Syn., IL p
Apôtres ou à tous ses disciples, qu'il l'ait destiné à l’apaisement des querelles entre les frères ou au pardondes péchés, ce sont là questions dont on peut croire les réponses douteuses; maiscequiest certain — et cela nous suffit — c’est quele rédacteur qui a introduit en Mt. XVI, les versets relatifs à la mission de Pierre, a maintenu en Mé. XVIII, ceux qui accordaient un pouvoir analogue à toute la communauté, chefs et membres, parce que de son temps, c'était elle, en fait, qui possédait ce pouvoir. N’a-t-il pas vu la contradiction? Peut-être bien que non, pas plus qu'il n’a pris un réel souci d'accorder la généalogie davidique de Jésus avec la tradition qui le faisait naître d’une Vierge’. Il a pu n’y pas prendre garde. Mais je ne crois pas non plus impossible que, dans sa pensée, la contradiction n’ait pas existé : à son jugement, Pierre, les Douze, tous les disciples gouvernaient la foi; Pierre, dans le passé, représentait, suivant une simplification et une personnification frappante, la tradition toujours vivante; les Douze, qui communiaient dans sa foi, partageaient son autorité ; l'Église entière, qui suivait la voie tracée par lui et où il avait marché le premier, continuait d'accomplir, lui mort, son œuvre de discipline et de salut; vivant toujours sous son inspiration, elle formait véritable-
4. Mé. EL, 1-17 — I, 18 et ss.;, on ne peut pas considérer comme une conciliation le puéril artifice de la formule (vers. 46) : « Et Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, dit le Christ. » Texte reçu, contredit d’ailleurs par le Ms. Syrus Sinaiïticus, mais probablement aussi ancien, au moins, que nos versets XVI, 17 et ss.
ment un tout avec lui, de sorte qu’en un sens il semblait toujours son chef et son fondement. Si l’accord entre Mt. XVI et Mt. XVII s’est bien fait ainsi dans l'esprit de notre rédacteur évangélique, il est certain que la juridiction qu’il attribue à Pierre n’a plus que la valeur d’une justification, par une consécration particulière et personnelle, rapportée au Christ, d’une vue de foi (l’orthodoxie de la tradition qui remonte à Pierre) et d’une pratique de la génération subapostolique (exercice de la discipline ecclésiastique par la communauté‘). J’avoue, d’ailleurs, sans difficulté que l’Évangéliste peut n’avoir pas songé un instant à la conciliation que j’entrevois pour lui, mais s’il faut entendre sans plus, par ecclesia, l’assemblée locale des fidèles et même si l’on veut l’Église, notre Mt., en lui attribuant le pouvoir qu’il a, plus haut, réservé au seul Pierre, ou s’est mal expliqué en XVI, ou s’est contredit en XVIIT®.
Ce ne serait pas, au reste, la seule fois. En HW. XX, 20 et ss, notre Évangéliste nous conte que la
1. Schmiedel, ap. Enc. bibl., art. Gospels, col. 1876: The graduated order of procedure against an erring brother (Mt. 18151) is much more easily explained when transolanted to a later time. In the month of Jesus it is, at all events, intelligible onty if by ecclesia (èxxknoia) we understand not the Christian but the Jewish local community.
2. M. Y. de la Brière, La Primauté, p. 731 et s., nie absolument la contradiction entre Mt. XVI et Mt. XVIII : le second texte « nous fait entrevoir la mission de tout le collège apostolique, » le premier « l'autorité spéciale de son chef, » d’un côté, « une fonction commune et identique, » de l’autre, « une prérogative exclusivement réservée » à Pierre seul. C'est une explication, qui n’a que le tort d’être arbitraire.
