AVANT-PROPOS IT
importance et les épithètes les plus malsonnantes elles-mêmes ne compteraient que pour ceux qui les inventent, si, parmi les préoccupations étrangères à la science, le candide souci de la vérité objective ne perdait tous ses droits : les questions s’embrouillent, les textes se chargent de commentaires qui les accablent, les faits se déforment et les constructions les plus singulières s’échafaudent, sous lesquelles la réalité de l’histoire disparaît. Et quand, tout de même, un homme qui ne prend souci ni de la théologie n1 de la polémique, un homme absolument indifférent à l’exploitation des faits, mais qui voudrait bien les connaître et, s'il se peut, les comprendre, se risque dans les détours d’un des systèmes, qui prétendent les lui révéler et les lui expliquer, il n’a pas de peine à en découvrir le naïf artifice.
Une grosse part de la littérature relative à la primauté de Pierre et à son apostolat romain s’élimine donc, du premier abord, parce qu’elle est d'esprit théologique ou polémique : on y peut relever des remarques utiles et des idées ingénieuses; 1l est impossible de lui faire confiance générale quant à l’interprétation des textes et à la solidité des conclusions. Dans la période tout à fait contemporaine, des livres ont été publiés, où aucun parti pris de doctrine ou de combat ne se manifeste et dont les auteurs ont seulement cherché la vérité; ils ne l’ont point vue de même et au même endroit; et c'est la faute des documents.
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qui sont rares, douteux et souvent obscurs, en sorte que la part de l’exégète dans leur interprétation est trop grande pour qu'un accord se puisse faire sur eux, au moins entre les érudits neutres. C’est pourquoi je n'ai trouvé dans aucun de ces ouvrages savants et consciencieux une solution du problème pétrinien qui me semblât pleinement satisfaisante ; j'en ai cherché une, à mon tour, dans une étude directe des textes. Ce sont simplement les observations et les réflexions qui m'ont été suggérées par eux el par ce qu'ont écrit d’eux plusieurs de mes devanciers, que je présente ci-après. Je ne prétends point lever toutes les difficultés, mais j'ai fait effort pour les circonscrire et les préciser; Ià où je n'ai point atteint à la quasi-certitude, je ne donne pas ma façon de voir et de comprendre comme la seule bonne: j'espère qu’elle est toujours raisonnable; en tout cas, elle apporte ellemème au lecteur les moyens de la critiquer et, sl le juge à propos, de la rejeter.
Je crois fermement, et de plus en plus, que, suivant, sans y prendre assez garde, la tendance naturelle, indispensable même, aux confessionnels et surtout aux catholiques, nous majorons beaucoup trop nos connaissances sur nombre de questions chrétiennes; nous ne savons pas assez nous résoudre à ignorer ce que pourtant les textes ne nous disent pas. Je commence à croire aussi, que, dans la solution de plusieurs de ces questions, nous n’avancerons pas beaucoup plus loin que nous ne