Schmiedel, Simon Magus
2. Funk, Didascalia et Constitutiones apostoloram, Paderborn, 1905, 2 vol. in-8; c’est une traduction latine de la Didascalie, que nous n’avons plus complète qu’en syriaque, avec, en face, une excellente édition des Constitutions; le tout précédé de Prolégomènes el suivi de compléments de la plus grande importance.
3. Funk, Die Apost. Konstitutionen, Rottenbourg, 1891, in-85 Bardenhewer, Les Pères, II, p. 195 et ss.
cle. Ni la Didascalie, ni les Constitutions, ne nous mettent en présence de témoignages anciens; elles ne nous intéressent qu’en ce qu’elles fixent une des directions prises par les traditions et les légendes. Leurs rédacteurs ont certainement eu en vue de marquer le fait de l’union des deux Apôtres Pierre et Paul; en parlant de Clément, Pierre a bien soin de nous dire qu’il a été enseigné par Paul, « son coapôtre et son auxiliaire dans la prédication de l’Évangile’. » Cependant Paul ne paraît pas au cours de la lutte de Pierre contre Simon : l’imposteur arrive à Rome; il trouble l’Église en détournant maint fidèle du bon chemin; sès jongleries magiques entraînent à sa suite la foule des Gentils; un jour le théâtre s'emplit, sur le bruit qu’il y va prendre son vol et Pierre est au nombre des assistants; déjà le Samaritain s’élève, soutenu par les démons et il crie qu’il monte au ciel; mais l’Apôtre s’est mis en prière; les démons lâchent prise et Simon tombe ; il se casse la cuisse et le pied; alors beaucoup de ses partisans l’abandonnent, alors que d’autres s’obstinent?. C’est là, en somme, le thème des Acta de Pierre.
III. En résumé, l'étude des apocryphes clémentins, pétriniens et pauliniens, rapprochés des textes authentiques que nous avons antérieurement examinés, nous permet de poser les conclusions suivantes :
4. Const. apost., IV, 8 : IlavAG T@ cuvanootélw Âpüv xal ouvepy® Êy t@ edayyeMw.
2. Didascal., VI, 9, 2et ss.; Const. Aport., VI, 9. Le texte des
Gonstitutions est très amplifié par rapport à celui de la Didascalie.
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4° Il courait au ue siècle un certain nombre de récits, où Pierre, Paul et Simon tenaient un rôle plus ou moins développé; ces récits ne s’accordaient pas bien entre eux, parce qu’ils ne prenaient guère souci de la vérité des faits et qu’ils se rattachaient à des tendances différentes. 2° Nous trouvons tout d’abord dans les Actes des Apôtres la mention d’un conflit entre Pierre et Simon à Samarie ; c'est la version la plus ancienne que nous ayons d’une rencontre entre l’Apôtre et le Magicien. 3° Nous rencontrons ensuite l'affirmation très simple — dans Justin — que Simon est venu à Rome, qu'il y a obtenu des honneurs, attestés par la statue élevée dans l’île Tibérine et dont l'inscription le qualifie de dieu; il n’est pas encore dit qu'il ait rencontré un Apôtre dans la Ville. 4° Irénée recueille cette assertion; il rappelle, d’après les Actes, que Simon a été malmené par Pierre à Samarie et il ajoute que le Magicien ne se tient pourtant pas pour battu et continue sa lutte jalouse contre les Apôtres; comme, d'autre part, nous le savons aussi, une tradition, établie dès le temps d’Irénée, amène Pierre et Paul à Rome, la conclusion que Rome a été le théâtre d'un des épisodes de la lutte entre eux et le Samaritain s'impose en quelque sorte ; Irénée ne la tire pas encore, mais je pense qu’elle voit le jour peu de temps après lui. Les deux affirmations de Justin et d’Irénée sont donc les deux fondements premiers de l'histoire romaine de Pierre et de Simon. On a justement remarqué! qu’une fois l’Apôtre reconnu par la 1. Dufoureq, Gesta Martyrum, 1, p. 112.
tradition comme le fondateur de l’Église de Rome, on conçoit que son histoire extra-romaine, « se soit réfléchie et comme incorporée à son histoire romaine; » le phénomène se produit d'autant mieux que, très vite, s’efface le souvenir de la véritable histoire de Pierre. 5° Du jour où paraît la secte des Simoniens, qu'elle ait eu ou non un fondateur distinct de Simon de Samarie, la confusion s'établit nécessairement entre l’homme dont le nom trouble l’Église au n° siècle et le perfide tentateur de Pierre. Que Simon de Samarie soit venu à Rome sous Claude, ou même sous Néron, rien n’est moins prouvé, mais que le gnostique Simon, s’il a existé, ait subi l'attrait que la grande ville exerçait sur quiconque voulait se faire un nom, il n’y a point de raison d’en douter. Il suffit alors de ne pas oublier que la chronologie est radicalement indifférente aux faiseurs de légendes, comme d'ailleurs, l'exactitude des faits, qu’ils construisent et amplifient leurs histoires, à la façon des romanciers de leur temps*, et, d'autre part, de songer à l’affirmation d'Irénée sur la persistance de la lutte entre Simon le Samaritain etles Apôtres, pour comprendre comment s'établit le schéma de la légende. Son cadre chronologique reste toujours incertain et elle le remplit avec des incidents dont nous ne découvrons
1. Renan, Antéchrist, p. 28, est pourtant disposé à l’accepter, tout en n'ignorant pas « que les indices sur lesquels Justin et Irénée se fondent, proviennent de singulières bévues. »
2. Flamion, Actes apocr. de Pierre, p. 471; tout le 3° article; et von Dobschütz, Der Roman in der altchristl. Litteratur, ap. Deutsche Rundschau, 1902, 7.
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pas d'ordinaire l'origine; mais dont l’un, au moins, celui qui se rapporte au vol du Magicien, paraît venir en droite ligne de Suétone, où de l’histoire dont il s’est lui-même inspiré’. Sur la trame première de La légende, divers remanieurs brodent, conformément à leurs tendances et à diverses époques. 6° L’un d’entre eux y incorpore, probablement sans le bien entendre, donc assez tardivement, un écrit judéo-chrétien, dirigé contre Paul et où l’Apôtre des Gentils est peint sous les traits de Simon l’imposteur, le contrefacteur de la vérité, que Pierre poursuit partout, même à Rome, pour remédier au mal qu’il fait. En sorte que la légende de la lutte de Pierre et de Simon dans la Ville découle de trois sources, dont une seule aurait peut-être suffi à la former : développement logique des fragiles affirmations de Justin et d’Irénée ; confusion de Simon de Samarie, adversaire de Pierre dans son propre pays et de Simon, l’hérésiarque du u° siècle; confusion de Simon et de Paul, qui, venu réellement à Rome, y amène fatalement son adversaire.
La tradition particulière qui se forme au n° siècle autour de Paul ne dit mot de l’histoire de Simon, à en juger par les Acéa Pauli, et c’est un argument, à mon sens, décisif contre la véracité de cette histoire, car les pauliniens n'avaient aucun intérêt à la taire, non plus qu’à cacher la réconciliation des deux Apôtres à Rome. Quel triomphe pour Paul!