Hatch, Paul, ap. Enc. bibl
2. Erbes, Todestage, p. 53 et ss., ne croit pas que Paul soit une victime de la persécution de Néron et se fonde sur les raisons suivantes : l’Apôtre est arrivé à Rome en février 61, vers le 12 (Cf. Todestage, p. 47 et ss.); les Actes XXVIII, 30, nous disent qu'il attend son procès deux ans; on le juge donc en février 63; comment expliquer que l'affaire traine environ dix-huit mois (février 63 à juillet 64)? Et si on l’admettait, comment comprendre qu’on soit allé décapiter Paul sur la voie d’Ostie, alors que les autres victimes de la persécution de Néron périssent dans les jardins du Vatican? Si on admet un acquittement en 63 et une seconde arrestation en 64 (juillet-août), l'isolement dans le supplice semble encore plus invraisemblable. Or, les deux ans dont parlent les Actes, ne constituent pas un délai arbitraire; ils marquent le terme légal evocandorum testium. Paul aurait été appelé en jugement vers le 12 février 63 et condamné à mort. Une dizaine de jours ont pu s’écouler avant sa mort (Tac., Ann., II, 51, nous dit qu’au temps de Tibère il est résolu que les condamnations à mort prononcées par le Sénat ne seront exécutoires qu'au bout de dix jours et un mot de Sénèque, De Tranquill., XIV, 4, fait allusion à cet usage). Erbes conclut (p.55) que c’est le 22 février 63 que Paul fait « sa dernière promenade » sur la route d’Ostie. — Von Dobschütz, Die urchristl. Gemeinden, p. 121, propose également la date de 63 pour la mort de Paul.
pensée chrétienne, oublieuse des anciens différends, rapprochait les deux Apôtres en une touchante communion de doctrine et d'œuvres, elle tendait à mêler plus intimement leur vie vers sa fin ; le point d’aboutissement logique de son travail de conciliation était de faire mourir les deux hommes de Dieu le même jour, pour la vérité. Des expressions comme celles de Denys de Corinthe : « Ils ont souffert le martyre dans le même temps’, » qui n'étaient probablement pas rigoureuses sous la plume de leur auteur, se montraient tout de même favorables à une interprétation qui harmonisait tout à fait la fin des deux grands ouvriers de l'Évangile. Seulement siles choses se sont, en effet, passées ainsi, l’espèce de garantie que la mort de Paul semble apporter à celle de Pierre à Rome disparaît. Il faut bien reconnaitre que plusieurs textes importants la laissent très incertaine: chez Denys de Corinthe, nous le savons déjà, chez Tertullien, chez Lactance, même chez Eusèbe?.
1. Ap. Eus., HE,, II, 25, 8 : èpxprüpnouv xata Tùv aûTov xap6y.
2. L'expression de Denys, ap. Eus., ÆLE., IT, 25, 8, « dans le même temps » ne suppose pas en soi simultancité absolue; Tertullien écrit dans le Scorpiace, 15, à propos de la persécution de Néron : tunc Petrus ab altero cingitur... tune Paulus, ce qui permet de supposer quelque distance entre les supplices des deux Apôtres. Même impression chez Lactance, De mort, pers., 2 :.. et primus (Nero) omnium persecutus Dei servos, Petrum cruci affixit, et Paulum interfecit ; Eusèbe, HE., II, 25, s., dit seulement que Pierre et Paul périssent sous le règne de Néron (xar'aÿrév); dans la Chron., ad ann. 13 Neronis, il signale simplement la persécution de Néron et ajoute : in qua Petrus et Paulus gloriose Romae occubuerunl; pas plus de précision en Demonstratio evangel., TT, 5. — Peut être (?) commença-t-on par dire que les deux Apôtres étaient morts le même jour, mais pas la méme année: c'est la version que nous trouvons
IT. Les attestations formelles de la mort de Pierre dans la Ville peuvent se repartir en deux groupes : les unes sont patristiques, les autres seulement traditionnelles.
