‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 18 sur 71 · DE ST. PIERRE · texte numérisé non relu

DE ST. PIERRE

Gentils qui embrasseraient le christianisme. Peu de temps après, saint 1'erre se trouvait à Antioche avec saint Paul, et ne faisait pas difficulté de vivre à la manière des Gentils, c’est-à-dire, en laissant de côté les prescriptions cérémonielles de la loi judaïque. Sur ces entrefaites arrivèrent des Juifs de Jérusalem ; le saint Apôtre craignit de les blesser ou de les mal édifier en ne faisant aucun cas des observances légales ; en conséquence il se mit à ne

- plus fréquenter les Gentils et revint aux usages des

Juifs, ainsi que l’Apôtre saint Barnabé. Saint Paul, rempli d'une tendre sollicitude pour les Gentils et craignant de voir renaitre les disputes qui avaient recu une solution au concile de Jérusalem, fut blessé de cette trop grande condescendance de saint Pierre, et n’hésita pas à l'en reprendre. Il lui dit donc : Si vous, qui êtes Juif, vivez souvent à la manière des Gentils et non à celle des Juifs, pourquoi mainte-

L nant contraignez-vous par votre exemple les Gentils

à judaïser ? Cette manière d'agir pouvait en effet donner à croire aux Juifs et aux Gentils que les prescriptions de la loi masaiïque devaient encore

Bctre nécessairement observées : chose que saint

Pierre ne croyait ni ne voulait, puisqu'il était l'auteur principal du décret rendu à ce sujet à Jérusalem. Le chef des Apôtres accueillit cette remarque avec humilité, et cessa de montrer aux Juifs cet excès de ménagement, qui eut pu avoir de funestes résullais.

Dans ce dernier cas, que voyons-nous encore,

Messieurs? Rien autre chose, dit saint Augustin, qu'un peu d'imprudence, qu'une trop grande bonté, qu'un excès de réserve chez le Prince des Apôtres.(!)

Mais il n’y a pas même l'ombre d’une définition dogmatique, rien qui puisse affecter de loin ou de près, directement ou indirectement, l'infaillibilité pontificale.

Ajoutons que, quand même saint Pierre n’eût pas

toutle monde admet que les Apôtres, recevant le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, furent confirmés dans la foi et ne pouvaient plus la trahir.

Il faut donc que nos adversaires renoncent à ce | où qu'il

premier argument, et aillent chercher ailleurs un appui à leur cause.

Mais j'en entends quelques-uns qui nous invitent à descendre jusqu’à la fin du second siècle pour y voir des Papes honteusement tombés dans l’hérésie des montanistes. Ces lPapes sont saiNT ELEUTHÈRE (177-193) et saint Vicror (193-202)

Je lis en effet dans une petite brochure, récem ment publiée au bureau du Witness de Montréal, les

paroles suivantes : «Le Pape Victor (A. D. 192) ap prouva d'abord le montanisme, et le condamna en: suite»

Cette accusation va nous permettre de dire quel

(:) S. Aug., ép. 9 et 19 à N. Jérôme dit : ‘‘ Deliquit non fulsi praedicatione, sed imprudenti conpversatione, ”

donne:

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2 ct d eu le privilége de linfaillibilité en tant que Pon- à tife, il l'avait au moins eu sa qualité d’Apôtre, car ls

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que chose de la secte montaniste et de l’un de ses plus brillants partisans, Tertullien.

Cette secte d'illuminés dut son origine à Montan, né suivant les uns, à Hiérapolis en Phrygie, et suivant d’autres, au village d'Ardaban, en Mysie, près de la Phrygie. Cette dernière province, qui a toujours été regardée comme le pays des visionnaires et des sciences occultes, comme le berceau des superstitions et de la magie, était bien digne de pro- D duire un exalté comme Montan. Elevé dans le pa- MN sanisme, il embrassa plus tard la foi chrétienne, et se crut bientôt, par l'effet d’une ridicule ambition N où d'une imagination trop ardente, l’objet de révéà ce 0 lations particulières qui lui venaient du ciel. On dit s un MS qu'il eut des exstases, qui lui enlevaient complète-

