Guignebert, Manuel, ch. vur
se faire reconnaître de lui en sa qualité nouvelle, comme, sans doute, il l’eût fait si les chrétiens de Damas, qui le baptisèrent, lui eussent donné une idée exacte du pouvoir de juridiction du Prince des Apôtres : « Je n’allai point à Jérusalem, écrit-il luimême’, vers ceux qui étaient Apôtres avant moi; mais j’allai en Arabie etplus tard je revins à Damas. » Ce ne fut que trois ans après sa conversion (Gal. I, 18) qu’il se décida à monter à Jérusalem et à s’aboucher avec Pierre et Jacques. Il ne nous dit pas quels propos s’échangèrent entre eux, mais, à travers les Actes IX, on peut deviner que l'accord se fit par l’entremise de Barnabé. Une entente était relativement facile encore, parce que les Apôtres, habitués à agir d’après les inspirations de l'Esprit, ne pouvaient pas chicaner Paul sur l'origine de sa mission; et surtout parce que le problème de l'accès large des Gentils à la foi ne s’imposait pas encore à leurs discussions?,
Il n’en fut pas de même quatorze ans plus tard, en 51(?), après une féconde campagne de Paul autour des synagogues hellénisantes d'Asie Mineure*. Que l’Église
4. Gal. I, 17. L'auteur des Actes IX, 17, semble bien dire que Paul se rend immédiatement à Jérusalem, mais il a le parti pris évident de montrer le constant accord entre Paul et les autres Apôtres ; c'est pourquoi encore, en IX, 28-29, il nous le représente allant et venant avec eux dans Jérusalem et disputant avec les Grecs; toutes affirmations inconciliables avec Gal. I, 17, 18, 19.
2. Paul, Gal. I, 16 dit bien qu'il commence aussitôt à prècher aux Gentils, mais, évidemment, ses conquêtes qui comptent parmi eux sont postérieures à son séjour à Antioche.