‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 39 sur 221 · Holtzmann, HDC., |, 2, p · texte numérisé non relu

Holtzmann, HDC., |, 2, p

définitif, au Seigneur lui-même, en consultant le sort.

En Actes II, 14-42, Pierre parle le premier, et même seul, aux Juifs assemblés, le jour de la Pentecôte, et leur annonce la résurrection de Jésus-Christ. Que l’auteur des Actes ait voulu lui prêter en l’occurrence un rôle personnel de premier plan, il n’est guère possible d’en douter; aussi il y a lieu de penser qu'il a rédigé ce chapitre avec le secours d’une tradition issue de l'entourage de Pierre. Faites, bien entendu, les réserves préalables et toujours nécessaires, en présence d’un discours de ce genre, sur l'authenticité du détail, il nous paraît qu'ici, Pierre personnifie en quelque sorte les Apôtres; il vient avec les onze autres (IT, 44 : gtaflels.… oùy rois Évôeua); ce sont eux tous qui parlent par sa bouche. Le texte ne nous dit pas qu’il prend la parole ainsi parce qu'il porte en lui le droit de le faire : ou il est mandaté par les onze, puisqu’aussi bien ils ne peuvent pas tous parler à la fois; ou le narrateur a, sous le nom de Pierre, construit un discours avec les propos que tous les Apôtres ont tenus. Il faudrait supposer autrement qu'en toute cette scène qui a pu, dans la réalité, durer assez longtemps, les autres Apôtres restent les témoins muets et passifs des gestes de Pierre : ce serait très pontifical, très à sa place peut-être dans la perspective du temps de l’épiscopat monarchique, mais comment l’admettre dans le milieu et au moment où le narrateur place son récit?

En Actes IIT, 12 et ss., qu’on avance encore parce que l'auteur, qui nous montre Pierre et Jean sous le portique de Salomon, en train de haranguer l’assistance, ne rapporte que les propos du premier, je trouve une confirmation de la remarque que je viens de présenter : c’est Pierre qui fait le discours, en effet, mais il semble probable que ce discours est une composition artificielle, une combinaison d’arguments fournis par une tradition pétrinienne ; et l’auteur a si bien l’impression que Jean n’a pas pu, dans la réalité, rester sans rien dire, qu’il ajoute en IV, 4, que « Pierre et Jean » parlaient au peuple (Awobyrwy dE aur@v pds Tùv Àuoy). Quand bien même on prendrait au pied de la lettre des récits aussi suspects, dans leur détail, de remaniements et de combinaisons rédactionnelles, il serait encore impossible d'y voir autre chose qu’un fait : Pierre jouit d’une autorité personnelle suffisante pour parler au nom de tous les Apôtres, pour parler plutôt que Jean, beaucoup plus jeune que lui; rien ne permet de dire qu’il le fasse en vertu d’une autorité de principe reconnue de tous.

Les passages suivants : Actes IV, 8-12, où Pierre, arrêté avec Jean, prend la parole devant le sanhédrin ; Actes V, 8-10, où nous le voyons frapper de sa réprobation mortelle Ananias et Saphira; Actes V, 29-33, où il répond à Caïphe au nom de tous les Apôtres arrêtés; Actes VIT, 19-25, où, envoyé à Samarie

‘avec Jean, il dispute seul contre Simon le Magicien, appellent tous les mêmes remarques et donnent les

mêmes impressions : l’auteur paraît suivre une tradition qui se rapporte spécialement à Pierre et, en tout état de cause, il ne prête à l’Apôtre et à ceux qui l'entourent, ni un mot ni un geste qui laissent supposer qu'il agit ou qu’il parle, parce que seul il a le droit de parler et d'agir, qu'un autre Apôtre ne ferait pas et ne dirait pas à l’occasion, ce qu'il fait et ce qu'il dit, qu'il soit revêtu, par conséquent, d’une autorité autre que celle qu'il puise dans sa qualité d’Apôtre et dans le respect particulier dont il est entouré.

C’est lui, remarque-t-on, qui d’après les Actes X, 24 et ss. et XI, 18, ouvre le premier au Gentils les portes de l'Église. Ne regardons pas plus loin que la lettre du texte ct ne nous demandons pas dans quelle mesure son rédacteur n’a pas voulu, au temps où triomphait l’universalisme paulinien, faire également de Pierre un universaliste; mais que voyons-nous dans l’épisode caractéristique du centurion Corneille (X, 24 et ss.)? Que Pierre accorde le baptême à des Gentils en vertu de son pouvoir d'ouvrir ou de fermer? Pas du tout; il a reçu, sous forme de vision, un avertissement d'en haut, lui enjoignant de ne plus considérer comme impur ce que Dieu avait purifié (X, 15), et c’est sous l’inspiration directe de l'Esprit, par conséquent, qu’il commande que l’on baptise Corneille et ceux de sa maison (X, 48).