LA MISSION DE PIERRE. — LES TEXTES à
mère de Jean et de Jacques, fils de Zébédée, vient un jour demander à Jésus d'assurer à ses enfants les deux places d'élection dans le Royaume. On pourrait, il est vrai, soutenir que le Royaume el l’Église sont choses différentes et que la mère des Zébédéïdes peut demander pour ses fils la première place dans le ciel, sans ignorer que Pierre a déjà reçu le premier rang dans l'Église terrestre; mais la suite du récit n’est pas favorable à cette distinction; nous ne songeons pas à nous en étonner puisque nous savons que Jésus venait prêcher le Royaume et nan pas fonder l’Église. Sans rappeler ce qu’il a dit antérieurement à Simon, il répond à la sainte femme qu'elle demande là une faveur que Dieu seul peut accorder; et notre texte ajoute : « Les dix autres, entendant cela, étaient indignés contre les deux frères. Jésus, les ayant fait venir devant lui, leur dit : Vous savez que les puissances des nations les dominent et que les grands exercent sur elles l’autorité. Il n’en est pas ainsi parmi vous, mais, au contraire, celui qui voudra être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur. Et celui qui voudra être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave ». Qu'il s'agisse ici d’une tradition très ancienne et probablement authentique, il n’y a guère moyen d'en douter, si on remarque que la même anecdote, et les éléments de la petite morale qu’en tire le Christ, se trouvent en Mc. IX, 35 et X, 42, où Le. XXI, 25 et 26 l’a lue, aussi bien que M. Il ne s’agit pas pour nous de savoir si Jésus se préoccupe surtout, en l'occurrence, de donner une
réponse convenable à une demande un peu naïve et de rappeler à la modestie deux disciples un peu présomptueux, attendu qu’en renvoyant à Dieu la décision, il a dit tout ce qu’il fallait dire; ce qu'il nous faut surtout remarquer, c’est le mécontentement des dixautres Apôtres, c'est Le silence de Pierre, qui aurait dû, semble-t-il, rappeler le privilège que lui a promis le Maître, c’est surtout la petite leçon que tire ce dernier de l'incident, et où 1l pose avec toute la netteté désirable, un principe qui ne saurail se concilier avec la primauté de Pierre, plus même, avec l'existence de n'importe quelle autorité hiérarchique. Il faut beaucoup de bonne volonté, ou beaucoup de clairvoyance, pour voir dans ce passage de Mt., au lieu d’une négation de la puissance ecclésiastique, une règle qui en organise l’usage, à savoir que les gouvernants de l'Église « doivent être, à l'exemple du Fils de homme, des serviteurs et des esclaves de ceux qu'ils ont à gouverner‘. » Cette interprétation tout arbitraire ne supporte pas la con-
4. Mangenot, art. cit., p. 201, d'après Michiels, L'origine de l'épiscopat. Louvain, 1900, in-8. Y. de la Brière, La Primauté, p. 593 et ss., insiste sur cette idée que la primauté de Pierre doit être un véritable service pour l'utilité commune, un ministère, comme celui du Fils de l'homme, qui, selon M4. XX, 28, « n’est pas venu pour Ôtre servi, mais pour servir. » Le même auteur explique la démarche des Zébédéïdes, étrange après le Tu es Petrus, par l'ambition jalouse des Apôtres et par «leur psychologie quelque peu agreste el sommaire; » ils n'ont pas compris l'intention de Jésus et en entendant le « arrière Satan, » qui suit la promesse de la primauté future de Pierre, ils ont pu croire que le Maitre revenait sur sa décision et que la succession était ouverte (Op. cit.,
p. 590 et s.). Tout cela est fort ingénieux, mais où est la preuve que c'est juste? Est-ce seulement vraisemblable?
frontation avec Le texte; elle en dépasse et elle en fausse la portée. À quiconque veut entendre nos versets sans idée préconçue, il paraît évident que le Christ y oppose la puissance de gouvernement qui domine les Gentils et fait grands chez eux ceux qui en sont revêtus, à humilité nécessaire et à l’amour pour les autres, qui assureront, à qui saura les conquérir,une place éminente dans le Royaume de Dieu ; il ne veut pas qu'il y ait des rangs parmi ses disciples, mais il souhaite qu'ils s'efforcent tous de s’élever toujours plus haut vers la perfection de la charité.
