‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 177 sur 221 · Lipsius, AAG., Il, p. 403 ets · texte numérisé non relu

Lipsius, AAG., Il, p. 403 ets

tradition : des hommes, que la liste épiscopale place tout de suite après Pierre, on ne sait plus rien que les noms; il est naturel que, sans prendre garde aux difficultés que rencontre l’explication, on les associe à l’Apôtre, auquel ils touchent de si près, dans le dernier repos.

A la sécheresse du Liber pontificalis, nos hagiographes ajoutent quelques détails qui n’ont pas grand prix. Le Martyrium Petri nous conte que Marcellus, passé de la suite de Simon à celle de Pierre, aussitôt qu’il voit que son maître a rendu l’âme, descend de ses propres mains le cadavre de la croix, le lave avec du lait et du vin, achète des parfums pour l’embaumer et l’ensevelit dans son propre tombeau; on ne nous dit pas en quel endroit il se trouve, mais les Acta Petri et Pauli comblent cette fâcheuse lacune; nous y lisons que Marcellus, aidé de plusieurs saints personnages, que personne ne connaissait, enterre le corps de Pierre à côté de la Naumachie, sous le térébinthe, au Vatican. Matériellement la chose n’est pas tout à fait impossible ; nous savons qu'il existait des tombeaux dans la région vaticane et qu'ils se trouvaient séparés des jardins impériaux par la voie Cornelia; au témoignage de Lampride, Elagabal les fit détruire, pour se donner la place de, faire courir des quadriges attelés d’éléphants'; à la rigueur, si parmi les disciples de

4. Lampride, Heliog., 23 : Fertur in euripis vino plenis navales

circenses exhibuisse, pallia deoenanthio fudisse et elefantorum quattuor quadrigas agitasse dirutis sepulchris quae obsiste-

Pierre il se trouvait quelqu'un à qui appartint un de ces tombeaux, on peut supposer que la dépouille de l’Apôtre y fut enfermée. Je dis à la rigueur, car le récit de nos hagiographes soulève plus d’une difficulté, justement parce qu’il n’en prévoit pas. D'abord quand il s’agit de documents d'aussi basse époque, ou, du moins, si souvent remaniés, il y a lieu de soupçonner qu’ils n’ont pas emprunté la matière de leurs développements à la seule vérité des faits et, en l'espèce, on ne peut s'empêcher de songer aux soins pieux dont Joseph d’Arimathie entoure le corps de Jésus dans l’histoire évangélique‘. D'autre part, on se demande comment Marcellus a pu dépendre le cadavre de Pierre sans être inquiété; Joseph d’Arimathie s'était prudemment muni d'une autorisation de Pilate; ceux qui s’intéressaient aux restes des suppliciés, devaient les réclamer aux autorités, qui ne les laissaient point à la disposition de n'importe qui; vu les circonstances, ce devait être une démarche singulièrement hasardeuse que d'aller demander à qui de droit le corps de l’Apôtre. Et encore, n'est-il pas probable qu'avant toute réclamation, les cadavres mutilés et peut-être méconnaissables des martyrs ont été jetés pêle-mêle aux puticuli, ou brûlés? Et la présence de tombeaux sur le Vatican n’a-t-elle pas suffi à localiser la sépulture

bant. Cela se placerait entre 219 et 222, sous le pontificat de Calliste.

1. Me. XV, 43 ct ss.; Mt. XX VIL 57 et ss.; Le. XXII, 50 etrss.s Jn. XIX, 38ctss.

de Pierre au voisinage de l'endroit où le rapprochement entre son martyre et la persécution de 64 devait le plus naturellement placer son supplice ? Remarquons, d’ailleurs, que Lampride ne nous dit pas expressément que {ous les tombeaux du Vatican ont été détruits vers 220; celui que la tradition attribue à Pierre a pu subsister entre plusieurs autres; mais il n’est pas absolument nécessaire de le supposer. Si le plus ancien texte, et pour longtemps le seul, qui évoque la mort de Pierre sur le Vatican, celui de Caïus, que nous venons d'examiner, ne vise qu'un objet qui symbolise la victoire de l’Apôtre et non pas un tombeau, il n’en est pas moins sûr que la conviction où vit l’Église romaine du an siècle que Pierre a péri sur le Vatican, y fera, un jour ou l’autre, retrouver sa tombe, tout aussi bien qu'on découvrira celle de Paul, non loin des Aquæ Salviæ, sur la voie d’Ostie. Ce sont-là des cas où la piété crée nécessairement son objet : le corps de S. Jacques le Majeur n'est-il pas à Compostelle?

Au temps de Constantin, ou mieux de Constance, dans la basilique de Pierre, sur le Vatican, on montrait un sépulcre qui était censé contenir les reliques de l’Apôtre; depuis combien de temps se trouvait-il en cet endroit? Telle est la seule question qu’il nous soit possible de nous poser; elle se complique du fait que divers documents nous font mention de déplacements qu’auraient subis les reliques de Pierre et de Paul. On lui a fait deux réponses que voici en substance : 1° Selon les partisans de la tradition

romaine, Pierre, aussitôt après son supplice, a bien été enterré au Vatican, comme Paul sur la voie d’Ostie, c’est bien son tombeau que Caïus y a vu; son témoignage en fait foi, car il dit vraiment : « Pour moi je puis montrer les tombeaux des Apôtrest. » En confirmation vient un passage du Martyrologe romain (Codex Bernensis®) qui nous apprend que sous le consulat de Tuscus et Bassus, soit en 258, le corps de Pierre fut transporté du Vatican, en même temps que celui de Paul de la voie d’Ostie, pour être déposé dans la catacombe de Saint- Sébastien, au lieu dit ad Catacumbas, ou encore la Platonia’. La Depositio Martyrum, donnée par le Chronographe de 354*, ne parle pas de translation; il porte seulement : ZII Kal. jul. Petri (Depositio) in calacumbas et Pauli Ostense, Tusco et Basso cons., mais on pense, dans la thèse que nous exposons, que la date consulaire, qui nous reporte à 258, comme dans le passage du Martyrologe précité, suppose qu’il s’agit bien aussi d’une translation pour

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