1. Les premières sont nombreuses, mais, puisqu'il est entendu que la tradition est à peu près fixée à la fin du n° siècle, nous n’avons évidemment à faire état que de celles des deux premiers siècles. À priori, nous pouvons considérer comme invraisemblable que s’il nous reste, de ces temps anciens, quelqu'écrit se rapportant de près ou de loin à l’Église romaine, ül ne s’y trouve pas, au moins, une allusion précise à l'événement de son histoire apostolique le plus glorieux pour elle.
La fin du r” siècle nous apporte un document de grande importance : il est certainement sorti de la
chez Prudence, Peristeph., XI, 3 et ss. Sur cette tradition, cf. Harnack, Chron., I, p. 708 et ss. : l’auteur n’ose pas se prononcer sur les motifs qui l'ont déterminée ; moi non plus; il est, en effet, surprenant que Prudence ait séparé quant à l’année deux martyrs qu'on avait, en son temps, l'habitude de fêter le même jour; je ne crois pourtant pas improbable qu’il y ait là une survivance en quelque sorte stylisée d’une impression ancienne et véridique sur la mort séparée des Apôtres. La question s’est encore posée très tard, puisque c’est pour la trancher qu'a été écrite la phrase du Décret de Gélase que voici {Preuschen, Analecta, p. 113) : addita est ergo etiam societas beatissimi Pauli, vasis electionis, qui non diverso, sicut haeretici garriunt,sed uniotempore, uno eodem die gloriosa morte cum Petro in urbe Roma, sub Caesare Nerone, coronatus est. Et Harnack se conforme, en somme, à ce texte, puisqu’il pense que les deux Apôtres sont morts peu après le 49 juillet 64, à un jour inconnu, l’un, dans les jardins de Néron, l’autre, sur la voie d’Ostie.
1. On en trouvera le relevé à peu près complet dans Provenaz, S. Pierre, p.113 et ss.
communauté romaine, et la tradition l’attribue à Clément Romain, dont elle fait un des premiers successeurs de Pierre sur le siège épiscopal de la Ville. C’est une réponse des chrétiens de Rome à ceux de Corinthe, qui leur ont demandé conseil pour sortir d’une période de désordre; elle se place vers 952. « Cet écrit constitue la seule source ancienne qui nous rapporte la mort de Paul à Rome; c’est aussi la seule à travers laquelle nous apprenions que Pierre est mort martyr. » Cette phrase de Weizsäcker exprime, avec les nuances nécessaires, l'opinion la plus répandue parmi les érudits ; mais la plupart, et Weizsäcker lui-même *, croient pouvoir conclure de ce même écrit que c’est aussi à Rome que Pierre a subi le martyre. Or, voici ce qu’on lit au chapitre V de l’épître : « Pierre qui, par l’injuste envie, a supporté de durs travaux, non pas une fois ou deux, mais maintes fois, et ainsi, ayant rendu témoignage,
4. Le 4, le 3° ou le 2°, suivant les diverses opinions des anciens : Irénée, Haer., Il, 3, 3; Hieron., De viris, 15; Tertul., De praescriptione, 32; Const. apost., VII, 46; Epiph., Haer., XXVII, prete:
2. Elle estanonyme ; c’est chez Denys de Corinthe, ap. Eus., HE., IV, 22, 41 et chez Clém. Alex., Strom., I, 7, 38, que nous la voyons d’abord attribuée à Clément Romain. On a supposé (Batiffol, Ætudes d’hist., l*, p. 234) que Denys possédait l'original dans les archives de son église et qu'il y pouvait lire le nom de Clément, négligé depuis par les copistes; ilse peut. Sur toutes les questions touchant Clément Romain, cf, Lightfoot, AF.?, P.I, I, p. 14-103; et sur le texte de l’épître : R. Knopf, Der erste Clemensbrief, ap. Texte u. Unters., nouvelle série, V, 1899.