait déjà ; Justin n’en trouvant pas confirmation dans les traditions romaines, n’a pas cru devoir s'y attacher. Ce n’est pas invraisemblable, mais

l'hypothèse est subordonnée à la date que l’on attribue à la formation de la légende.

est bien difficile de décider si oui ou non le thaumaturge de Samarie est venu à Rome, car évidemment le fondement de toute la légende romaine, c'est précisément l'affirmation de Justin, nous n’allons pas tarder à nous en convaincre. Si nous admettons que ce Simon soit vraiment un personnage historique, un charlatan en chair et en os, inventeur d’une espèce de contrefaçon samaritaine de la mission de Jésus, nous ne croirons pas impossible que Rome l’ait attiré, après tant d’autres goètes ; tout en nous souvenant que le manque de renseignements, vraiment anciens et dignes de foi, sur le personnage nous oblige à la plus grande réserve. Mais à quel moment a-t-il donc fait ce voyage? Le problème soulève des difficultés de même ordre que celui de la venue de Pierre à Rome et, peut-on dire, des difficultés parallèles. Simon, comme Pierre, paraît au moins deux fois dans la Ville, à en croire les récits les plus complets : une première fois, sous Claude, Justin vient de nous le dire; ure seconde, sous Néron, où s'engage entre lui et l’Apôtre le grand débat qui se termine mal pour lui; il s’est artificieusement élevé en l’air et se brise sur le sol, où le précipite la prière de Pierre. Or, on trouve, paraît-il‘, une confirmation du dénouement tragique de la querelle, dans Suétone. Cet auteur nous conte, en effet, qu’un homme s’élance un jour du haut du cirque, avec la prétention de voler dans l’espace et qu’il vient s’écraser sur le

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