‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 70 sur 221 · Kraus, HE., 1, p · texte numérisé non relu

Kraus, HE., 1, p

Jérôme, Paul Orose’ et d’autres, sans que rien les vienne contredire directement ou indirectement dans les textes ou les monuments antiques’. La question de la confiance à accorder aux sources exploitées n’est pas ainsi très bien posée : Eusèbe, c’est-à-dire Julius Africanus, domine le témoignage de S. Jérôme, celui d’Orose et, d’une manière générale, celui de tous les écrivains postérieurs. Si l’on prouvait seulement que l’assertion d’Eusèbe est bien fondée, il semblerait inutile d'avancer les autres textes, dont le nombre n’ajoute rien à sa force. Malheureusement l'autorité d’Eusèbe est, en l’occurrence, très faible. D'autre part, on ne saurait accorder les dates que donnent sa Chronique avec celles que nous trouvons dans le Catalogue libérien, qui, plaçant en l’aunée 55 le martyre de Pierre, est obligé, pour retrouver les 25 ans de son pontificat, de reporter à l’année, 30, immédiatement après l’Ascension, son arrivée à Rome. C'est là, sans doute une transposition fantaisiste, mais, au jugement de ceux qui lappuient sur Hippolyte, dont l’autorité balance largement celle de Julius Africanus, elle n’est point si méprisable et, en tout cas, elle aurait besoin d’une explication qui nous manque. Au reste, pour ce qui regarde les allégations d'Eusèbe et de ceux qui le suivent, il ne s’agit pas de savoir si elles ont trouvé

1. Hicron., De vir. ill., 1; Orose, Hist., VII, 6. Nous reviendrons bientôt sur tous ces témoignages.

2. De Smedt, Diss., I, p. 43. Nullo antiquo auctore vel monumento directe ant indirecte contradicente.

créance en untempsquine possédait guère de moyens de les contrôler, mais bien d’éprouver si, examinées avec les secours dont nous disposons aujourd’hui, elles résistent à la critique. Enfin, il n’est pas tout à fait exact de dire que, la difficulté chronologiq ue écartée, il reste chez Eusèbe et chez le Chronograp he de 354, une affirmation des 25 ans de pontificat de l’Apôtre, qui n’a pas été contredite dans l'antiquité : d’abord Lactance ne place l’arrivée de Pierre à Rome que sous le règne de Néron‘et, en secondlieu, comme nous l’allons voir, les contradictions indirectes ne manquent pas au prétendu fait acquis. Aussi bien, de nos jours, tous les critiques libéraux et plusieurs d’entre les autres, n’accordent-ils plus de crédit sur les questions en cause; ni à Eusèbe, ni au Chronographe*.

Contre la fondation de l’Église de Rome par Pierre, on objecte tout d'abord que le partage dont nous’ parle Gal. II, 7, suppose que la Ville se trouve placée dans le champ de l’activité de Paul. On avance ensuite cette remarque que Clément, ou l’au-

1. De mort. pers., 2 : cum iam Nero imperasset, Petrus Roma advenit. — Je ne crois pas à propos de m'arrêter à des arguments comme celui que je trouve chez Provenaz, S. Pierre, p. 50 : Si Pierre n'était venu à Rome que sous Néron, « on ne s’explique pas la hardiesse avec laquelle le Pontife Saint Léon (440-471) s’écrie au milieu de Rome : « Avant tout autre, l’heureux Apôtre Pierre éclaire les Romains » (Sermo 2, in anniv. elect.).

2. C'est parce que le P. Rinieri ne peut pas s'y résigner et pense que refuser sa confiance sur ce point entraîne à la refuser sur tous les autres, qu’il maintient l’affirmation de la fondation de l’Église romaine par Pierre : S. Pietro, p. 370 et ss. Il suffira de lire son chapitre xxx1 pour juger de la fragilité de son raisonnement.

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teur de la lettre connue sous son nom, tenant la plume pour l’Église de Rome, à la fin dus siècle, et Ignace d’Antioche, écrivant aux Romains, au début du n° siècle, ayant tous deux occasion, dans leurs lettres, de nommer Pierre et Paul, ne disent pas un mot qui laisse croire que le premier a fondé l’Église romaine. On observe encore que les Actes restent muets sur le voyage de Pierre à Rome et qu’il est iout à fait étrange qu'un fait aussi important n’ait pas laissé, dans les traditions dont leur auteur a eu connaissance, une trace ineffaçable. Cet extraordinaire silence est d'autant plus frappant que le livre entier des Actes semble préoccupé d'établir un parallélisme aussi rigoureux que possible entre les faits et gestes de Pierre et ceux de Paul!'. Enfin, on juge inadmissible que Paul, dans son Épître aux Romains, qui date de 58, ne fasse pas même une allusion à la prédication de l’Apôtre qui leur a porté la vérité. Il n’est presque pas moins étonnant que dans l'Épitre aux Galates, au début de laquelle s’agite ce gros problème de l'accès des Gentils à la foi, Paul, qui nous parle d’une espèce de partage entre Pierre et lui?, n’ait pas jugé à propos de toucher un mot de l'intervention de Pierre chez les Juifs et les craignant Dieu de Rome; si, en effet, l’Apôtre de la circoncision a pré-

1. Provenaz, S. Pierre, p. 44, croit, il est vrai, que « la bonne critique » interdit de tirer aucune conclusion du silence des Actes sur ce point, parce que leur auteur « est resté peu de temps avec S. Pierre : il n’est done pas étonnant qu'il ne s'étende point sur ses œuvres.» Sans doute.

2. Gal. 1,7 et 8 : à l’un les eirconcis, à l’autre les Gentils.

ché dans la Ville avant 56, date probable de l’Épitre aux Galates, il semble impossible qu’il n’ait pas vu se lever devant lui, encore plus rapidement qu’à Césarée, la question de l'accès des incirconcis à la vérité, et qu'il n'ait pas, en l’occurrence, adopté une attitude dont Paul avait intérêt à tirer parti, quelque fût son sens, dansle plaidoyer qu'il développe en Gal. IL. Semblable préoccupation aurait certainement attiré aussi l’attention de l’auteur des Acées en son chapitre XV. C’est pourquoi certains n'hésitent pas à conclure de tout ce concours de silences que la tradition relative à l’évangélisation de Rome par Pierre n’a pas plus de valeur que celle qui nous montre Thomas préchant aux Parthes et André aux Scythes, ou encore celle qui se rapporte au séjour de Jean, fils de Zébédée, en Asie Mineure!.

Mais nous ne sommes pas tout à fait réduits à cet argument à silentio. On peut considérer comme la première mention du christianisme à Rome le passage de la Vie de Claude, où Suétone nous rapporte que cet empereur lance un édit d'expulsion contre les Juifs de la Ville, à cause des désordres suscités parmi eux par un certain Chrestus?. Je pense que tous les critiques se trouvent aujourd’hui d'accord pour ne pas voir en ce Chresius un agitateur juif contemporain de Claude, mais bien le Christ luimême, dont la police avait probablement saisi le nom au cours des troubles où elle avait dû inter-

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