‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 86 sur 221 · Jacquier, loc. cit · texte numérisé non relu

Jacquier, loc. cit

3. Cf. particulièrement : Rom. XII, 7-8 et I Petri IV, 10-41; I, 22; Rom. XII, 3 et IT Petri, II, 13-44; III, 13. Les rapports que présente l’épitre avec d’autres écrits du MN. T., accentuent son paulinisme ; cf. O. Cone, art. cité, $ 4.

4. Par exemple &moxaludi:, éleubepia, Enaivos, ÔGËa, ahetv, etc.

Ni Z Petri ni Rom. ne reproduisent exactement la Septante, parce que, de toute évidence, ils citent de mémoire et, des deux, c’est la Z Petri qui se rapproche le plus du texte alexandrin, mais le souvenir qu’elle en ase mêle à celui qu’elle a gardé de la leçon paulinienne et s'affirme dans les premiers mots qui posent la citation. J'avoue qu'il m'est difficile d'imaginer Pierre devenu à ce point le disciple de Paul, au lieu de s’efforcer de refléter aussi fidèlement que possible l’histoire divine dont il avait été l’un des témoins et l’un des acteurs.

Or, et c’est là une contre-épreuve aussi facile à faire que nécessaire, la Z Petri ne nous apporte la trace d'aucun souvenir immédiat de l’histoire évangélique, on n’y trouvera pas une seule impression dont on puisse dire qu’elle est directe et d’un compagnon fidèle de Jésus’; disons plus, l'écrit, dans son ensemble, paraît comme étranger aux idées essentielles du Maître, telles que nousles présentent les Synoptiques : sa conception du Royaume, de la Vie, de la nécessité

1. On avance (Jacquier, Hist. des livres du N. T., II, p. 256) que c’est peut-être Silvanus, longtemps compagnon de Paul, fort au courant de la langue et de la doctrine de son maître, qui a donné à la Z Petri sa couleur paulinienne; la réponse est insuffsante, car, en supposant que ce Silvanus ait rédigé la lettre, ou qu'il l'ait traduite en grec — ce qui reste à prouver — il n’a pu que mettre en forme la pensée de Pierre; c’est donc cette pensée ellemême qui est paulinienne; si, comme on le croit volontiers, l’Apôtre savait quelque peu le grec, a-t-il laissé partir l’épitre sans se la faire relire ? C’est improbable. ‘

2. Ce n’est pas l'avis de M. Fillion (art. cit., p. 382), qui relève dans l'épitre plusieurs passages, où, dit-il, « l’auteur fait allusion à

divers événements de la vie du Sauveur, et même, ce qui est plus significatif, aux relations personnelles qu'il avait eues avec lui. » Il

de la repentance, du rôle messianique du Fils de l’homme ; sa foi est paulinienne; ses préoccupations pratiques de règlementation morale, également pauliniennes; le but qu’il propose à ses lecteurs, c’est celu 1 que Paulotfre aux siens : mériter la grâce (y&pts) de Dieu par le Christ (1, 13), garantie « par le sang précieux du Christ, » l'agneau sans tache (1, 19), et la contemplation dans la joie de la gloire (d6£x) du Seigneur (IV, 13). Nous nous sentons loin déjà de La christologie des Synoptiques et de la Vie éternelle (£wn atwvros) qu’ils attendent. La seule espérance de la prochaine parousie, plus vive que dans les épîtres pauliniennes!, permet de rapprocher l’auteur du milieu apostolique. On peut dire d’ailleurs que, mis à part celle-là, sa lettre ne reflète aucune des préoccupations fondamentales du temps oùilaurait vécu;onn’y retrouve rien des polémiques ardentes que Paul soutient jusqu’à la fin desa carrière, à en juger parles Actes, contre les Juifs; rien qui laisse supposer qu’il existe un judéo-christianisme, un légalisme chrétien; et, d’un autre côté, rien qui aille au fond de la pensée de Paul, rien qui marque une intelligence véritable de sa théologie et de son mysticisme; elle nous donne seulement l’expression de ce paulinisme superficiel, voisin

altache une importance particulière à, 1, 8 : « Vous l’aimez sans l'avoir vu. » Par quoi, selon M. Fillion, l’auteur affirme que lui laou. Il suffit de se reporter aux autres versets avancés (1, 49-21 ; II, 21-25; INT, 18-49; IV, 1), qui se rapportent à la Passion, pour juger du bien-fondé de l'opinion de l’exégète catholique.