En Actes XII, 3 etss., Hérode pense faire tdieir aux Juifs en arrêtant Pierre; c’est donc que Pierre

peut être considéré comme le chef de ces dissidents qui les exaspèrent. Sans doute, Pierre est de ceux qui leur paraissent particulièrement responsables du trouble que les Galiléens apportent dans la synagogue, mais pourquoi donc, puisqu'Hérode veut faire plaisir aux Juifs et maltraiter quelques-uns de l’Église (Actes XII, À : xaxoout vivas Toy and Th &xxAnoias), pourquoi puisqu'il en veut, dit-on, frapper la tête en arrêtant Pierre, ne le fait-il pas décapiter au lieu de Jacques le Majeur, l’un des Zébédéïdes (XII, 2)? Si la gravité du supplice est proportionnée à la dignité du personnage, c’est Pierre qui devrait être mis à mort. Au fond, l'argument tiré de son arrestation ne porte pas si on songe au supplice de Jacques.

En Actes XV, 7-12, c’est Pierre qui parle le premier dans l’assemblée de Jérusalem et Jacques, frère du Seigneur, se rallie à son sentiment! (13-22). Cette affirmation s'éloigne du texte; ce n’est pas Pierre qui parle le premier, ou du moins nous n’en savons rien, car le texte (XV, 7) dit formellement qu'il ne se lève qu'après une grande dispute (rois ôë Éntisews yevouévns &vasras Iléroos...); il commence par faire une profession de foi universaliste et se

1. Provenaz écrit, S. Pierre, p. 184 : Pierre préside le premier concile de Jérusalem : « Pierre se lève et leur dit. » Il y émet un avis décisif. « C'est pourquoi je juge (Actes X, 7-19). » Le texte porte en effet'\àà ëy® xpive, et Provenaz attache au mot je Juge, son sens le plus précis et le plus décisif. Malheureusement, il n'a pas pris garde (du moins je l'espère) qu’à partir du verset 13

c’est Jacques qui parle et que c’est lui, par conséquent, et non Pierre, qui prononce la parole décisive.

proclamer désigné par Dieu « depuis les anciens jours » (äg'iueo@y àoyalwy) pour prêcher l'Évangile aux Gentils. Qu'est-ce à dire et à quoi fait-il allusion ? Au Tu es Petrus? Rien ne permet de le supposer, car Mt. XVI, 17-20, ne contient pas un mot qui se rapporte à une mission semblable à celle que s’attribue ici l’Apôtre, à moins qu’on n’entende par « bâtir son Église » la conversion des Gentils, sens arbitraire et improbable : Pierre ne peut songer qu’à la vision de Joppé (Actes X, 9 et ss.) et à la conversion de Corneille. Cette circonstance, qui lui est personnelle, lui donne, en l’occasion, puisqu'il s’agit de l'entrée des Gentils dans la foi et des conditions à leur imposer, une autorité particulière. Jacques le Mineur se rallie à son sentiment, cela est vrai, mais c’est lui Jacques, et non Pierre, qui propose les mesures précises ; c’est l'assemblée, et non Pierre, qui les adopte; c’est au nor des Apôtres, des anciens et des frères, et non pas au nom de Pierre, qu’est rédigée la lettre qui fait part aux convertis de la gentilité des déecisions prises. Pierre n’a donc pas joué dans ce concile de Jérusalem un rôle de président ; il n’a pas été plus écouté, ni plus influent que Jacques, frère du Seigneur.

Mais, dit-on, Paul lui-même avoue en Gal. I, 18-49, qu’il vient à Jérusalem « pour voir Pierre. » Considéré isolément, ce texte semble d’un grand poids, surtout que Paul ajoute qu’il ne vit, durant son séjour dans la ville, aucun autre Apôtre, sauf Jacques, frère du Seigneur, et qu’il demeura quinze jours chez

Pierre. N’en devons-nous pas conclure qu’il suffisait de s'entendre avec Pierre, comme avec le vrai chef de l'Église apostolique, pour être en communion avec cette Église elle-même? Nous verrons, dans un instant, qu'en fait cela ne suffisait pas; mais, sans sortir de l'Épiître aux Galates, nous avons les moyens de ramener à son sens véritable le passage qui nous arrête. Pour Paul, et les faits semblent alors lui donner raison, le champ de la propagande se divise en deux domaines distincts : celui de la gentilité, où il se dit Apôtre complet et indépendant, directement désigné par Jésus-Christ, armé d'instructions personpelles qui lui suffisent', et celui de la circoncision, où agissent les Apôtres de Jérusalem; de ceux-ci le plus en vue, c’est Pierre ; c’est pourquoi Paul semble établir, avec l’Apôtre galiléen, une espèce de partage - qui lui garantit au moins à lui-même la part qu’il s’est réservée (Gal. II, 7 et 8). Ce n’est au fond que manière de parler ; la volonté de Pierre ne fait pas la loi dans l’Église de la circoncision et Paul le sait bien, puisque, dans un second voyage, ce n’est pas au seul Pierre, mais, en même temps, à Jacques et à Jean, qu’il va demander alliance (Gal. IE, 9) : « Ayant reconnu, dit-il, la grâce qui m'avait été donnée, Jacques et Céphas et Jean, qui passaient pour les colonnes (oi Goxoüyress otûdot sivai), me donnent, et aussi à Barnabé, la main d'association (deërxs xotywviaç). » Est-ce à dire que ces trois personnages, à

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