‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 13 sur 221 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

[. Faut-il aller plus loin‘ et croire que, par la volonté de Jésus, et de sor vivant, Pierre fut investi d’une prééminence formelle sur les autres Apôtres, . quele Christ remit par avance, et pour l'avenir, entre ses mains, la puissance que lui-même croyait tenir de son Père céleste?? Autrement dit, Pierre a-t-il . reçu du Christ une mission particulière, qui l'inves- tissait, parmi les frères, d’une véritable fonction de gouvernement, à tout le moins de direction? Au pre- mier abord, certains textes évangéliques pourraient . le laisser croire; commençons donc par les rappeler.

4. Certains théologiens ont vu dans le rèle de premier plan que Fhistoire évangélique prête à Pierre une preuve suffisante de sa primauté; on y peut voir tout au plus une confirmation des autres arguments que nous allons discuter et sans lesquels il serait bien . osé de dépasser la conclusion que nous avons tirée des épisodes rappelés plus haut. Cf. Turmel, Hist. de la théol., IP, p. 202 et s. Semeria, Dogma, p. 187 et ss.; on trouvera la liste des références évangéliques avancées par les théologiens romains dans Brassac, I, p. 338, n. 2. Voir aussi Bacuer, Manuel", IX, p. 288, où l’auteur … énumère les onze privilèges propres à S. Pierre, que Bellarmin découvre dans les Évangiles.

2. Je ne pose pas ici la question préjudicielle : Jésus possédait-il réellement le pouvoir qu'il est censé avoir confié à Pierre, comme à . son vicaire? Je ne recherche que l'intention de Jésus.

On lit en Mf. XVI, 13 et ss. que Jésus, étant arrivé sur le territoire de Césarée de Philippe, demanda, tout en cheminant, à ses disciples, ce qu’on disait communément de lui; et eux de lui rapporter les bruits qui couraient: « D’aucuns disent que tu es Jean le Baptiste, d’autres Élie, et d’autres Jérémie, ou l’un des Prophètes. » Alors, et tout naturellement, il les interroge : « Et vous, qui dites-vous que je suis? » Simon Pierre répond pour tous et confesse : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant. » Et Jésus lui réplique : « Tu es heureux, Simon Barjona, car ce ne sont pas la chair et le sang (c'est-à-dire un homme) qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Et je te donnerai les clefs du Royaume des cieux. Et tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. Après quoi il ordonna à ses disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ! » (c’est-à-dire le Messie).

Assurément, si le Christ a prononcé de telles paroles et avec l’intention qu'y voit l'Église romaine, Pierre doit être placé hors de pair parmi les Apôtres,

4. Voici, d'après Nestlé, le texte des versets essentiels : 18. x&y® é oo Aéyu ürt où ei Ilétsoc, xai ëni Toutn Th nétog oixodounsw [Lou Tv SxxAnoiav, #ai mohar GÜov où xarioxüoouaiv adtic. 19. Êwow ot rac nhetôac 1Ac Basihciucs Tov oùpav@v, xai 0 Eùv dons Emi TAç YAc Eotar dedepévov èv Toïc oUpavoïc, xa © êav AVonc Ent Tic yhc Ecru

Xelvuévoy ëv toïs odpavotc. Les manuscrits r’offrent d’ailleurs, pour .

ce passage, aucune variante intéressante,

fort au-dessus même des fils de Zébédée: il est

comme l’incarnation de la foi et de l'Église tout entière ; il est la pierre d’angle qui soutient l'édifice, et son droit à la primauté ne saurait être contesté. On avance, pour fortifier l'interprétation traditionnelle du texte de Mt., divers autres passages des Évangiles.

On lit en Le. XXII, 31, au milieu du récit de la dernière Cène : « Le Seigneur dit aussi : Simon, Simon, voici que Satan à demandé à vous cribler (Par vous, entendons les disciples) comme le blé; — mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras converti, affermis ses frèrest. » Les théologiens romains voient dans les derniers mots la confirmation de la promesse rapportée par

Mt. et une preuve de la mission de direction confiée

à Pierre par le Christ. C'est également le sens qu'ils donnent aux propos que le IVe Évangile prête à Jésus ressuscité, quand il converse avec Pierre sur les bords du lac de Génésareth : « ... Simon, fils de Jean?, m’ai-

mes-tu plus que ne font ceux-ci? » Il lui répondit :

« Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. » Il lui dit : « Pais mes agneaux. » Deux fois le Christ réitère sa question ef recevant la même réponse, nuancée, la troisième fois, de tristesse et d'inquiétude, il répète : « Pais mes brebis, pais mes petites brebis®. » « De

1. Voici le texte du verset 32 : éyw dë édef0nv nepi ooù lva LA éx}imn ñ Riotis sou, xt oû more émiotpébac otApioov roc &de)}vobc cou.

2, Ziuuwy ’Iwdyou, forme grécisée et déformée de Simon Bar Jona.

