Allard, Hist. des pers, 1?, p
3. Langen, GRK., I, p. 20, rappelle à propos que les Juifs de Rome avaient leur synagogue à Jérusalem et que de nombreuses
cependant supposer quelque chose à mon tour, je croirais volontiers que la foi, apportée de Palestine à Rome par des isolés, y végéta silencieusement, dans un milieu étroitement juif, jusque vers 50 et qu’à cette époque un groupe de missionnaires pauliniens vint lui donner vigueur, en prêchant résolument aux prosélytes, selon l'habitude de leur maître. Comme lui, ils provoquèrent une vive agitation parmi les Juifs; elle attira l’attention de la police et motiva la rigueur de Claude ; mais, sans doute, les nouveaux venus et leurs recrues ne furent point sérieusement atteints par l’édit d'expulsion, parce qu’ils n'étaient pas Juifs d’origine, mais appartenaient à la fraction grecque, la plus nombreuse, des convertis pauliniens ; et ils purent tout de suite s’organiser en communauté, distincte désormais de la synagogue. Cette manière de voir ne paraît pas absolument sans appui dans les textes. D'abord l’épître de Paul aux Romains prouve que l’Apôtre s'intéresse particulièrement à l’Église de leur ville ; on a bien, il est vrai, supposé que c’étaient Aquila et Priscilla qui, le rencontrant à Corinthe, avaient attiré son attention sur la communauté d’où ils venaient, et que sa lettre y avait posé la question de l’observance de la Loi; rien ne le prouveet il n’est pas même certain qu'Aquila et Priscilla soient déjà chrétiens quand ils débarquent à Corinthe. La lettre de Paul, le désir qu’il y marque
épitaphes romaines prouvent que des Juifs de Jérusalem étaient surpris par la mort dans la capitale. Cf. Schürer, G. d. jüdisch. Voikes, I‘, p. 30; IIL*, p. 35 et ss.
d’aller visiter la chrétienté romaine, pour laquelle il rend grâce à Dieu et dont il parle « sans cesse; » l'accent qu'il met sur la communauté de foi qui lunit à elle (Rom. I, 7-14); la fermeté de ses critiques des pratiques juives (IT et IT), voilà bien des traits qui semblent prouver que l’Apôtre ne s’adresse pas à des judéo-chrétiens et qu'il se sent de cœur tout près de ses correspondants, comme il le serait de fils spirituels. D'autre part, l’accueil qu’il reçoit des chrétiens de Rome quand il arrive, l'attitude qu’il prend vis-àvis des Juifs, ne s'expliquent bien que si la communauté des fidèles est indirectement sortie de lui. Enfin, on a déjà remarqué que les premiers noms dont l'Église de Rome ait gardé le souvenir, semblent être ceux dé pauliniens. Je ne dis pas que l'hypothèse que j'avance soit inébranlable et qu’elle dissipe toutes les obscurités; je la crois du moins vraisemblable.
Qu’on l’accepte ou non, d’ailleurs, il convient de conclure que l'Église de Rome ne paraît avoir reçu la visite d'aucun Apôtre avant le temps où Paul lui écrivit, en 58'; elle fut « une création spontanée de l’Évangile?, » qui devint très vite florissante parce que le milieu s’y prètait particulièrement bien.
1. Langen, GRK., I, p. 23; Weizsücker, AZ.', p. 484; Lightfoot, S. Peter, p. 491; Turmel, Hist. du dogme, p. 9. — E. Schwartz, Zur Chronologie des Paulus, ap. Nachrichten der kénig. Gesellschaft der Wissensschaften zu Gôttingen, 1907, prétend démontrer que Paul a été mis à mort par Néron vers 57-58. Si cétte conclusion était fondée, elle poserait évidemment le problème que nous agitons en des termes nouveaux, mais, malgré l'érudition dépensée par son auteur, je ne crois pas qu'on puisse la consi-
dérer comme établie.