Loisy, Syn., II, p
férerà Pierre par Jésus manquent beaucoup de précision parce qu’en fait, au temps où il écrit, il ne voit pas très clairement où et comment ils s’exercent : FÉglise est; elle vit sur terre et une autorité s’affermit en elle de jour en jour, mais ce n’estpas au propre celle de Pierre; la mission confiée à FApôtre parle Christ en est, si l’on veut, le point de départ et la justification, comme la tradition quiremonte à Pierre en est la règle, mais on n’imagine pas encore que l’autorité toujours vivante du Prince des Apôtres a été déposée par lui entre les mains d’un évêque particulier et qu’elle lui confère des privilèges précis*.
Considéré sans parti pris, le verset 19 parait exprimer une idée voisine de celle qu’enfermele verset 18. C’est bien à Pierre, personnellement, que le Christ s'adresse ; c’est à lui qu’il donne les clefs du Royaume, parce qu'il vient de proclamer la vérité salutaire. Pour bien entendre les premiers mots de notre texte, il faut le rapprocher de Mt. XXII, 43 : « Malheur à vous, seribeset pharisiens hypocrites, parce que vous fermez le Royaume des cieux devant les hommes®. » Pierre,
4. N'oublions pas, d'autre part, qu'il y a quelques difficultés pour le rédacteur à faire accorder le privilège qu’il attribue ici au seul Pierre avec celui qu'une tradition, qu’il m'a pas osé écarter, accordait à tous les disciples : force lui était de demeurer un peu vague, à peine d’accentuer la contradiction. ;
2. Voir aussi Le. XI, 52. — Il est infiniment probable que l'Evangéliste s’est souvenu du passage d'Isaie, XXIL, 22 : xai Goom ar Ty xhEtd& obrou Avid ëni t@ ou adrou. xai &voiées, xad oùx ÉoTar Ô &moxhetwv xai wdeicet nai oqûx Éorat 6 &voitywv. (Je lui donnerai la clef de la maison de David sur l'épaule et il ouvrira et ü n'y aura personne qui ferme; et il fermera et il n'y aura personne qui ouvre.) Il faut songer aussi à Job XII, 14: « S'il enferme un
par la prédication de l'Évangile, aura donc le privilège d'ouvrir ce que ces gens-là ont clos'. Le pouvoir de lier et de délier, dont parle la fin du verset, s'entend, suivant le langage rabbinique, du droit de défendre et de permettre; on disait couramment : l’école de Schammaï lie, l’école de Hillel délie?. L’in- ‘tention est la même qu'en Mf. XVIII, 18 : « Ce que vous lierez...ce que vous délierez..., » qui se rapporte àla discipline ecclésiastique et au pardon des péchés®.
Il faut donc conclure que notre M4. a bien prétendu, dans ses deux versets 18 et 19, donner l’impression que Pierre avait été particulièrement investi par le Christ d’une fonction double et essentielle : dispenser l’enseignement qui conduit à la vie; dispenser les interdictions, les permissions, les pardons, qui guident et redressent le fidèle sur le bon chemin. Il n’a évidemment aucune idée d’un pouvoir de juridiction souveraine, d’un pontificat infaillible de Pierre, mais il a celle d’une primauté de fait, qui, non seulement symbolise, mais encore personnifie
homme, iln'y a personne qui lui ouvre.» Chase, Peter, p. 759, indique encore un rapprochement avec Apoc. Baruch, 10, 18 (Cf. Kautzsch, Apokryphen, I, p.416). M. Loisy remarque justement, à propos de ces textes, que « Les clefs figurent l'autorité du majordome, dont l’acte le plus apparent est de surveiller, d'accorder ou de refuser les accès de la demeure royale. » Syn., Il, p. 41; cf. également Holtzmann, HDC, I, p. 258.