O2 tement l'usage de la raison, et alors il prophétisait, promulguait des doctrines extravagantes et en con- M tradiction avec l’enseignement de l'Eglise, balbuliait

itent MS des paroles inintelligibles. Les personnes les plus ur Y DS sensées le regardèrent comme un possédé, un faux résie MS prophète ou un fou furieux : mais la populace igno- HÈRE MS rante ct superstilieuse regarda ces contorsions comme l’etfet de l'inspiration divine qui descendait

em DS cn lui, et se glorifia d'avoir pour chef un homme si L, les SS cxtraordinaire. On vit deux femmes de qualité, mais ) ap de mœurs suspectes, Maximille et Priscille, abanen- donner leurs maris, s'associer à ce visionnaire et Ju itiser comme lui, Inutiles furent les tenta-

quel ES : de quelques évêques de l’Asie-Mineure pour

à fulsi . ramener au bon sens et à la vérité, Il fallut en

venir à convoquer contre eux deux synuodes qui proclamerent impies et hérétiques les doctrines monta: nistes, et exclurent de la communion de l'Eglise ceux qui y adhéraient : ce sont les plus anciens synodes dont il soit fait mention dans l’histoire de l'Eglise après le concile de Jérusatem ; ils furent tenus entre les années 160 et 170.

Les chrétiens des Gaules, et en particulier ceux de Lyon, originaires de l’Asie-Mineure, portaient beaucoup d’intérèt à leurs anciens compatriotes. Informés des troubles occasionnés par Ja nouvelle doctrine, ils oublient les fers que leur fait porter l'empereur Marc-Aurèle, s’'empressent de leur annoncer qu'ils répudient le montanisme et en écrivent à l'évèque de Rome, Eleuthère (Eusèbe, H. E. V,3), Tertullien (cont. Praxeam, c. 1) dit que plusieurs évèques de Rome rejetèrent successivement 1. doctrine de Montan, etqu’un de leurs successeurs la favorisa temporairement. Quel Pape veut-il désiguer par ces paroles? Les uns prétendent que c’est saint Eleuthère; d'autres soutiennent que c'est saint Victor ou mème saint Zéphirin. Nous reviendrons tout-à-l’heure sur ce sujet lorsque nous aurons à justifier ces Pontifes du reproche d’hétérodoxie.

Quelques anciens écrivains rapportent que Montan et Maximille, poussés par un esprit de démence, finirent par se pendre. Mais leur mort ne mit point fin à leur secte, qui subsista encore lanolemps et s'étendit de Constantinople à Carthage. «ù elle séduisit le grand controversisle Tertullien.

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Voici quelles étaient les principales erreurs de Montan.—-La tradition de l'Eglise est subordonnée aux prophéties et aux inspirations des montanistes, qui doivent la développer et la perfectionner. Le premier âge de la justification fut, durant la période des patriarches, la crainte naturelle de Dieu; la Loi et les Prophètes la conduisirent à l'enfance ; par l'Evangile elle arriva à la jeunesse ; et enfin par le Paraclet, c'est-à-dire par Montan, elle atteint sa maturité, (*)—Aïnsi donc, suivant lui, Dieu aurait échoué jusque là dans son dessein de sauver Île monde ; mais avec Montan et ses deux complices, en qui il avait fait descendre le Saint-Esprit, le monde devait être inondé de la plénitude de sa grâce et de ses lumières. Dieu était tellement identifié avec eux, qu'il parlait par leur bouche à la première personne: ils étaient comme un simple instrument vibrant sous la main de Dieu. Ils prétendaient ne rien changer à la foi, mais seulement perfectionner la discipline chrétienne, et donner une intelligence plus parfaite des Saintes Ecritures.

