‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 14 sur 221 · Nicolardot, Les Procédés de rédaction, p. T5 et ss · texte numérisé non relu

Nicolardot, Les Procédés de rédaction, p. T5 et ss

dirent : Jean le Baptiste; pour d’autres Élie, pour

d’autres encore l’un des prophètes. Et il leur de-

manda : — mais vous, qui dites-vous que je suis? Pierre, répondant lui dit : tu es le Christ. — Et il leur interdit de rien dire à personne sur lui. » Le récit de Zc. est tout à fait parallèle; il n’y est pas fait mention davantage des idées qui se trouvent en Mt. XVI, 17, 18 et 19 et, pour peu qu’on y réfléchisse, ce silence semble nécessaire, étant donné la façon dont finit l'entretien : visiblement la proclamation de sa dignité messianique paraît à Jésus inopportune ou dangereuse, puisqu'il en interdit très sévèrement la divulgation‘; pourquoi irait-il féliciter et en quelque sorte récompenser Pierre de lavoir lancée? Les versets particuliers à M£., considérés ainsi du dehors, ne nous paraissent pas se placer dans la même perspective que ceux communs à la fois aux trois Synoptiques ; ils se présentent comme une interpolation de la source.

Un premier fait peut donc être considéré comme acquis, après comparaison entre les trois récits de nos Synoptiques, à savoir que dans l’une au moins de leur sources, représentée plus ou moins exactement par Mc., on ne trouvait aucune trace des versets 17, 18, 19 de notre Mt. XVI, à l'endroit où il les à mis; cette localisation est son œuvre. Tout

1. Mt. et Mc. portent le mot ënettuncev, que la Vulgate traduit en Me. por comminalus est et qui implique, en effet, l’idée d’un ordre donné avec menaces. Le. IX,21, insiste : 6 OÈ Émtimñoac aûtoïc

maphyyeev pndevi Xéyetv roùro. ( Vulg'ate : At ille increpans illos, praecepit ne cui dicerent hoc.)

de suite, d’ailleurs, il est possible de faire un pas de plus et d'affirmer qu’en aucun autre endroit de la source marcienne la substance de ces trois versets ne se rencontrait; s’il en avait été autrement, notre Mc. et notre Lc. nous en rapporteraient quelque chose n'importe où, et ils n’en soufflent mot nulle part. Et, en effet, nos versets, particulièrement si on leur accorde Le sens que réclame la tradition romaine, enferment une des pensées capitales de Jésus, touchant lavenir de son œuvre; ils nous donnent même, sur la façon dont il la concevait et sur celle dont il nous faut à notre tour l’envisager, upe indication entre toutes précieuse. Qui donc oserait soutenir encore que la prédication du Maître a été essentiellement eschatologique et tout entière tournée vers la transformation imminente du monde terrestre, s’il est prouvé qu'il a prétendu construire « son Église » sur la terre et en confier la direction à Pierre? Est-il admissible un instant que l’expression de sa volonté n’ait pas occupé dans le souvenir des premiers disciples la place centrale? N'oublions pas qu'une tradition, que nous pouvons remonter, par Papias, jusqu'aux confins de la génération apostolique, ‘et peut-être plus haut par la Prima Petri, nous représente Marc comme le compagnon, l'interprète et le fils spirituel de Pierre; c'est par son ordre, ou sous son inspiration, qu’il agit en Égypte?;

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