I Clem., N
3. Scorpiace, 15 : Orientem fidem Romae primus Nero cruentavit, Tunc Petrus ab altero cingitur cum cruci adstringitur, tune Paulus….
ce qui fait que beaucoup d’érudits s’y attachent de nos jours, c’est bien moins la précision des textes, qui, en vérité, laisse fort à désirer, qu’une vraisemblance de raisonnement : si, en effet, Pierre se trouve à Rome au moment où la police de Néron s’abat sur la communauté chrétienne de la Ville, il doit être arrêté le premier et frappé avant tous les autres. Aucune raison n'avait encore pu le pousser à cacher sa prédication ; les policiers ne pouvaient guère ne pas le connaître, et, l’eussent-ils ignoré, qu’une dénon:ciation juive le leur aurait probablement livré, si, comme on l’a supposé, les synagogues romaines ont contribué à détourner sur les hérétiques chrétiens la colère hésitante du peuple et de l'Empereur. La date 64 rallie donc les suffrages les plus considérables,
Elle soulève cependant de sérieuses objections. Nous ne reviendrons pas sur celles qui peuvent se déduire de Ja croyance à l’authenticité de la 7 Petri; mais un texte très net de S. Jérôme fixe la mort de
4. Renan, Antéchrist, p. 186 et s.; Duchesne, HA,, I, p. 64 et surtout Harnack, Das Todesjahr des Petrus uw. Paulus, ap. Chron., I. p. 240 et ss. L'auteur considère comme établi par lui {(Chron., I, p. 239) — assertion d’ailleurs contestable — que Paul est mort martyr en juillet 64 ; il remarque, d’autre part, que tous les témoignages dignes de considération s'accordent à faire mourir les deux Apôtres ensemble sous Néron; Pierre a donc péri, lui aussi, en 64; le/fait que la tradition place son supplice dans les jardins de Néron, où nous savons, par Tacite, que furent torturées les victimes de la persécution de 6%, la vraisemblance du peu de durée de cette persécution de Néron, lui sont deux arguments sérieux ; il en trouve un autre dans les chiffres que la liste épiscopale romaine lui fournit touchant la durée de l'épiscopat des évèques successifs, jusqu'à la mort d’Anicet en 166, soit 124+12+49+84-10+4 AOHAH ELISA = 102; 166—102 = 64.
Pierre à la 14° année de Néron, soit 67-68!; et un autre passage du même auteur confirme cette assertion : il y est dit? que Sénèque meurt deux ans avant les Apôtres et nous savons que Sénèque meurt en 65. D'autre part, Clément Romain nous rapporte que Paul rend témoignage devant les magistrats (ëxt roy nyoupévwv); et on remarque que le mot yobmevos, comme son équivalent nyeuwy, peut s'entendre du préfet de Rome (praefectus urbis), ou de celui du prétoire et qu’en 67, il y a eu deux préfets du prétoire, ce qui rendrait compte du pluriel de Clément‘. Ces arguments n'ont qu'une valeur relative pour deux raisons : d’abord l'opinion de S. Jérôme semble dominée par celle d'Eusèbe’, qui est surprenante, attendu que cet écrivain rattache le supplice des Apôtres aux poursuites qui suivent l'incendie (dans la réalité, durant l’été de 64) et qu'il place le tout en 13 de Néron, soit en 66-67; évidemment il commet une confusion, qui tient sans doute à la nécessité où il se croit, ne faisant arriver Pierre dans la Ville qu'en 42, de lui accorder tout de même 25 ans d'épiscopat; en second lieu, si l'année 67 a connu deux préfets du prétoire, Tigellinus et Sabinus, l’année 64 en a connu deux également, Rufus et Tigellinus. Si la date donnée par S. Jérôme conserve des partisans,
. De viris üll., 5.
. De viris, 12.
. I Clem., V, 7.
. Marucchi, Archéol., I, p.17.
. Chron., ad ann. 13 Neronis.
Qt + Go RO
c’est surtout en raison des difficultés que rencontre l’organisation chronologique de la vie de Paul à partir de son acquittement, si, le plaçant en 63, on suppose que l’Apôtre va en Espagne et qu'il revient à Rome pour y mourir, sinon le même jour, au moins dans le même temps que Pierre. La nécessité d’un espace de temps encore plus considérable entre son acquittement et son supplice s’impose, à fortiori si on accepte qu’il fasse un dernier voyage en Orient et qu'il écrive les Pastorales. On suppose alors que la persécution, commencée par Néron en 64, dure plusieurs années et qu’elle ne frappe pas Pierre tout de suite; pour rendre l'hypothèse plus vraisemblable, on concède que l’Apôtre pouvait n'être pas encore arrivé à Rome en 64. Dans un ouvrage récent, on a donné à cette explication un complément spécieux : Pierre serait venu à Rome tout justeraent pour rassembler les débris de l’Église, bouleversée par la persécution, et la reconstituer. Que la tradition la plus ancienne soit demeurée dans la plus grande incertitude touchant la date où 1l convenait de placer la mort de l’Apôtre, aussi bien que touchant les circonstances dont elle s'était entourée, les preuvesen abondent durant les cinq premiers siècles : à côté des témoignages qui rangent Pierre au nombre des victimes de la tragédie de 64, comme celui de Tertullien, que je rappelais tout à l'heure, d’autres, par exemple tous ceux qui sortent des Acfa de Pierre,