Harnack, Chron., I, p. 208 et ss
cherchait qu’à augmenter le lustre de son Église, dont les origines vraies s'étaient de bonne heure obscurcies'. Aussi bien, alors que l'intérêt évident de l’Église romaine ne tarda pas à donner à sa tradition relative à Pierre toute la précision désirable, la tradition antiochéenne resta toujours un peu flottante et la communauté de cette ville ne s’attacha jamais à l’idée que son épiscopat avait pu retenir quelque chose des privilèges inhérents à la personne du Prince des Apôtres?. Aujourd’hui, les historiens catholiques disent volontiers que « le pontificat de S. Pierre à Antioche appartient à la légende* », et ils ont certainement raison. Toutefois, de cette tentative d’autoglorification de l'Église d’Antioche, nous devons retenir un enseignement précieux : au temps où elle s’est produite, au courant du n° siècle, on ne croyait pas encore, du moins, que Pierre püt léguer à un successeur, à l'épiscopat d’une Église, l'héritage de son prétendu pouvoir de juridiction.
Aucune tradition ou légende n’attribue,quejesache, la fondation de l’Église ou de l’épiscopat d'Alexandrie à S. Pierre lui-même. Eusèbe, utilisant probablement les données de la chronique de Julius Africanus‘,nous
1. Ce furent probablement des Juifs hellénistes, chassés de Jérusalem par la petite persécution dont la mort d’Etienne est l’épisode principal, qui portèrent la foi à Antioche. Ils demeurent pour nous anonymes; quand les Apôtres envoient Barnabé dans la ville, la communauté chrétienne existe déjà (Act. XI).