Les montanistes affectèrent constamment une morale très sévère. Ils défendaient formellement les secondes noces, ordonnaient de nouvaux jeûnes, plus longs et plus rigoureux, observaient mème, diton, trois carèmes au lieu d’un. L'étude des sciences profanes, et en particulier de la philosophie, leur était interdite, l'inspiration du Saint-Esprit devant y suppléer. Il leur était défendu de fuir la

() Tertul., De Virginibus velandis, e, I.

pe. “cution,; les grands pécheurs ne devaient pas être. imis au nombre des fidèles, non plus qu’à la réception des sacrements; les femmes pouvaient recevoir les ordres saerés et devaient toujours être voilées dans les églises ; ils rejetaient également toute espèce d’ornements et de parures, ainsi que le service militaire, les spectacles, etc. Ils opposaient l'Eglise spirituelle, composée de ceux qu’illumine le Paraclet, à l'Eglise visible composée de la masse des évêques; ils préterdaient que la différence cotre les prètres et les laïques est d'origine purement ecclésiastique ; du reste, ils regardaient comme supérieurs au mariage le célibat et la virginité. Bon nombre d'écrivains affirment qu'ils conféraient le baptème au nom du Père, du Fils, de Montan et de Priscille. Telles sont à peu près les principales particularités du rigorisme et des aberrations des sectateurs de Montan. (1)

(!) Les montanistes se répandirent dans la Mysie et la Phryge, et surtout dans certaines villes, telles que Pépuze et Thyatire. De là leurs surnoms de Phrygiens, C'ataphrygiens et Pepuziens. X]1s occupèrent également les provinces de Galatie, de Cappadoce et de Cilicie et allèrent infecter du venin de leurs crreurs les villes de Constantinople et de Carthage.

Comme toutes les sectes, ils se fractionnèrent bientôt et forinèrent les partis des Artotyriles, quise servaient, dit-on, de fronage au lieu de pain pour l’Eucharistie, des T'ascodrugites, qui se posaient l’index dans la fosse nasale lorsqu'ils étaient à l'Eglise, pour marquer leur attention. Il y eut encore les Quintilliens, les Æschinistes, les T'ertullianistes, etc., appellations dérivées du nom des différents chefs. On retrouve des vestiges du montanisme jusqu’au Ve et même au VIe siècle.

Les sources de l’histoire de cette secte sont (outre saint Epiphane, Théodoret et Philastre, qui ont écrit l’histoire des hérésies) les écrits d’Æusèbe, qui à inséré dans son Histoire de l'Eglise les fragments de plusieurs anciens Pères contemporains de Montan, et surtout ceux de Tertullien, qui était lui-même montaniste, Au

ordo dans tiques de l'E africa pas de impét ilse p aucun les exa ce qui rigide, rilé ap ne ten atteint toute I.

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Il fait peine, Messieurs, de voir une intelligence d'élite, comme était celle de Tertullien, se laisser fasciner par les rèveries de quelques visionnaires fanatiques. IL était né à Carthage, au sein du paganisme, vers l'an 160. Son âme ardente se passionna à la vue de l’héroïsme des martyrs et à la lecture des écrits de saint Justin et de saint [rénée ; il abandonna l’étude du droit romain et de l’éloquence judiciaire, embrassa le christianisme (après 190), fut ordonné prêtre à Carthage ou à Rome, et se révéla dans sa lutte contre les païens, les juifs et les hérétiques, comme l’un des plus habiles controversistes de l'Eglise d'Occident. Malheureusement, le sang africain, qui coulait dans ses veines, ne lui permettait pas de se contenir dans les limites du vrai; sa nature impétueuse s’arrètail difficilement au juste milieu ; il se plaignait lui-même de n’avoir aucune douceur, aucune patience naturelle ; il se complaisait dans les exagérations, dans les opinions extrèmes. C’est ce qui le perdit : son caractère bouillant, inflexible, rigide, s’adaptait d’ailleurs parfaitement à la sévérité apparente de la nouvelle secte. Persuadé qu’elle ne tendait qu’à une réforme morale, sans porter atteinte au dogme, il l’'embrassa et la défendit avec toute la vigueur dont il était capable, avec tout le zèle qu'il avait jusque-là employé si utilement au service de l'Eglise. (')

(!) Parmi ses nombreux écrits, on regarde comme les plus remarquables, l’Apologétique, adressé aux autorités de l’empire

romain pour faire voir l'injustice des persécutions qu'avaient à subir les chrétiens, pour revendiquer la liberté religieuse et l’6-

