Loisy, Syn., IX, p. 12, n
celle du Maître disparu, à un degré plus éminent chez Pierre que chez les autres Apôtres!.
3. Il s’agit maintenant de savoir si le Christ a réellement- tenu les propos que lui prête l’Évangéliste, où si celui-ci les a tirés d’une source étrangère à la pensée de Jésus. On peut avancer que tous les critiques libéraux s'accordent aujourd'hui à les croire apocryphes. Ce n’est pas seulement parce que leur
4. Mettons-nous en garde contre toute exagération : dans les Études du 20 août 1908, p; 538, M. Portalié célèbre la « splendide victoire de l’exégèse catholique, » à savoir que les rationalistes admettent « que le Tu es Petrus ne peut-être raisonnablement compris que dans le sens de l'interprétation catholique. » En soutenant la thèse de l’inauthenticité, les mêmes rationalistes préparent « la défaite écrasante de leur système évolutionniste sur la papauté; car enfin, si au n° siècle, même, si vous voulez, vers l'an 150 ou 170 (vous n’osez guère reculer davantage), la conscience chrétienne était si profondément pénétrée du sentiment de la hiérarchie, qu’un écrivain, pour harmoniser l'Évangile avec les faits qui se déroulaient sous ses yeux, insérait dans saint Mathieu toute une constitution organique de l'Eglise, et avec intention, affirmait la primauté de Pierre et la primauté du pape, — entendez bien, du pape, puisque cette interpolation que vous supposez n'aurait plus de but par rapport à Pierre seul : il résulte de cette hypothèse que le dogme de la papauté est déjà tout entier dans la conscience de l'Église. » C’est là pousser beaucoup plus loin qu’il n’est légitime d'aller sans sortir des textes. Notre Mf. ne parle pas du pape; pas un mot ne permet seulement de supposer qu’il pense que Pierre a, par le monde, un successeur dépositaire de ses pouvoirs; il croit que la règle de la vraie doctrine a été posée par Pierre et qu’elle est enfermée dans la tradition qui remonte à lui, et que conservent les Églises marchant dans la voie droite; pour voir dans nos deux versets 18 et 19 « une constitution organique de l’Église » il faut les lire avec les yeux d’un théologien romain; il ne s’agit pas davantage de hiérarchie et, somme toute, la « splendide victoire » se réduit à peu de chose, si, comme j'en suis persuadé, ce ne sont mème pas les prétentions romaines naissantes qui ont engendré nos versets. Nous reviendrons un peu plus loin sur cette question.
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absence en Mc. et en Le. constitue contre eux une prévention très forte, c’est surtout parce qu'ils supposent l’existence d’une Église, la notion d'une autorité, d'une discipline ecclésiastiques : Jésus les a-til prévues et voulues? A-t-il pu dire mon Église, expression dont on ne trouve l'équivalent nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament? Tel estlenœud du problème. Tout ce que nous savons de la doctrine du Christ, qui fait une si large place à l'effort personnel, de sa haine de la contrainte officielle, dont il poursuit la tyrannie chez les docteurs de la Loi, de son affirmation répétée que le Royaume arrive, qu'il est imminent, que « cette génération » ne passera pas sans le voir, tout cela rend déjà peu croyable le projet que lui prêtent nos versets de doter ses fidèles sur terre d’un gouvernement durable, de leur imposer le poids d’une autorité divinement justifiée et qui réduirait leur initiative à l’obéissance. « Depuis le commencement de son ministère jusqu’au jour de son entrée triomphale dans Jérusalem, remarque justement M. Schmiedel, Jésus entretenait l’espoir de gagner à son parti la nation juive en bloc. Ce n’est que par un acte très précis de renonciation qu'il peut s'être réduit à n'en considérer qu'une petite partie comme son Église'. » Comment établir que Jésus a pu renoncer assezcomplètement à tout ce que l’ensemble des Synoptiques nous laisse voir de ses idées pour s'attacher à cette conception « d’unesociété terrestre,