3. Jn. XXI, 15-18 : Pôoxe ta dpvéa mou... noipave Ta To06dTé pou. molpauve Ta moo6drié ou. Nestlé accepte la leçon xpo8xrix deux fois,

la solennité de cette scène, écrit un apologiste ca lique, et notamment des dernières paroles, il rés que Jésus a donné à Pierre le privilège de juridi tion!. » ns Chacun de nos trois textes? et l'assemblage qu fait la théologie catholique, ont été l’objet de longues EMA discussions, dans lesquelles il nous faut nécessairement pénétrer à notre tour. Pour les textes, se posent au moins deux questions, celle de leur authen: ticité et celle de leur sens véritable : Jésus a-t-il réel à lement prononcé les paroles que lui prêtent des Éva je | gélistes; et, qu'il les ait dites ou non, comment faut-il exactement les entendre? En ce qui touche à la

en 16 et en 17; cette variante n'a pas beaucoup d'importance pour nous. NA

1. Brassac, Manuel, I, p. 739. L'auteur ajoute que le sens de tout : le passage de Jn., déjà clair par lui-même, est définitivement fixé. par le Tu es Pierre de MU. et le Affermis tes frères de Le.; iles évident qu'à son jugement les trois textes sont parties d'un même tout ; l'un complète l’autre, non seulement quant au sens, mais, pou ainsi dire, chronologiquement. « Pierre, écrit M. Bacuez (Manuel, II7, p. 292 et Brassac, I, p. 377), a toujours été à la tête du collège apostolique ; mais il n’a pas toujours été le Vicaire de Jésus-Christ. Le Sauveur ne l'a investi de son autorité sur l’Église entière qu'après l'avoir fait prôtre, au moment où lui-même allait disparaître et remonter à son père » (Jn. XXI, 15-17). Jésus, de son vivant, prépare d’ailleurs Pierre à son ministère : « Il fait en sorte que ses chutes mêmes, par le repentir qu'elles lui inspirent, contribuent à sa sanc: tification et le disposent à son ministère. » (Bacuez, Manuel, HI p. 293.)

2. Je me borne à ces trois là; on en a parfois allégué d'autres qui sont loin d’avoir la même valeur. Par exemple Provenaz S. Pierre, p. 183, applique à la mission de Pierre le mot de Jn. X, 16: « Et il n’y aura qu'un troupeau et un pasteur » (ua yevhoetou pÜa molpvn, ëç mov); mais il est évident, à simple lecture du contexte, que le mov, le pasteur unique, c'est ici Jés Christ lui-même.

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théorie établie sur ces paroles, il s’agit de savoir si elle est légitime, si elle correspond à quelque chose d'adéquat dans la pensée de Jésus, où, à son défaut, dans celle du rédacteur évangélique.

A. Tu es Petrus. — Tibi dabo claves (Mt. XVI, 18 et 19)

1. Les deux versets de M4. XVI, 18et 19 constituent évidemment la pièce de résistance, celle sans laquelle les autres perdent presque toute leur valeur et qu'elles ne font guère que fortifier. Il est facile de voir que le verset 18, d’une part et le verset 19, d'autre part, renferment chacun une affirmation que l’on peut considérer en elle-même. Jésus peut avoir dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (vers. 18) et n'avoir pas ajouté : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux » (vers. 19), ou réciproquement. En fait, les théologiens considèrent qu'il y a là deux arguments différents en faveur de la primauté de Pierre et qui, quoique au fond corrélatifs, doivent être examinés l’un après l’autre.

Toutefois, avant de séparer nos deux versets, considérons-les comme ils se présentent, bout à bout, l’un formant la suite de l’autre, et dans un certain passage de l'Évangile selon Mt. Leur localisation est-elle authentique? C'est-à-dire, sans rien décider sur le fonds, est-il vraisemblable que Jésus les ait prononcés dans les circonstances où l’Évangéliste les place ? Sans doute, si le Christ nourrissait

le dessein d’honorer Pierre par l'octroi d’un privilège magnifique, il semble assez naturel qu'il ait choisi, pour l’en informer, le moment où l'Apôtre vient de lui donner une preuve décisive de sa foi, en le proclamant Messie; mais il n’est pas non plus impossible que ce rapprochement frappant, entre la réponse de Pierre et la déclaration de Jésus, ait été imaginé par l’Évangéliste. L'examen attentif de son œuvre décèle un travail rédactionnel assez compliqué et très réfléchit; il n’est pas incapable d’avoir opéré une transposition, qu'il jugeait, avec raison, ingénieuse et démonstrative. Or, il n’a pas inventé l'épisode où il place les versets en question, j'entends la conversation entre Jésus et ses disciples; il la trouvait dans une de ses sources, en Marc, ou, si l’on veut, en un Proto-Marc analogue au nôtre; Le. l'y a trouvée comme lui. Et, en effet, nous lisons en Mc. VITE, 27 et ss., comme en Zc. IX, 18 et ss., un récit, qui est l’exact équivalent de celui que nous offrent les versets 13, 14, 15, 16 et 20 de M4. XNI, mais où absolument rien ne rappelle les versets 17, 18 et 19 du même M4. Il y a plus : si on considère ces trois versets dans leur rapport avec les autres, on voit qu'ils en rompent la suite. Voici, pour qu'on en juge, le texte de Mc. : « Et Jésus vint avec ses disciples dans les bourgs de Césarée, de Philippe et, en route, il interrogeait ses disciples leur disant : Qui les gens disent-ils que je suis? — Ils lui répon-

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