‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 75 sur 221 · Phil. I, 13; IV · texte numérisé non relu

Phil. I, 13; IV

3. Schmiedel, Simon Peter, $ 30, croit même très difficile que Paul ait écrit I, 15-18, où il parle avec quelqu'amertume de ses ennemis, de ceux « qui annoncent le Christ dans un esprit de contention, » si Pierre se trouve alors à la tête de l’Église de Rome ; c’est aussi mon avis.

encore des contradicteurs ; mais la Seconde à Timothée, qui part aussi de Rome (f, 8), ne nomme pas non plus Pierre. Silence singulier, si l’épître sort bien de la main de Paul; silence presqu’aussi étrange, si comme je le crois, elle est l'œuvre d'un faussaire, d’un Asiate, qui a dû songer à la vraisemblance du milieu où il prétend se placer. De ces arguments divers, un surtout paraît décisif : celui qui se tire du silence des Actes; on n’y répond pas en disant que, dans la dernière partie de son ouvrage, l’auteur du livre ne s'intéresse qu’à Paul; nous avons déjà remarqué qu'il se préoccupe fort de maintenir le parallélisme entre Pierre et Paul; il aurait donc à priori envie de conduire le premier à Rome, puisqu'il y mène le second. Songeons, d’autre part, que les Actes ont été, selon toute apparence, rédigés au début du ir siècle, ou à l’extrême fin du 1°" et que leur rédacteur disposait, par conséquent, des moyens de se renseigner sur un fait en soi très intéressant et qui flaittait sa tendance à la conciliation. Peut-on, au reste, supposer un instant qu'il l'ait ignoré? Peutêtre serait on tenté d'expliquer son mutisme en supposant que Pierre n’arrive qu'après les deux ans de séjour de Paul dans Ja capitale, que son arrivée tombe, par conséquent, en dehors de la période enfermée dans les Actes; mais cette conjecture, en mettant hors de cause l’auteur du livre, ne ferait qu’ajouter un argument à la conclusion qui nous fait rejeter la tradition de l’arrivée simultanée des deux Apôtres à Rome. Nous verrons bientôt, en étu-

diant les récits relatifs à Simonle Magicien, comment on peut croire qu’elle s’est formée ; pour lui accorder encore crédit, il faut l’interpréter en la subordonnant à une construction que rien ne justifie, mis à part le désir de dénouer une difficulté inextricable. La voici : Paul amené prisonnier à Rome en 61, y est retenu deux ans (Actes XX VIII, 30); traduit devant le tribunal impérial, il est acquitté, durant l’été de 63; après quoi, il part pour l’Espagne, où il avait annoncé l'intention d'aller (Rom. XV, 24) et où deux textes semblent dire qu'il se rendit effectivement; puis il revient à Rome, au moment où Pierre y entre aussi, est arrêté comme lui, à une date indéterminée, vers 66 ou 67, au cours des poursuites engagées contre les chrétiens, après l’incendiede 64, et subit le dernier supplice en même temps que lui?. On arrive ainsi à réserver une marge de deux ou trois années pour la prédication commune des Apôtres dans la Ville et à justifier l'attestation de Lactance et de maint autre écrivain postérieur’. Malheureusement l'hypothèse

4. Clém. Rom., I Cor., V, T : Paul aurait enseigné la justice à tout l'univers et se serait rendu jusqu'aux extrémités de l’Occident : nt vd tépua tñs Oüoeuws E0wv. Le Canon de Muratori nous parle de la profectionem Pauli ab Urbe ad Spaniam proficiscentis. Discussion sage de ces textes ap. Dom Leclercq, L'Espagne chrétienne, Paris, 1905, p. 25 et ss.

2. Zahn, Eïinleitung, 1, p. 435, place le retour de Paul à Rome au printemps de 65; il le fait voyager en Orient durant l'hiver de 65 à 66, le ramène à Rome pour l'été de 66 et le livre au bourreau vers la fin de la même année. Contra Jülicher, ENT!., p. 148 et ss.

3. Lact., Inst. die., IV, 21... Quae Petrus et Paulus Romae pracdicaverunt, et ea praedicatio in memoriam scripta permansit. — Provenaz, S. Pierre, p. 88 et ss., rassemble nombre de témoi-

d’une seconde captivité de Paul n’est pas solide : le Canon de Muratori et Clément Romain peuvent tout au plus faire croire qu’un acquittement termine les deux ans de custodia libera dont parlent les Actes, et, en définitive, la seule Seconde à Timothée fait mention formelle d’une prison, où se trouve l’Apôtre quand il est censé l'écrire (E, 8), et qu’il fautbien considérer comme une seconde prison, si l’on veut absolument que la lettre soit authentique. On fait encore valoir la phrase qui se trouve en ZI Tim. IV, 16 et 47. « Dans ma première défense (éy +3 rpürn mou émokoyta) personne ne m'a assisté, mais tous m'ont abandonné. Que cela ne leur soit point imputé. Mais le Seigneur m'a réconforté, afin que ma prédication fût pleinement remplie et que tous les Gentils m'entendissent. Et j'ai été délivré de la gueule du lion. » On entend qu'il s’agit du premier procès débattu devant Néron, figuré par le lion; Paul acquitté, a continué sa prédication et c’est durant le second emprisonnement, qui précède sa mort, que se place la rédaction de II Tim. Ce n’est là qu’une interprétation et elle a contre elle les difficultés que soulève l’authenticité des Pastorales, celle de Z7 Tim. en particulier? ; le vague

gnages du même genre; malheureusement ils appartiennent au iv* et au v° siècle et ne s'accordent pas bien tous ensemble; plusieurs ne nomment que Pierre.

1. Hatch, Paul, ap. Enc. bibl, II, $ 31 : .… and with some such writers it has become almost. an article of faith that he was imprisoned there not once but twice.

2. Cf. Moffatt, Timothy and Titus (Epistles), ap. Enc. bibl., IV, qui donne, avec un bon résumé dé la question, une abondante bibliographie.

des expressions : « ma première défense » et « la gueule de lion, » qui peuvent aussi bien se rapporter aux tribulations de l’Apôtre à Jérusalem et à Césarée qu’à son interrogatoire devant Néron. Il est clair que si II Tim. est l'œuvre d’un faussaire, la prison à laquelle il fait allusion en I, 8, a toutes chances d’être celle même dont nous parlent les Actes. Remarquons d’ailleurs qu'Eusèbe, qui connaissait déjà l'hypothèse de la seconde captivité, puisque sa confiance dans Pauthenticité de ZZ Tim. la lui imposait, ne peut l’appuyer sur aucun autre document que l’épitre ellemême et qu'il ne la garantit que par l’inquiétante formule on dit (Xéyos yet). On a du mal à admettre « que des faits d’un intérêt général, tels que la délivrance, la continuation de l’apostolat et le second emprisonnement du grand Apôtre des païens, » se soient effacés du souvenir des chrétiens au point de réduire Eusèbe à se contenter d’une affirmation invérifiable et qui n'emprunte aucune solidité au succès qu'elle rencontre durant le 1v° siècle’. On ne s’explique pas non plus aisément que les Actes s'arrêtent comme ils font sur la captivité de Paul à Rome, si des faits aussi importants la devaient suivre; à moins que d'admettre que leur auteur, scrupuleux témoin oculaire, cesse d'écrire quand il cesse de voir par lui-même et qu'il quitte l'Apôtre avant sa mise en jugement. L'examen des procédés de rédaction de pseudo-Luc n’est point favorable à cette

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