‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 118 sur 221 · Irénée, Haer., I, 3 etss · texte numérisé non relu

Irénée, Haer., I, 3 etss

très profitable. L'auteur nous conte d’abord d’après les Actes (VIIL, 9 et ss.) et en arrangeant quelque peu leur récit, comment Simon feint d’être chrétien pour surprendre ce qu’il croit les secrets magiques des Apôtres (Magicam scientiam), et comment l'offre qu'il fait de les acheter, lui attire une dure parole de Pierre; il ajoute : « Et comme, encore, il ne croyait pas à la parole de Dieu, dans le désir de lutter avec les Apôtres, il tendit ses forces (ef cupidus intendit contendere adversus Apostolos), afin de paraître dans toute sa gloire, et scruta encore plus avant tout l’art de la magie, de manière à forcer à la stupeur un grand nombre d'hommes. Et en effet, sous Claude César, il paraît que celui-ci l’honora d’une statue, à cause de son habileté dans l’art magique. Ainsi donc bien des gens le glorifièrent comme un dieu. » L'interprétation la plus naturelle de ce texte décousu et, pour mieux dire, la seule qu’il autorise, est la suivante : Simon a cru surprendre les secrets des Apôtres, puis il a espéré les leur acheter; il n’a réussi qu’à s’attirer un avertissement sévère de Pierre ; au lieu de reconnaître dans sa bouche la voix même de Dieu, il s’entête et se dresse délibérément en rival en face des hommes du Seigneur; ses artifices ont assez de succès pour que Claude lui octroie une statue et que maint nigaud le prenne pour un dieu. Irénée, qui emprunte vraisemblablement le dernier détail à Justin, comme nous l’avons avancé tout à l'heure, ne dit en aucune

1. Et cum adhuc magis non credidisset Deo. Le sens n’est pas évident; tout le passage est d’ailleurs très difficile à rendre.

SIMON LE MAGICIEN DA dt

manière qu'une nouvelle rencontre se produise plus tard entre le Magicien et les Apôtres; à plus forte raison, ne dit-il pas qu’elle ait lieu à Rome. En réalité, il n’ajoute rien à Justin, mais, et c’est le point capital, les mots cupidus intendit adversus Apostolos prêtent à l’équivoque; je veux dire qu’ils favorisent Popinion qu’il y a eu entre Simon et les Apôtres une seconde lutte; puisque, de toute évidence, encore qu'Irénée ne le dise pas, la statue qui récompense ses tours et semble consacrer son triomphe se trouve à Rome; il est naturel que ce soit dans la Ville que s’engage le combat décisif entre la vérité et l’erreur.

Et c’est là, en effet, la version que nous rencontrons dans les Philosophumena. L'auteur, après avoir rappelé le récit des Actes sur le débat de Simon et des Apôtres à Samarie, ajoute que le Magicien abjure la foi et revient à la magie. « Etses périgrinations le conduisirent jusqu’à Rome où il tomba sur les Apôtres ct, comme ses prestiges y séduisaient beaucoup de gens, Pierre lui fit une opposition énergique‘. » Il n’est pas question encore de toute la complication dramatique que nous trouverons plus tard, du vol et de la chute meurtrière, mais le schéma de l’histoire est établi; elle ne prendra son essor dans la littérature écclésiastique qu'après Arnobe?, c’est-à-dire au début du 1v° siècle.

4. Philos., VI, 20. En VI, 7, nous lisons qu'il à essayé de se faire passer pour un Dieu, et en VI, 20, également, que ses disciples possèdent son image sous les traits de Jupiter (eiç Audc mopgñv).

2, Adv: nat., I, 12.

De cette histoire, nous comprenons au moins comment s’est préparée la trame; Justin a affirmé la venue de Simon à Rome; Irénée a affirmé que le Samaritain orgueilleux avait continué de se dresser contre les Apôtres après la déconvenue qu'il avait éprouvée de leur part dans sa propre patrie; n’étaitil pas fatal que, des deux notions rapprochées, sortit cette assertion que le principal combat entre le serviteur des démons et les hommes de Dieu s’était livré à Rome? D'abord on n’en précise pas les détails et, surtout, on ne lui donne pas une issue qui rende absurde le point de départ, c’est-à-dire l'affirmation de l'existence d’une statue et d’honneurs divins octroyés au Magicien. Eusèbe nous offre encore une version moyenne et prudente de l’histoire de Simon’; mais déjà le thème initial avait subi des variations nombreuses et extravagantes dans plusieurs écrits.

