Grisar, op. cil., p
a pu le voir. L’Apôtre, d'une prière, a précipité son
adversaire sur le sol; en doutez-vous? Voici la pierre
où il s'est rompu. S. Pierre, sur l’ordre de Néron, est
jeté en prison; on sait laquelle : c’est la prison Ma-
mertine et on a retrouvé les chaînes qui l’y accablaient et aussi le bassin, au bord duquel il a baptisé
les gedliers qu'il avait convertis. Comme on n’a pas
oublié le nom du juge qui a porté contre lui la sen-, tence de mort, on découvre la colonne où le martyr a été lié en attendant le supplice. Et ainsi de suite jusqu'aux détails les plus infimes, les plus invrai-
semblables et les plus niais, auxquels la piété assure
souvent une fortune durable, et que parfois des mo-
numents finissent par consacrer. De tous ceux qui
intéressent Pierre à Rome, Lipsius à fait un con-
sciencieux examen, auquel je n’espère rien ajouter ;
aussi bien ne veux-je ici retenir que les moins
indéfendables de ces prétendus souvenirs, ceux qui
semblent, au premier abord, justifier la bonne opi-
nion que de Rossi gardait d'eux.
IT. On croyait au temps de S. Jérôme que S. Pierre avait réuni ses disciples au pied du Viminal, dans la maison d’un sénateur nommé Pudens; on disait que cette maison était devenue une église, sous l’épiscopat de Pie I, et qu’elle avait reçu le nom de fitulus Pudentis ou de fitulus Pastoris, parce que le frère de Pie s’appelait Pastor; cette église existe encore, c'est Sainte-Pudentienne’, et on y montre la chapelle
1. Marucchi, Archéol., II, p. 381 et ss. ; INT, p. 365 et ss., donne indication des sources principales.
où S. Pierre disait la messe! De Rossi et son élève Marucchi, se sont donné beaucoup de mal pour dégager 10i le « fond de vérité » que recouvrent aujourd’hui beaucoup de « scories. » Le nom de l’église Pudentienne, ou de Sainte-Pudentienne, est « fort ancien » et « plusieurs découvertes ont prouvé qu'il y avait des relations entre le titre et la maison d’Aquila et de Prisca, ces deux Juifs convertis, qui chassés de Rome avec S. Pierre en 49, y étaient rentrés dès qu'ils l'avaient pu, sous Néron. Ils avaient leur demeure sur l’Aventin » (Marucchi). On a trouvé à Sainte-Prisque, sur l’Aventin?, un diplôme de bronze du ut siècle, se rapportant à un certain C. M. Pudens Cornelianus, d’où l'on conclut qu’il existait des relations de parenté(?) entre la gens Cornela, la famille de Pudens et celle de Prisca; on ajoute qu’elles doivent avoir un cimetière commun, celui de Priscille, sur la via Salaria, auquel se rapporte aussi le souvenir de la prédication de $S. Pierre et qui fut fondé par les Acilii Glabriones, parmi lesquels devait se ranger Pudens lui-même*. Le P. Grisar reconnait que « pour vénérables qu’elles soient, » ces traditions et ces conclusions « s'appuient sur quelques documents dépourvus d'authenticité. » M. Dufourcq5 a montré par quelle suite de combi-
. Lipsius, AAG., II, p. 418.
Marucchi, Archéol., III, p. 190 et ss.
Marucchi, Archéol., I, p. 9; HI, p. 365.
. Grisar, Hist. despapes, 1, p. 165.
. Gesta Mart., I, p. 127 etss.
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naisons et d'à peu près elles en sont venues au point où nous les voyons; enfin M. Merlin‘ a réduit à néant les aventureuses hypothèses de M. Marucchi en montrant, par exemple, qu'entre sainte Prisque, martyre du mn siècle, et Prisca, femme d’Aquila, il n'existe aucun rapport, et que les relations entre cette même Prisca, les Acilii Glabriones et les Cornelii Pudentes, demeurent hors de toute démonstration sérieuse. Je n’aurais certainement rien dit de cette légende de Pudens, si le nom même de son héros ne donnait lieu à une remarque intéressante?. La seconde des Pastorales {II Tim. 4, 21), parmi les familiers romains de Paul, place un certain Pudens ; il semble probable que ce personnage et l'hôte prétendu de Pierre ne sont qu'un; c’est-à-dire que la légende ayant besoin d’un nom, pour fixer le lieu du séjour de Pierre à Rome, est allé le prendre dans une épître deutéro-paulinienne, qui le lui offrait tout authentifié. Le plus curieux est que semblable fortune attendait à peu près tous les pauliniens notables dont les épiîtres attribuées à Paul font mention : Linus nommé en 11 Tim., à côté de Pudens, deviendra le successeur immédiat de Pierre dans sa chaire épiscopale; Timothée, lui-même, est mêlé à la constitution du fitulus Pastoris, dans les Gesta des saintes Potentienne et Praxède*; Tite se trouve
1. Merlin, L’Aventin dans l'antiquité, Paris, 1906, in-8, p. 378 et ss.