Il sepeut, d’ailleurs, que l’anecdote des Zébédéïdes, ne nous montre qu’un des épisodes d’un débat qui s’engagea presque fatalement autour de Jésus : je pense que le désir fut grand, chez chacun de ses disciples, et surtout de ses Apôtres, d'être le premier auprès de lui, non pas par l'autorité et le pouvoir, mais par sa confiance el son affection. Un passage de Le. IX, 46 et ss.! nous permet d’entrevoir ce concours; il nous montre aussi comment le Christ détournait la contestation et, du même coup, il apporte à l'interprétation romaine du « Tu es Petrus » encore une contradiction de quelque poids. Une diseussion s'élève done parmi les disciples pour savoir « qui était le plus grand d’entre eux » (rè ris &v ein uellwy airoy); alors Jésus prend un enfant, le place
4. Ce n’est pas une adaptation de l’anecdote des Zebédéïdes, comme
on serait tenté de le croire au premier abord, mais celle d’un autre passage de Mc. (IX, 33) utilisé égalèment par MH. en XVII, À et ss.
à côté de lui, au milieu d’eux et leur dit : « Quiconque reçoit cet enfant en mon nom me reçoit, et quiconque me reçoit reçoit celui qui m’a envoyé, car celui d’entre vous tous qui est le plus petit, c’est lui qui est le plus grand. » C’est, en somme, la même conclusion que celle qu’il donne à la pétition les Zébédéïdes, et nous sommes fondés à croire qu’elle enferme une deses pensées lesplus chères ; je ne vois pas comment on la pourrait accorder avec la délégation à Pierre de la primauté, entendue au sens romain.
Les Évangiles nous offrent encore en Jn. XX,23, un texte qui contrarie l’interprétation orthodoxe de Mt. XVI, 18 et 19 : Jésus ressuscité vient d’apparaître à ses disciples ; illeur dit : « Recevez le Saint- Esprit ; ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leur seront remis et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Il est visible que nous nous trouvons ici tout au voisinage du quæcumque alligaveritis de Mt. XVIII, 18 ; remettre les péchés ou les retenir, c’est une des applications du privilège de lier et de délier, du pouvoir général de discipline, qu'il faut bien reconnaître, si on admet l’authenticité de Mt. XVIII, 18, que Jésus a donné à l'Église, à défaut du pouvoir de juridiction; mais comme, de l’aveu même d'un Bellarmin, le privilège de lier et de délier constitue une fonctionréellement pareille à celui d'ouvrir et de fermer, nous pouvons conclure que le IVeÉvangile, s’il n’apporte rien d’original, puisque, selon toute apparence, il emprunte à la tradition synoptique la matière de son récit, dans le passage
LA MISSION DE PIERRE. — LES TEXTES a
qui nous arrête, confirme, du moins, l'impression que nous donne Mf. XVIIL, touchant l’indivisibilité du pouvoir de pardon, du pouvoir de discipline, du pouvoir de juridiction (qui ne peuvent être encore disüngués), non seulement entre tous les Apôtres, mais encore entre tous les disciples, auxquels le souffle du Seigneur communique l'Esprit : « Il souffla et leur dit : Recevez le Saint-Esprit. » Tout l'effort des théologiens catholiques a consisté à maintenir, à propos de ce texte de Jn., des distinctions qui paraissent arbitraires. Bellarmin, en l’occasion assez inconséquent avec lui-même, insiste sur cette aflirmation que le pouvoir concédé à Pierre dépasse de beaucoup celui que le quorum remiseritis peccata de Jn. concède aux disciples assemblés et même aux Apôtres : eux, n’ont que le droit de remettre les péchés, la communication du Saint-Esprit les faisant prêtres ; lui, jouit du privilège de porter des lois qui lient tous les fidèles. Malheureusement ce n’est là qu’une affirmation de théologien; la comparaison des textes ne lui est pas favorable et nous sommes fondés à reconnaître en /n. XX, 23, l’écho d’une tradition très ancienne, et, pour mieux dire, primitive, qui voyait le principe nécessaire de l'autorité et de la discipline non dans une mission spécialement confiée à Pierre par Jésus, mais bien dans l'inspiration du Saint-Esprit répandue sur toute la communauté.
