‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 161 sur 221 · Eus., HE., IT · texte numérisé non relu

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Entendons-nous ; une tradition, tant qu’elle n’est pas fixée par écrit, et souvent même après qu’elle l’est, vit, par conséquent se modifie; mais si elle se développe autour d’un souvenir, d’un fait simple et précis, pieusement conservé dans un groupe constitué, si surtout on la considère dans un temps assez rapproché de ses origines, il y a de grandes chances pour que ses lignes premières restent visibles sous les enjolivements ultérieurs.

Nous avons déjà remarqué l'incertitude chronologique où nous laisse la tradition; nous avons aussi constaté que la simultanéité absolue du martyre des deux Apôtres a toutes chances de n’être qu’un arrangement éloigné des origines et longtemps contesté. Une première remarque nous frappe; c’est que la mémoire des fidèles romains a perdu, de très bonne heure, le souvenir des circonstances dans lesquelles l'Apôtre avait péri, on peut même dire les Apôtres, car les traditions sont tout aussi vagues sur Paul que sur Pierre; si on considère les Actes apocryphes qui développent leur légende du n° siècle aurv*et même au vie siècle, on constate qu'il n’y est pas question des scènes de 64; c’est à des raisons toutes personnelles pour Paul (Acta Pauli), à la confusion désastreuse de Simon le Magicien, pour Pierre (Acta Petri) et quelquefois Paul (Acta Petri et Pauli), que leur supplice est rattaché. Il se peut bien que la plupart de ces documents hagiographiques ne soient pas romains, qu'ils viennent, les plus anciens, d'Orient, les plus récents, du nord de l’Italie, mais le fait seul que les

Romains Les ont acceptés et ont organisé sur eux la tradition relative aux Apôtres, suffit à prouver qu'ils n’ayaient pas eux-mêmes gardé un souvenir très exact de la réalité.

Ne loublions pas, d’ailleurs, les Pères ne paraissent guère mieux renseignés. En admettant, ce qui n’est pas certain du tout, que Clément Romain ait bien entendu marquer que les deux Apôtres ont péri à Rome avec les Danaïdes et les Dircés de 64 (car, de toute évidence, ce n’est qu’en 64 que ces pitreries sanglantes peuvent se placer), sa leçon incomplète a été perdue ; aucun auteur ancien, que

je sache, n’a rapproché la persécution de Néron de J ;

incendie de juillet 64, et Eusèbe, en qui se résument, pour ainsi dire, tous les témoignages antérieurs, place l'incendie en 9 de Néron (62-63)!, alors qu'il faudrait dire en 10, et nous savons déjà qu'il ne met qu’en 13 (66-67) la persécution de Néron et le supplice des Apôtres. Jérôme, qui est aussi, en quelque manière, un compendium, en plaçant le supplice de Pierre et de Paul à la 14e année de Néron (67-68) ne les rattache pas davantage à l’incendie?, non plus d’ailleurs que Paul Orose*. Le premier écrivain chez lequel nous trouvons, à peu près organisé, le récit que les historiens, qui acceptent aujourd’hui la tradition de la mort de Pierre à Rome, jugent probable, c’est Sulpice Sévère, dont la Chronique

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