‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 47 sur 221 · Loisy, Syn., II, p · texte numérisé non relu

Loisy, Syn., II, p

2. Lightfoot, S. FD p. 490, après avoir étudié l'attitude de Paul à l’égard de Pierre, conclut, tout au contraire : 1f there was

any primacy at this time, it was the primacy not of Peter, but of Paul.

les deux lettres inscrites au Canon sous le nom de Prima et Secunda Petri. Ce sont deux documents assez solennels, le premier surtout, qui se présente comme une sorte d'instruction circulaire adressée aux convertis de la gentilité, dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie; or, dans aucune des deux, on ne peut relever un mot qui fasse une allusion quelconque à la primauté de Pierre; sans abuser de l’argument a silentio, qui présente quelque danger, on peut penser que, vu la circonstance et ce fait que Pierre écrit à des communautés vraisemblablement pauliniennes, ce serait bien le moment de marquer, ne fut-ce que d’un trait, en passant, son autorité particulière. Il n’en fait rien; on peut même ajouter, au contraire. En effet, ül s'intitule simplement dans la suscription « Apôtre de Jésus-Christ » (7 Petril, 1), ou « serviteur et Apôtre de Jésus-Christ » (ZT Petri I, 1) et, en I Petri V,1,on lit: «J’adjure les presbytres qui sont parmi vous, moi qui suis presbytre comme eux et témoin des souffrances du Christ. » Comment concilier une telle formule avec le pouvoir de juridiction que la tradition catholique veut que Pierre ait exercé après l’Ascension ? L'auteur de la Z Petri, quel qu'il soit, s’en faisait assurément une pauvre idée, ou bien il l’ignorait.

IV. Concluons donc; pas un texte ne nous a montré Pierre dans l’exercice de ce droit de primauté qu’au dire des théologiens romains, le monde apostolique lui aurait reconnu, plusieurs nous ont, au contraire, paru exclure l'existence même d’un tel

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pouvoir. La seule autorité précise qu'il nous soit donné d’entrevoir à Jérusalem, c’est Jacques qui la détient, probablement en sa qualité de frère de Jésus*. Jean et Jacques, fils de Zébédée, sont, pour ainsi dire, sur le même plan que Pierre, dans les événements qu'il nous est permis d’entrevoir. Plus qu'eux peut-être, mais comme eux il est honoré, respecté, écouté à l'occasion, comme il convient au plus ancien des disciples, au premier élu des Apôtres, au plus fidèle des serviteurs du Maître ; mais les honneurs, les respects, l’obéissance même, s’adressent à sa personne et nullement au principe abstrait d’une autorité dont il aurait été revêtu à l’exclusion des autres Apôtres et audessus d’eux. En réalité, la société apostolique paraît anarchique, c’est l'Esprit qui la gouverne : tous les frères réunis prennent sous son inspiration les décisions importantes. Pierre doit donc être considéré comme le primus inter pares et non pas comme le primus ante omnes®. Cette conclusion confirme celle à laquelle l’examen des textes évangéliques nous avait déjà conduits.

4. Eus., HE. I, 1, 2 et 3, d’après Clément d'Alex., au VI: livre des Hypotyposes, dit qu’il est le premier évêque de Jérusalem parce que Pierre, Jacques (le Majeur) et Jean ne réclament pas la place après l’Ascension. Laissons de côté le titre, l’autorité paraît bien réelle (Harnack, Chron., I, p. 706 et 707), en fait, sinon en droit.

2. Von Dobschütz, Die urchristl. Gemeinden, p. 106 : Allerdings muss das Leben dieser ersten Christen einen starken Gemeinschafts-ja Familiencharakter getragen haben... Petrus ist das Familienhaupt, ihm sur Seite stehen die Zwôlfe. Sonst fehlt es noch an jeder Organisation. Werlne. Die Anfänge, p. 74 : Apostel und Brüder (de Jésus) zusammen waren die Autoritäten der Tradition.

Si, d’ailleurs, nous essaycns de mesurer l’importance de Pierre, non plus seulement dans l’Église de Jérusalem, mais parmi les chrétiens de la Diaspora, dans ce qu’on pourrait appeler, un peu pompeusement, l'Église universelle, elle nous paraît bien moindre encore que celle qu’il a dans le cénacle de la Ville Sainte. Au lendemain de la-mort du Maitre, sa foi et son zèle, son courage aussi, l’avaient mis au premier plan; autour de lui s'était rassemblé le troupeau dispersé, sous son inspiration et sa direction, il avait regagné la Galilée et repris les occupations familières'; puis, dans le cadre où l’image de Jésus venait si naturellement se replacer, son amour a fait renaître le beau rêve évanoui : la foi en la résurrection est sortie de son cœur. Alors il retrouve une énergie nouvelle; il entraîne à Jérusalem ses frères, les Apôtres, et peut-être aussi la famille de Jésus, tous ceux qui partagent sa conviction ; et ilose venir la proclamer au lieu même où le grand désastre s’est accompli, en face du péril que son Maître n’a pas évité; il paie de sa personne sans hésiter, car il n’a plus de doutes. Lorsqu'un peu plus tard, au cours de sa tournée dans les villes côtières, il se trouve en face de la foi de Corneille et des siens, le souvenir de Jésus l’éclaire et son esprit l’inspire pour trancher la redoutable question de laccès à la vérité d’un incirconcis et il ne se résoud point à regarder comme impurs ceux qui ont été jugés dignes de croire. Ce

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