Il est, en dehors des Évangiles. plusieurs textes
4. De rom. pontif., 1, 13; Turmel, Hist. de la théol., IE, p. 186 et ss.
qui nous permettent d'éprouver la solidité de notre raisonnement; ils nous viennent des Épîtres de S. Paul et de l’Apocalypse ; voilà des écrits qui ne sont apparentés que de loin, le second surtout, aux Synoptiques ; leurs auteurs n’ont pourtant pas pu se soustraire à la nécessité du fait; s'ils savaient qu'il existait dans la communauté chrétienne une autorité voulue par le Seigneur et déposée par lui entre les mains de Pierre, comment n’en auraient-ils pas tenu compte? Et comment l’auraient-ils ignorée? Paul n'a-t-il pas, à plusieurs reprises, vécu au contact direct des Apôtres? N’a-t-il pas familièrement connu beaucoup de disciples de Jésus? Et l’ Apocalypse, à en croire la tradition romaine, n'est-elle pas l’œuvre de l’Apôtre Jean, celui-là même que le IV° Évangile nomme « le disciple bien-aimé? » En supposant que, par impossible, l’occasion ne se soit jamais offerte, ni à Paul ni à Jean, de proclamer le privilège de Pierre, ils pouvaient toujours bien fuir celle de le contredire. Si nous voulons nous souvenir que l’authenticité de plusieurs lettres de Paul reste douteuse et que l'intégrité de toutes est sujette à caution; si nous voulons également ne pas oublier que la critique libérale refuse en général d’attribuer l’ Apocalypse à Jean, l’Apôtre, nous remarquerons que les suppositions ou interpolations dans la correspondance de Paul ne peuvent avoir pris le contre-pied des affirmations authentiques de l’Apôtre, ni déformé complètement son attitude à l'égard de Pierre, ni, surtout, contredit un fait que la tradition chrétienne n’a pas
perdu s’il est apostolique : la reconnaissance à Pierre du pouvoir à lui confié par le Seigneur. Il en va évidemment de même du Voyant de l’Apocalypse, ou, si l’on veut, du dernier rédacteur de l’ouvrage, contemporain de Domitien'; il ne peut être soupçonné de tendresse à l'égard des prétentions pauliniennes, en supposant qu’elles se soient jamais dressées, ou qu’on les ait, après la mort de Paul, dressées contre l'autorité de Pierre. Or, nous lisons en Gal. IT, letss., que Paul vient à Jérusalem et qu'il rend compte de son œuvre devant les fidèles de la ville et particulièrement ceux qu'il nomme les colonnes (ot Goxodvres otdAot eva), Jacques, Céphas et Jean; qu'il leur démontre que si Pierre a reçu le soin de prêcher aux circoncis, le Christ lui a confié, à lui-même, celui de prêcher aux incirconcis; et que, finalement, eux et lui s'associent pour l’œuvre commune. Qu'est-ce à dire? Paul considère Céphas comme le principal des Apôtres résidant alors à Jérusalem, en lui s’incarne l’évangile de la circoncision et l'esprit du Seigneur anime sa prédication (ro edayyé roy TS TEPUTOUNS... Na YÈe évepyhoas Iérow eis anootokhy This repiTouns…..); mais d’abord, il croit que l’Église de la circoncision repose non sur Céphas seul, mais bien sur l'autorité personnelle de ceux qu'il désigne par ce mot signilicatif : Les colonnes ; Céphas est l’une d’entre elles, ni plus haute ni plus forte que celle que représente Jacques, nommé avant lui. Dira-t-on qu’en l’occur-
