CHAPITRE II
I. Il nous faut maintenant tenter une seconde épreuve et considérer Pierre dans le rôle qu'il a joué parmi les autres Apôtres et les disciples, après la définitive disparition de Jésus. Si les théologiens romains ont raison, si Pierre, en dépit des textes que nous venons de passer en revue, a reçu du Christ une réelle suprématie sur ses frères, s’il a le droit d'étendre sur eux un vrai pouvoir de juridiction, nul doute que les documents qui nous font pénétrer au plein du monde apostolique ne nous le montrent dans l’exercice de ses fonctions propres, qu'il ne s’y révèle évidemment comme le Prince des Apôtres. Qui done, en effet, eût osé parmi les fidèles, encore tout remplis du souvenir et de l'enseignement du Maître, porter atteinte à une dignité qu’ils aurait créée, ne pas se courber sans murmure devant un ordre qu'il aurait donné? Or, des documents qui se rapportent à l’âge apostolique, lus et relus, tournés dans tous les sens et commentés sans fin
4. Sieffert, Petrus, ap. REnc. de Hauck, XV, p. 195 et s.; Chase, Peter (Simon), p. 762 et ss.
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PIÈRRE DANS L'ÉGLISE PRIMITIVE 79 depuis des siècles, les exégètes dégagent deux impressions radicalement différentes. Pour les uns « Pierre avait parmi les Apôtres une certaine primauté tenant surtout à son zèle et à son activité !, » et parlait d'ordinaire au nom des autres Apôtres ; on le considérait comme le plus respectable de tous, on l’écoutait, on suivait ses avis et, en quelques circonstances, il a tenu le tout premier rôle dans l'Église naissante ; il faut donc croire qu’il y vivait comme le primus inter pares, le premier entre des égaux, comme il semble avoir fait déjà, du vivant de Jésus, dans le petit cercle des disciples; mais il faut aussi écarter l'opinion qu'il exerçait sur ses frères en Christ une primauté de caractère officiel°. Pour les autres, au contraire, la primauté de droit est reconnue à Pierre par les Apôtres; cette primauté, il l'exerce réellement dans l’Église apostolique; il y agit comme le véritable Prince des Apôtres, le primus ante omnes, le premier avant tous*. Et, de part et d'autre, on entasse les références jugées décisives. Prenons garde, toutefois, que pour les théologiens romains le problème est d'avance résolu, car il est de foi que Jésus a donné à Pierre la primauté en Mt. XVI, 17-20; il ne s’agit donc pour eux que de trouver les textes qui semblent