4. IV, 7: mävrwv 8è Tù rékos yyrxey (La fin de toutes choses est proche).

de celui que l’Épitre aux Hébreux nous offre, et qui sera seul compris de la moyenne des chrétiens avant Marcion.

Voilà bien des raisons pour refuser à l’Apôtre Pierre la paternité dela Z Petri! : cette épître a toutes chances de trouver la place qui lui convient dans la littérature deutéro-paulinienne, à côté de l’Épiître aux Hébreux et des Pastorales?, Les formules initiales et les finales?, la mention du nom de Pierre, d'une part, celle du nom de Marc que la tradition attache à sa personne, d'autre part, ne sont que des artifices d’authentifica-

1, J'avoue ne pas très bien saisir la force de l’argument de B. Weiss, pour qui l’inauthenticité de la lettre est inadmissible ({unannehmbar), parce que la critique n’a pas encore éclairci pourquoi l’auteur, qui dit des choses si simples, éprouve le besoin de se couvrir du masque d’un Apôtre; il faudrait au moins que la hardiesse des doctrines justifiât l’audace du faux (Der erste Petrusb., p. 45). Cela ne me paraît nullement nécessaire. Remarquons qu’Irénée est le premier à attribuer l’épitre à Pierre; le Fragment de Muratori, qui lui est un peu antérieur (vers 160-170 ?) ne la nomme pas parmi les livres reçus au Canon ; de Pierre, il ne connaît qu'une Apocalypse. La correction proposée par Zahn (Apocalypsim etiam Tohannis et Petri (unam) tantum recipimus (fertur etiam altera), au texte de la ligne 71, qui est : Apocalypses etiam lohannis et Petri tantum recipimus, ne repose sur rien, que sur le désir de lever une grosse difficulté contre l'authenticité de Z Petri, cf. Zabn, Grundriss der Gesch. des neutestamentl. Kanons’, Leipsig, 1904 in-8, p. 76-81 et Gesch. des neutestamentl. Kanons, IL, p. 1-143.

2. Quelques exégètes ont essayé de l’attribuer à tel ou tel personnage connu des temps apostoliques; par exemple von Soden, HDC.?, II, 2; p. 117, penche pour Silvanus; Giffert, Hist. of Christianity in the apostolical age, p.598, pour Barnabé. Sur l’ensemble des discussions touchant ce sujet, cf. Monnier, La première lettre, p. 312etss.

3. Harnack, Chron., I, p. 457 et s., proposait de voir dans ces formules du début et de la fin une addition plus récente que le reste, et destinée à donner l’apparence d’une lettre à une homélie ancienne. C’est une simple supposition.

tion; cellede Silvanus, siellenenous donne pas, comme on l’a supposé, le nom de faussaire lui-même, ne saurait recevoir actuellement aucune explication satisfaisante, pour quiconque n’admét pas l’authenticité de l’épitre; celle que j’accepterais, pour ma part, faute de mieux, c’est que le rédacteur de la 7 Petri a choisi le nom d’un personnage bien connu, d’un paulinien comme lui, mais tout de même pas de premier plan, que la tradition attachait peut-être à Pierre à un moment donné, mais qui surtout (sous le nom de Silas) paraissait, dans les Actes XV, 22, chargé d’une mission analogue à celle qu’il voulait lui-même feindre de luiconfier. Aureste, quiconsidérera avec quelqu’attention les premiers mots de l'adresse (Pierre, Apôtre de Jésus-Christ), en les comparant au texte qu'ils dominent, apercevra combien peu ils semblent sincères. Est-ilsculementpossible d'admettre quePierreaitécrit, ou fait écrire en V, I: «J’adjure les presbytres (ou anciens) qui sont parmi vous, moi qui suis presbytre comme eux et témoin des souffrances du Christ!; » qu’il se soit assimilé à un simple preshytre? Qu'il n’ait trouvé qu’une formule banale pour évoquer le drame de la Passion?

Nous renonçons donc à faire de Pierre l’auteur de la Z Petri, mais cet auteur lui-même a certainement écrit non loin du temps où la tradition fait périr PApôtre®; il n’est pas vraisemblable qu'il ait placé

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