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qu'il convenait au familier du Maître, au disciple de la première heure et peut-être au prenier témoin de la résurrection. Tournons-nous maintenant vers les témoignages qu’allèguent ceux des critiques qui mient l'existence de la primauté de Pierre et voyons s’ils nous permeltront d’asseoir définitivement notre conviction".
LT. On remarque donc d’abord qu’en Actes I, 26, ce n’est pas Pierre, mais bien l’assemblée des fidèles qui règle le mode de nomination du successeur de Judas; que ce n’est pas Pierre, mais l'Esprit, par le sort, qui le désigne dans la personne de Matthias.
En Actes VI, 1-5, ce n’est pas Pierre, ce sont les Douze Apôtres (VI, 2) qui convoquent les disciples et leur parlent (sirav); aucun d'eux n’est spécialement nommé et c’est tous ensemble qu’ils proposent à l’assemblée de choisir des diacres pour assurer la régularité de l’entretien des pauvres. Faut-il entendre qu'ils parlent tous à ia fois? Evidemment non, et si Pun d'eux a porté la parole pour les autres, il se peut que celui-là ait été Pierre; mais le compilateur des Actes ne le dit pas, parce qu’en cet endroit
4. I] n’y a naturellement aucun parti à tirer, touchant les sentiments des chrétiens de l’âge apostolique à l'égard de Pierre, de monuments très postérieurs, tels que le verre doré conservé au Musée du Vatican et qui, transformant un des premiers thèmes de l’art des catacombes, Moïse frappant le rocher, substitue Pierre à Moïse et lui attribue ainsi le pouvoir de faire « jaillir l’eau de la grâce du rocher qui est Jésus-Christ (Marucchi, Archéol., F, p. 281). » La production des verres dorés chrétiens se place entre 250 et 350; aucun n'a été trouvé dans les galeries cimetériales creu-
sées avant le milieu du mr siècle : Cf. Dom Leclereq, Manuel d'Archéologie, II, p. 482.
de son livre lil ne suit pas une tradition spécialement pétrinienneet que sa source rapporte l'initiative de l'institution des diacres aux Apôtres considérés collectivement.
En Actes III et IV, où l'auteur nous montre côte à côte Pierre et Jean, il met, il est vrai, dans la bouche de Pierre les discours qu'il rapporte, mais Jean aussi a parlé (IV, 1) et rien n’indique qu’il lait fait avec moins d’autorité que Pierre; pas un mot n’insinue que ce dernier ait qualité particulière, ou mandat spécial, pour parler plutôt que son compagnon, en dehors de son âge et de son autorité personnelle ; la tradition dont use ici le compilateur concentrait l'attention sur lui, et, probablement aussi, il s’attachait à son nom, au temps de la rédaction des Actes, bien plus de lustre qu’à celui de Jean.
En Actes IV, 5, nous voyons Jean traduit avec Pierre devant le sanhédrin, peut-être parce qu'ils sont tous deux les plus en vue des Apôtres, surtout parce qu’ils setrouvent plus compromis que les autres, et sans que rien marque une supériorité de dignité de lun sur l’autre, que rien n'implique qu'ils soient les chefs des chrétiens, encore moins que Fun d’eux soit le chef. Au reste, pareïlle conception ne serait-elle pas étrange, à un moment où l'espoir de gagner les Juifs n’est pas éteint, où l’imminence de la parousie occupe tous les cœurs et où, par conséquent, la nécessité d’une Église ne se fait pas encore sentir.
En Actes IX, 32, Pierre visite les communautés de
fidèles répandues en Judée, en Galilée et en Samarie. On a fait parfois état de ce texte pour affirmer que le Prince des Apôtres étaient allé « confirmer ces églises. » Outre l’anachronisme qu'enferme une telle expression, remarquons que ce n’est pas comme Prince des Apôtres, mais seulement comme l’un des Apôtres et délégué des autres, que Pierre va réconforter les communautés en question et appeler sur elles le Saint-Esprit; nous en trouvons la preuve en Actes VIIL, 44 : « Cependant les Apôtres à Jérusalem, ayant appris que les gens de Samarie avaient reçu la parole de Dieu, leurenvoyèrent Pierre et Jean. »
Cette qualité de délégué, et qui doit des comptes à ceux qui lui donnent son mandat, est encore mieux marquée, s’il est possible, par le récit que nous trouvons en Actes XI, 1 et ss. Quand l’Apôtre revient à Jérusalem, après avoir admis des Gentils au baptême chez le centurion Corneille, à Césarée, les fidèles eirconcis le reçoivent fort mal: « Et ils leur disaient: tues entré chezlescirconcis ettu as mangéaveceux(XI,3).» Il lui faut, pour les apaiser, leur raconter par le détail la vision qu'il a eue à Joppé et justifier sa conduite, en en rejetant la responsabilité sur l'Esprit (XI, 42). En réalité, fut-il approuvé? Dissipa-t-il définitivement les préventions des convertis de la circoncision à l'égard de ceux de la gentilité? L'auteur des Actes voudrait le faire croire, mais les apparences sont contre son affirmalion et son propre chapitre XW. pour ne point sortir de son livre, fortifie nos doutes, puisque s'il nous présente Pierre et mème Jacques,
comme un partisan de larges concessions aux Gentils qui croient, il nous laisse entendre que nombre de fidèles juifs tiennent à l'obligation, pour tous, des pratiques du judaïsme, y compris la circoncision (XV, 5); de sorte qu’en dernière analyse, non seulement Pierre n’a pas tranché d'autorité une question entre toutes importante et débattue, mais il s’est encore trouvé impuissant à faire accepter, par tous les fidèles, une manière de voir et d'agir fondée sur une monition du Saint-Esprit. On ne comprend pas bien ce que devenait, en l'occurrence, son pouvoir de juridiction.
C’est surtout l’histoire des rapports de Pierreet de Paul qui jette une lumière vive sur le vrai caractère de l’autorité du Prince des Apôtres. Paul semblait un Apôtre d’une espèce assez particulière ; il n'avait pas connu Jésus; pharisien, fils de pharisien, il avait marqué d’abord de très mauvaises dispositions à l’égard des chrétiens et il lui revenait une part de responsabilité dans les premières tribulations imposées aux frères par les gens du Temple’. Un jour, l'illumination de la vérité, qu’il avait rencontrée sur le chemin de Damas, avait changé son zèle de sens, et, de sa propre autorité, dont il faisait remonter l’inspiration aux instructions directes du Christ glorieux, on l’avait vu tout à coup se comporter comme un Apôtre®. Notons qu’il ne crut pas à propos d'aller, immédiatement après sa conversion, s'entendre avec Pierre et