4. Guignebert, Manuel, p. 383 et ss.; Holtzmann, HDG., IV', p.413 et ss.
rence Paul n'entend parler que de l’Église de Jérusalem, où la tradition établit tout d’abord l'autorité de Jacques, frère du Seigneur? Soit. Remarquons alors que l’Église du Christ se divise en deux parties et que si Paul accepte que Pierre ait autorité sur l’une (ris meorvouñs), il se réserve la direction de l'autre (+ñs &xp06uozias) ; dans les limites de sa mission, il ne reconnaît aucune autorité au-dessus de la sienne’. L'Église, en tant qu’elle enferme la totalité des fidèles de toute origine, n’a évidemment, au jugement de Paul, qu’un fondement : le Christ lui-même. Un passage de Z Cor. III, 10 et 11, nous en apporte la preuve : on y lit : « Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, comme un sage architecte, j'ai posé le fondement et un autre bâtit dessus; mais que chacun regarde bien comment il bâtit, car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, qui est Jésus-Christ?. » Et dans l'Épitre aux Ephésiens qui a peut-être plus que toutes les autres lettres pauliniennes le caractère d'instruction circulaire, on trouve ceci (II, 20) : « Vous êtes un édifice bâti sur le fondement des Apôtres et des Prophètes,
4. À propos de tout ce passage de Gal. Il, Bellarmin observe que Paul n’y prétend pas n'être pas soumis à Pierre; il ne traite pas même le sujet; il veut seulement dire que l'Évangile qu'il annonce est aussi vrai que les autres. (De la Servière, La Théol. de Bellarmin, p. 87.) C’est ce qu'il faudrait démontrer, car, tout au contraire, le début de l’Épître aux Galates révèle chez Paul le désir d'affirmer son indépendance à l'égard des Apôtres de Jérusalem et de placer sa mission sur le même rang que la leur.
2. Voici le texte du verset 11 : Gepéliov Yap &Xoy oùdeis OUvara Deïvar mapà Tv neigevoy, 85 Éoriv ’Incoës Xptoros.
Jésus-Christ lui-même étant la suprême pierre d'angle’. » Ce dernier texte est particulièment décisif, parce que, laissant au Christ sa qualité de pierre d'angle de l'Église de Dieu, il marque sur quels fondements terrestres elle s’appuie : les Apôtres, dépositaires de sa doctrine, et les Prophètes, dont les écrits, qui ont par avance annoncé le Seigneur, servent encore à démontrer et à fortifier la foi qu'il réclame. Pas un mot ne suppose que Pierre occupe, en droit, à la base de l'édifice, plus que sa place d’Apôtre; s’il joue dans l’œuvre de construction divine un rôle particulièrement important, c’est donc seulement en fait et parce que diverses circonstances lui ont acquis une autorité personnelle considérable. C’est une impression analogue qui résulte du passage suivant de l’Apocalypse, XXI, 14, où l'Église n’est plus un édifice, mais une ville : « Et le mur de la ville avait douze fondements et sur les douze étaient les noms des douze Apôtres de l’Agneau. »
Voici comment Bellarmin essaie de trancher la difficulté que nos deux derniers textes (Ephes. II, 20
1. émotxodounbévres êni T@ Oepehlu Ty àTootowY xai TPOPNTY, OVTOc &rxpoywviaiou aùToù Xprotoù ’Incoù. On peut rapprocher ce texte de I Cor. XII, 28 : xui oùs uèv Édero 6 Oeès év Th éxxAnolx Tp@Ttoy &moctodouc, deUtepoy noopñrac, tTpitoy dtÜaoxahovs, x. T. À. Il n’est pas certain que l’Apôtre n’y vise que les autorités locales; en tout cas, il s’offrait à lui une belle occasion de rappeler aux Corinthiens, qui auraient eu grand besoin d’y recourir, que le Seigneur avait déposé entre les mains de Pierre un pouvoir souverain de juridiction. Ses correspondants l’ignorent sans doute, puisque leur communauté est tiraillée entre les partisans de Paul, d’Apollos, de Céphas et du Christ tout court, sans que personne remette le soin d'y rétablir la paix au Pasteur voulu par le Maitre.
