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Pourtant, si apocryphe que fût l'aventure, l’Apôtre des Gentils n’y pouvait longtemps demeurer étranger ; du jour où naquit, tout à fait en dehors de l'affaire de Simon, l’idée d’un accord fraternel! et d’une action commune des deux Apôtres dans la capitale de l’'Empire, Paul dut s'associer à Pierre contre l’Ennemi; d’ailleurs Irénée disait que Simon avait continué de combattre « les Apôtres, » n’était-il pas naturel d'entendre « les deux grands Apôtres”? » C’est l’interprétation que nous rencontrons déjà dans les Philosophumena et qui se trouve développée — beaucoup plus tard — dans les Actes Petri et Pauli.
La légende de Simon et celle de son conflit avec Pierre à Rome se construit donc avec des matériaux et des suggestions hétérogènes ; elle s’amplifie peu à peu par additions et retouches successives; elle se précise aussi par organisation et localisation des incidents qui la composent : on montre les pierres où s'est fracassé le Magicien; on décrit le chemin suivi par Pierre quand il s’échappe de la prison Mamertine, réplique à peine voilée d’Actes, XII, 6-12. Si puissant est le désir de donner de l'importance à l'affaire qu’on finit par oublier et par contredire la tradition qui peut-être faisait périr les deux Apôtres, ou, du moins, Pierre, dans la tourmente de 64, pour rattacher leur mort à la défaite de Simon?.
4. ‘O dyarnrès Auov aûshvds [laÿhos, fait dire à Pierre l’auteur de la ZI Petri, UN, 15.
2. Dufourcq, Gesta Martyrum, 1, p. 114; Flamion, Actes apocr., p. 473.
En vérité, la valeur historique de la légende du Samaritain est nulle et il est prudent d'affirmer, si on se contente de juger « obscures » ses origines, que «la tradition historique du séjour à Rome de S. Pierre est tout à fait indépendante des légendes qui concernent Simon le Magicien. » Il est vain de prétendre sauver cependant quelque chose de ces légendes?, en soutenant qu’elles n’inventent pas le séjour de Pierre à Rome, mais qu’elles « le supposent; cela se voit à la précision de leurs assertions, à l'exactitude de leurs données topographiques; » qu’elles n’ont fait qu'agrémenter d’une façon tendancieuse « un fait solidement établi par ailleurs*. » Ce raisonnement d’un érudit très grave n’est pas exempt de naïveté. Que la légende de Simon, sous sa forme achevée, suppose le séjour de Pierre à Rome, personne n'en doute; la question est de savoir si elle a raison de le supposer et ce n'est toujours pas dans « la précision » d'assertions qui varient d’un texte à l’autre et dans l'exactitude de données topographiques, que n'importe quel Romain pouvait introduire dans n’importe quel roman, qu'on peut espérer trouver, je ne dis pas même une réponse sûre à cette question, mais seulement un argument pour en
1. Grisar, Hist. des papes, I, p. 189; Semeria, Dogma, p. 184.
2. Le P. Rinieri, S. Pietro, 268 et ss., tout en avouant que parmi les obscurités qu’elles présentent (e moralmente impossibile il rinvenire la via di una uscita sicura), s'efforce cependant d'en sauver l'essentiel; il place le conflit décisif dans les premiers mois de l'automne de 65; sa démonstration attache trop d'importance aux témoignages tardifs pour être solide.
fonder une. Laissons cela, et de tout le débat ne retenons que la conclusion qui nous suffit : la tradition de la venue de Pierre à Rome ne peut trouver aucune confirmation dans l’histoire de Simon le Magicien.
Ne doit-on pas croire, en revanche, que l’histoire en question a donné naissance à toute la tradition romaine sur Pierre? Je ne le pense pas, parce qu’on trouve des affirmations du séjour de iApôtre à Rome qui semblent bien indépendantes de la légende de Simon'; mais il faut, du moins, convenir que cette légende a favorisé l’extension de la tradition touchant Pierre?. Cette conclusion s’impose à Harnack lui-même, et il admet que la légende du Samaritain ait eu pour effet, par exemple, de fixer l’arrivée de l’Apôtre dans la Ville à l’époque où la plupart des témoignages fixent celle du goète, soit en 42, et de déterminer, par suite, la croyance en ses 1. Harnack a peut-être raison de dire (Chron., I, p. 710) que la plus vieille forme de la légende de Simon à Rome ne saurait être reportée au delà de la seconde moitié du n° siècle, et qu’en ce cas les renseignements que nous fournissent Denys de Corinthe, Irénée et d’autres à leur suite, ne peuvent être sortis d’un roman à tendance judéo-chrétienne, comme le voulait Lipsius. J'incline, en effet, à penser que le pamphlet judéo-chrétien primitif, utilisé par nos apocryphes plus ou moins directement et un peu antérieur à la date que fixe Harnack pour la plus ancienne légende romaine de Simon, ne faisait point mention de Rome et ne faisait agir ses personnages qu’en Orient; je crois aussi que lorsqu'il a été mis à contribution par le rédacteur du Grundschrift pseudo-clémentin, il n’était plus compris et on ne lisait plus Paul sous le nom de Simon. C’est pourquoi j'admets que l’histoire du séjour de Pierre à Rome repose sur d’autres traditions que celles qui ont constitué
l'histoire de Simon.