M 2aité devant la loi, priviléges dont jouiasaient les Li à ct qu'on

| | pe Mais du moment que cette belle intelligence a , pot 11 ! commencé a s'égarer dans le labyrinthe de l'erreur, À de ll où voit ses écrits prendre une empreinte d'exagéra- MN Ga |! L tion qu'il est pénible de constater. C'est ainsi que | n’e: all dans son livre Sur la fuite pendant la persécution, il con | R | il n'hésite pas à soutenir qu'il est défendu d'employer doc all. des moyens humains, pour se soustraire à un danger bS S hi. | de mort, La raison qu'il en donne, c’est que la per- D dan dl | | sécution vient de Dieu et est une source de grands tion | avantages spirituels. Il ne s'aperçoit pas de cet Jet Îl étrange sophisme, où la simple permission divine se sois 1 trouve confondue avec la volonté positive et directe ke

HI de Dieu. Le Tout-Puissant permet certaines choses, ni || ou plutôt ne les empêche pas, soit pour en tirer un # sible || D plus grand bien, soit afin de ne pas détruire la

Jill | « À devi { liberté humaine, mais il ne les réprouve pas moins ile |, refusait aux chrétiens ; son Traité des Prescriptions, où, en véri- #H com || table jurisconsulte, il oppose aux hérétiques l'argument de pres. ss male (LL cription, parce que, venus les derniers, ils sont tenus de prouver M fl ce qu’ils avancent; il montre qu’à ce point de vuc :’'Eglise n'a pas LS M: | à entrer en discussion avre eux, parce que, comme héritière de PS \pl la doctrine apostolique, elle a en sa faveur le titre légal de la pour 1 prescription; son traité du T'émoignage de l'âme où il montre on CI | 1 | que l’âmeest naturellement chrétienne, que les paiens, dans leurs À R moments de surprise, invoquent le Dieu unique et non les dieux, ESS plutô | pu et qu’ils tournent leurs regards suppliants vers le cicletnon À incis h Ill }| vers le Capitole. On peut encore citer ses écrits intitulés: A4 s, RE nationes, Ad Scapulam, Adversts Judaeos, De Baptismo, De À ces PEN oratione, elc. : Quoi | | fl Peu d'écrivains nous ont laissé des témoignages plus pérempan toires en faveur de l’antiquité de nos dogmes et de nos pratiques tantô Ÿ Il de piété. C’est ainsi qu'il énonce clairement la règle de foi le auio catholique, les sacrements et leurs effets, l’eau bénite, le pain | Jou | | TIR bénit, le signe de la croix, etc. Il est bien évident que ses ou DS caplti ain vrages sonu précieux pour réfuter ceux qui prétendent que D av qu l'Eglise a innové dans le cours des âges, ou qui admettent la le ec

FAO pureté de la doctrine dans les quatre premiers siècles. NH méthc

pour cela. C’est ainsi que les maladies nous viennent de Dieu etservent à nous faire mériter le ciel ; cependant ne serait-il pas ridicule d’en conclure qu’il n'est pas permis de prendre de sages précautions contre la maladie, ou de la guérir au moyen des doctes recettes de nos médecins ?

Ses opinions montanistes se révèlent clairement dans ses traités sur le Voile des Vierges, de l'Exhortalion à la chasteté, de la Monogamie, de la Pudicité, du Jeûne contre les psychiques. IL veut que les femmes soient toujours voilées ; il rejette les secondes noces absolument comme l’adultère et la fornication ; il enseigne que certaines fautes graves sont irrémissibles et il multiplie les jeûnes. Pour lui, le conseil devient précepte rigoureux. Il veut Aemeurer fidèle à l'orthodoxie, tout en adhérant au montanisme, et comme les jansénistes, il veut rester dans l'Eglise malgré l'Eglise.

Mais il faut lire son livre de l'Ornement des femmes pour le voir s'élever contre leur luxe et leur vanité; on croirait assister à une scène de nos jours. Voyez plutôt de suite toutes les ressources de cet esprit incisif, caustique et railleur : «Quwimportent au salut ces fatigues et ces soucis pour orner votre tête ? Quoi! pas une heure de repos à votre chevelure,

tantôt retenu par un nœud, tantôt libre du réseau; aujourd’hui rabaissée, demain dressée en l'air ; ici captive dans des tresses, là jetée éparse et flottante avec une négligence affectée. Ailleurs, nouvelle méthode : un énorme amas de cheveux d'emprunt

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