et Apoc., XXI, 14) dressent contre la thèse romaine de la primauté de Pierre : « On peut dire en trois sens différents que les Apôtres sont les fondements de l'Église, sans porter pour cela préjudice à la primauté de Pierre. Ils ont été les fondateurs d’Églises particulières dans le monde entier;... ils ont fondé l'Église universelle en lui communiquant, comme les prophètes, la doctrine que Dieu leur avait révélée; ils ont tous gouverné l’Église universelle, comme ses chefs, recteurs et pasteurs; ils eurent en effet tous sur elle une ample et souveraine puissance, mais comme délégués, Pierre comme pasteur ordinaire’. » Sans doute « on peut dire » cela et peut-être autre chose encore, mais quiconque lira les textes que nous venons de rappeler tels qu’ils se présentent et en toute simplicité, jugera qu’ils ne se montrent pas favorables à la conciliation proposée par le théologien romain. D'ailleurs, celle-ci ne reste point entièrement sur le terrain de l’exégèse ; elle se place sur celui du fait, en affirmant que Pierre a gouverné l'Église comme pasteur ordinaire; nous l'y suivrons dans un instant.
4. Au bout du chemin long et tortueux que nous venons de parcourir, il semble que nous apercevions quelques conclusions assez nettes.
Les textes de Mt. XVIII, 18, de Mt. XX, 20, de Jn. XX, 23, de Gal. II, de I Cor. II, 10 et 11, d'Ephes. IL, 20, d’Apoc. XXI, 14, ne nous permettent pas de
1. De romano pontifice, I, 2. Op., t.1, p. 491, ap. De la Servière, La Théol. de Bellarmin, p. 82 etss.
croire que Jésus ait prononcé les paroles que lui attribue M£. XIV, 18 et 19. Il n’a pas dit à Pierre qu'il bâtirait son Église sur lui; il ne lui a point confié, à l'exclusion de tout autre, les clefs du Royaume des cieux, attendu qu'il résulte des divers passages que je viens de rappeler : 4° que Jésus n’a jamais eu la volonté d'organiser une Église; 2° que le pouvoir d'ouvrir et de fermer, de lier et de délier, de remettre et de retenir, n’était point, durant la génération apostolique, qui a substitué l’Église au Royaume et déjà éprouvé le besoin d’une autorité de juridiction, de discipline et de pénitence, rapporté au seul Pierre; mais qu'il appartenait à toute l’Église, qui l’exerçait avec ses chefs sous l'inspiration de l'Esprit. L'Église, en ce temps-là, repose, c’est évident, sur la tradition que les Apôtres ont fondée; mais Mf. XVI, 18-19, nous l’avons reconnu, prétend bien placer Pierre au-dessus des autres Apôtres; c’est en lui que s’incarne la vraie doctrine et la discipline salutaires. Pourquoi? On songe tout d’abord et assez naturellement, à une simplification, imposée par le rédacteur à quelque logion antérieurement appliqué à tous les Apôtres‘ ot jugée par lui frappante : l’enseignement des Douze se résume à celui de Pierre. Vu d’un peu loin, comme le regardait notre Évangéliste, à une époque où les souvenirs touchant l’activité de la plupart des Apôtres devaient être déjà bien obscurcis, c’est ainsi qu'il apparaissait sans doute. En