Grisar, Hist. des papes, I, p
prémisses de son raisonnement et les dépasser dans sa conclusion : personne n’accuse l’Église romaine de supercherie; le sépulcre de Pierre a fort bien su se retrouver à un moment donné, comme se sont, par exemple, retrouvées les chaînes des Apôtres, à la suite de quelque révélation, ou d’une de ces circonstances merveilleuses dont les pièces hagiographiques nous offrent tout un choix. À notre connaissance, aucune Église d'Orient, ou d'ailleurs, ne prétendait posséder les reliques de Pierre, mais notre connaissance n’est pas complète et si, par hasard, une réclamation s'était élevée quelque part dans quelqu’obscure communauté, nous pouvons croire qu’elle n'aurait pas arrêté le mouvement de la tradition romaine; d’ailleurs, les reliques doubles ne sont pas tout à fait inconnues dans l’Église. Et si, comme le croit Erbes, l’Apôtre avait péri à Jérusalem, ruinée au temps d'Hadrien, qui pouvait bien y protester au nom d’un souvenir probablement effacé? Et s’il avait péri obscurément, en un pays où la foi ne s’était pas implantée tout de suite après, parmi les Juifs de Babylonie, par exemple, d’où pouvait venir une réclamation contre la tradition? Il suffit que la croyance se soit établie, et elle l’est à la fin du n° siècle, que Pierre a trouvé la mort à Rome, pour que, fatalement, son tombeau primitif s'y découvre un jour, autant qu'il est fatal que le récit détaillé de son supplice et de son inhumation s'organise peu à peu. Dire que la question est scientifiquement réglée dans Je sens de la tradition catholique, constitue une affirmation que
n'inspire point le seul esprit scientifique. Abandonnons donc l'ambition de prouver tout d’abord, et comme préalablement, que la tombe de Pierre n’a pas pu trouver place ailleurs qu’à Rome et essayons de voir où la tradition la plus ancienne la localisait dans la Ville.
Il. Le Liber pontificalis (vx siècle?), nous apprend que Pierre « fut enseveli sur la via Aurelia, dans le temple d'Apollon, près du lieu de sa crucifixion, près du palais de Néron, dans le Vatican, près du territoire triomphal, le IIT des calendes de juillet'. » Avec une sottise en moins (Dans le temple d'Apollon?), c'est l'opinion officiellement reçue aujourd’hui encore par l’Église catholique’; elle se fortifie d’une affirmation que contient la notice du même Liber, consacrée à Anaclet : « II construisit et disposa une memoria (un oratoire) du bienheureux Pierre, où reposeraient les évêques. » Et, commente Marucchi, appuyé sur les notices suivantes du Liber pontificalis, « autour du premier pape, furent déposés ses successeurs du 1° et du n° siècle, excepté S. Clément, qui mourut en Chersonèse. On n’a rien retrouvé de
4. Lib. pontif., Petrus (Duchesne, I, p. 118) : Qui sepultus est via Aurelia in templum Apollonis, iuxta locum ubi crucifixus est, iuxta palatium Neronianum, in Vaticanum, iuxta territurium triumphalem, 14 Kal. iul.
2. Duchesne, op. cit., p. 120, pense qu'il s’agit d’un temple de la Mater Deum magna Idaea et suppose que la notice du Liber pont. reproduit une confusion populaire qui s'explique par le rapport assez étroit qui unit le culte d’Apollon à celui de Mithra et ce dernier à celui de Cybèle; encore faut-il entendre à côté du temple
et non dedans.