CGhronol., I, p
3. Le Pont n'est pas une province, mais un pays; l’auteur ne nomme pas la Paphlagonie, autre pays au nord du Pont; Galatie et Bithynie sont deux provinces, qui enferment chacune une partie du Pont; il est probable que dans son Asie il faut comprendre non la seule province de ce nom, mais aussi la Lycaonie, la Lyeie, Ja Pamphilie et la Cilicie. J. Monnier, La première lettre, p. 24, croit que l'ordre suivi dans l’'énumération est géographique : au nord, le Pont; à l’est et au centre, la Cappadoce ct la Galatie, à l'ouest, PAsié et la Bithynie. Je ne vois vraiment pas quel parti tirer d’une semblable constatation; M. Monnier y cherche la preuve que l'au-
en V, 13 : « La co-élue qui est à Babylone vous salue. » Si on prend ces mots au pied de la lettre, l'écrit, authentique ou non, semble attester la présence de l’Apôtre à Babylone; le faussaire, si faussaire il y a,'n'a guère pu le faire écrire que d’un endroit où une tradition sûre et connue signalait son passage. On ne voit pas a priori pourquoi Pierre n’aurait pas songé à évangéliser une région où il restait certainement beaucoup de Juifs; les objections que l’on tire de la décadence et du dépeuplement de Babylone, en ce temps-là, ne sont pas très solides, à les bien considérer; mais, d'autre part, il semble actuellement impossible de prouver que par Babylone, &ans le passage précité, il faut réellement entendre la ville de l’'Euphrate.
III. Laissons ces hypothèses. En définitive, des traditions ou des légendes plus ou moins sérieuses fixent un moment de l’activité de Pierre en quatre endroits avant son apostolat romain : à Jérusalem, à Antioche, à Alexandrie, à Corinthe. Il nous faut nous faire une opinion sur leur valeur, attendu que si Pierre a fondé réellement ces quatre grosses Églises ou, sans les fonder, s’ilen a été l’évêque, on peut se de-
teur de la lettre ne l'a pas écrite de Babylone, parce qu’en ce cas il aurait nommé d’abord la Cappadoce, plus près de lui que le Pont. Ce n’est pas un argument bien convaincant. Hoennicke, Judenchristentum, p. 82, pense qu’on peut au moins conclure de la lettre (I, 12) que Pierre avait des partisans en Asie; cette conclusion ellemême reste très problématique. Je préfère l'opinion du mème auteur, op. cit., p. 114: Wüir wissen absolut nichts über sein Verhällnis zu den I Petr.l' genannten Gemeinden.
1. Chase, Peter (Simon), II, 4: Peter in connexion with Babylon.
mander pourquoi ses successeurs sur chacun des quatre sièges épiscopaux, n'ont pas cru à propos de réclamer tout ou partie de sa primauté; pourquoi il l'a fixée tout entière sur le siège de Rome.
S. Pierre n’a jamais, à vrai dire, passé pour le fondateur, ni même pour le premier évêque de l’Église de Jérusalem; le fondateur, c'était Jésus-Christ luimême. Une si glorieuse origine, si complètement audessus de toute comparaison, aurait dû, semble-t-il, assurer la primauté à la chaire épiscopale de la Cité Sainte; et, en effet, il ne semble pas impossible que vers la fin du premier siècle et le commencement du second, la communauté de Jérusalem ait prétendu au moins à une sorte de préséance, sur cette affirmation qu'elle est toujours gouvernée « par des martyrs et des parents du Seigneur’. » Mais la destinée dela ville et celle de son Église lui interdirent de persister dans sa revendication. A l'époque byzantine, les Grecs la reprirent, comme un argument contre Rome, mais il était trop tard alors pour ébranler la primatie romaine, pour dresser la chaire de Jacques, frère du Seigneur, en face de la chaire de Pierre?. Ce n’est pas à Pierre, en effet, mais bien à Jacques, nous le savons, que la tradition attribue l'exercice de la première autorité directe que la Ville Sainte ait connue après l’Ascension*. On ne s’explique pas pourquoi ce ne fut pas Pierre qui la prit en main, à moins qu'on ne con-
4. Eus., HE, LI, 41 et 12, d’après Hégésippe. 2. Harnack, Chron., 1, p. 707.