Il. Avec les apocryphes, nous pénétrons sur un sol mouvant, où il est malaisé de marcher d’un pied assuré. Pour la clarté de l'exposition, considérons à part les Pseudo-Clémentines et les pièces hagiographiques, où s'achève l’histoire de Simon et où se précise le rôle que Pierre est censé jouer en face de lui à Rome.

4. Eus., HE. IT, 14, s. et ss. : 15, 1. Il signale la venue de Simon à Rome sous Claude, la prédication de Pierre, qui arrive derrière lui; sans dire expressément que ce soit exprès pour le combattre, et il conclut que, la vérité se répandant chez les Romains, la puispuissance de Simon s’y évanouit; sans plus de détails. Augustin Haeres., I, 4 et Théodorct, Haeret. fab. comp. 1, 4, etc., sont évidemment les échos de Justin, à travers Eusèbe vraisemblablement.

1. Les Pseudo-Clémentines' se composent de trois ouvrages : les Reconnaissances, les Homélies et les Épitomés?. Ce sont des écrits doctrinaux, qui empruntent le cadre d'un récit romanesque, sensiblement le même dans les trois, avec, pourtant, dans la localisation des incidents, quelques différences qui ne sont pas pour nous sans intérêt. Tels qu’ils se présentent aujourd’hui, aucun des trois n’est original; pour les Épitomés la question ne se pose pas, et elle est tout de suite résolue en ce qui regarde les Reconnaissances et les Æomélies, pour peu qu’on y prenne garde; d’ailleurs c’est un point où s'accordent tous les critiques. Il est d'autant plus utile de le noter qu'ils diffèrent d'opinion à peu près sur tous les autres et particulièrement sur les deux plus importants, à savoir quelle tendance doctrinale représentent les Pseudo- Clémentines et à quelle époque remonte la rédaction que nous en possédons.

La plupart des critiques reconnaissent encore aujourd’hui dans les écrits en cause une tendance judaïsante’, qui dresse le judéo-christianisme comme un

4. Langen, Die Klemensromane, Gotha, 1890, in-8; Waitz, Die Pseudo - Klementinen, ap. Texte und Untersuchungen, nouv. série, X, 4, 1904; J. Chapman, Clementines, ap. The Catholic Encyclopedia, 1V; du même, On the date of the Clementines, ap. Zeitschrift f. d. neutestamentl. Wissenschaft, 1908, p. 21; et ss.; Harnack, GACL., I, p. 242 et ss.; LDG.*, I, p. 294 et ss. Zahn, Einl., I, p. 448 et ss.; II, p. 22 et ss.; Loofs, Leitfaden!, p. 85; Schmiedel, Simon Magus, ap. Enc. bibl.

2. Dressel, Clementinorum Epitomae duae, Leipzig, 1869, in-8.

3. Je ne cite ici que les opinions récentes d'hommes qui ont dû, avant d'écrire, peser les opinions diverses. Ropes, The Apostolic age, p. 96; Deutsch, Lehrb. d. Kirchengeschichte, p. 76;

idéal de vérité, contre le paulinisme disent les uns!, contre la gnose, disent les autres, ou contre Marcion®. Certains, il est vrai, refusent aux Pseudo-Clémentines tout esprit judéo-chrétien® et même jusqu'à toute connaissance du judaïsme (Headlam) ; ils les croient franchement catholiques, encore que d’un catholicisme un peu mêlé, et particulièrement hostile à la théologie alexandrine et ils estiment que leur effort vise surtout le polythéisme grec, la mythologie immorale, la fausse philosophie et les pratiques magiques. Dom Chapman va plus loin, il nomme les adversaires auxquels songent les rédacteurs dont nous lisons les œuvres : Porphyre et son école, et spécialement Jamblique. Toutes ces discussions sont pour nous beaucoup moins intéressantes que celles qui se poursuivent autour de la date de nos Clémentines, et surtout que celles qui se rapportent au caractère et à l’époque de l'original (Grundschrift) sur lequel elles reposent, car, de toute évidence, e’est seulement en tant qu'ils peuvent être considérés comme les témoins de traditions anciennes sur Simon ct Pierre que ces apocryphes méritent de nous arrêter.

Laissant à part les Épitomés, visiblement postérieurs aux deux autres écrits, on admet généralement

Hoennicke, Judenchristentum, p. 99; Buoniauti, Lo Gnosticismo, p. 127; Albers, Manuel, I, p. 121.

1. C'était l’idée fondamentale de l’école de Tübingen, soutenue encore par Hilgenfeld (+ 1907), Schmiedel, etc.

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