CHAPITRE VII
De la légende de Simon nous pouvons au moins tirer une hypothèse : d’après les Actus de Pierre, l’Apôtre n'arrive dans la Ville qu'après le départ de Paul pour l'Espagne, d’après les Acta Petri et Pauli qu'au moment de son retour; ne serait-il pas arrivé après la mort de Paul, dont la date reste incertaine, ou après les dernières épîtres pauliniennes, et son séjour très court n'aurait-il pas été interrompu par la mort'? En fait, c’est, selon l'opinion commune, cette mort que les documents attestent avec une véritable sûreté? et c’est de cette attestation que se dé-
4. C'est là, sans doute, la pensée de Mgr Duchesne quand il écrit, HA., I, p. 64: « Vers le temps où saint Paul recouvrait sa liberté, saint Pierre se transporta à Rome. Peut-être y était-il venu auparavant : cela est possible mais non démontrable. De son activité apostolique en ce milieu aucun détail n’est connu. » Harnack, Mission?, p. 54, n. 1 : In Rom war er kaum wenige Monate, dann œurde er gekreuzigt (L'auteur invoque le mot de Porphyre : isropetat un0 8Alyous pivas Bocxoas Tà moo6dria 0 Iléroos Ésraupochar. Il me parait d’ailleurs difficile d'établir son autorité). Langen, GRK., 1, p. 40 : Bis gegen das J. 63 kann also wohl Petrus nicht in Rom gewesen sein; Von Dobschütz, Apost. Zeit., p. 51.
2, Langen, Loc. cit.; Murray's Bible Dict., p. 675 : That St. Peter. sufjered martyrdom in Rome... may be lal:en as practically certain.
duit, en dernière analyse, la réalité du séjour de l'Apôtre dans la Ville. Malheureusement plusieurs des textes, qui semblent à première vue témoigner de cette mort, sont beaucoup moins décisifs quand on les regarde de près, et les traditions qui, dit-on, les confirment, ne s’accordent bien ni sur le rapport à établir entre le supplice de Pierre et celui de Paul, ni sur les circonstances où se place le tragique événement, ni sur sa date. Étudions d’abord ces variations; nous examinerons ensuite le bien-fondé de l’assertion initiale : Pierre est mort à Rome.
I. « Tout le monde convient que, dès la fin du second siècle, la croyance générale des Églises chrétiennes était que l’Apôtre Pierre souffrit le martyre à Rome. »' Dès le même temps, on place aussi, d’ordinaire, ce martyre sous le règne de Néron; l’unanimité ne va pas plus loin; ajoutons qu’il en est encore de même aujourd’hui. Mais le règne de Néron s'étend d’octobre 54 à juin 68; quelle est celle de ces quatorze années qui a vu le supplice de Pierre? L’opinion la plus répandue, appuyée sur un passage de l’épitre de Clément Romain?, le rattache à la persécution, suscitée en 64, contre les chrétiens accusés d’avoir incendié Rome; elle a déjà cours au un siècle, comme le prouve un texte de Tertullien‘. Cependant