‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 18 sur 221 · Hieron., In Jovin., I, 26; Hilar., De trinitate, NI · texte numérisé non relu

Hieron., In Jovin., I, 26; Hilar., De trinitate, NI

données'. Cette thèse trouva naturellement faveur chez les théologiens protestants et Launoy, entre autres, la développa avec éclat dans sa Lettre à Vallantius : S. Pierre n’aurait fait que figurer l'Église entière : c’est donc à elle que les clefs ont été remises. Les catholiques répliquèrent à grand renfort de citations contradictoires, sans prouver, au fond, autre chose que la modernité relative de laccord longtemps accepté sur l'interprétation romaine du verset; il était clair que si les Réformés le dénonçaient, ils ne s’inspiraient pas que du seul souci de la vérité historique et S. François de Salles avait assez beau jeu quand il leur objectait que si Jésus- Christ avait voulu leur donner raison, rien ne l’empêchait de s'exprimer plus clairement à fort peu de frais; puisqu'il venait de dire Portae inferi non praevalebunt adversus eam, que n’ajoutait-il : eé dabo ILLI claves.…?

Considéré de notre point de vue moderne et en dehors de toute application pratique, voici les principales remarques que suggère l’examen de nos versets pris en eux-mêmes.

Nous savons déjà qu’ils ne se trouvent ni en Me. ni en Le. : or ce n’est pas seulement un élément étranger à leur récit qu’ils y introduisent, c’est toute la perspective qu'ils en modifient*. Reportons-nous,

1. Inst. chrét., IV, 6, 4; il s’appuyait surtout sur divers textes de S. Cyprien et de S. Augustin. Cf. Turmel, Hist. de la théol., I1:, p. 178 et notes.

2. Controv., disc. 32; cf. Turmel, Hist. de la théol., I?, p. 186. 3. Loisy, Syn., IL, p. 5.

pour bien comprendre cela, au chapitre VIII de Me. : Jésus vient de nourrir environ quatre mille personnes avec sept pains et quelques poissons (VIIT, 1-11); il a repoussé la tentation des pharisiens qui lui demandaient un signe, c’est-à-dire un miracle probatoire (VITE, 41-13); il s’est embarqué et, pendant qu'il traverse le lac, il se plaint amèrement de l’aveuglement de ses disciples, qui songent qu’ils ont oublié d’emporter du pain, au lieu d'essayer de comprendre ce qu'il leur à dit (VEI, 43-22); il aborde à Betsaïda et y guérit un aveugle, hors du bourg, en lui recommandant bien de n’en rien dire à personne (22-27); après quoi, il se dirige vers Césarée de Philippe et c’est en chemin qu'il interroge ses disciples sur l’opinion qu'on à de sa qualité (27-31), après leur avoir ordonnéle silence sur lui, il commence à les instruire sur les souffrances et la mort qui l’attendent, si bien que Pierre, tout ému, l’embrasse et se met à le reprendre de tenir des propos insupportables, ce qui lui atüre une rude semonce : « Retire-toi de moi, Satan, ear tu ne comprends pas les choses de Dieu, mais seulement celles des hommes » (31-34); le chapitre se termine par une instruction sur le renoncement à soi, nécessaire pour suivre la voie salutaire (34 etss)'. Il semble

4. En Le. IX, il y a beaucoup de choses qui ne se trouvent pas en Mc. VIII, et nous n'avons pas à comparer ici les deux chapitres, mais l'essentiel est de remarquer que le cadre du récit de Me. se retrouve en Le. : miracles et multiplication des pains — confession de Pierre — instruction sur la fin du Fils de l’homme — instruction sur le renoncement nécessaire.

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