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va s’arrondir en bonnet, vaste fourreau dans lequel s’'emprisonne la tèle; ou bien il se reportera en arrière pour couvrir le cou. O belliqueux atlirail! je m’étonnerais fort qu’il ne combattit point la loi divine! Personne, at-il été dit, ne peut ajouter à sa taille. Et vous, vous ajoutez à votre poids, en accumulant sur votre tête des masses de cheveux que l'on prendrait pour le rond de la bosse d’un bouclier. Si vous n'avez pas honte de ce fardeau, rougissez du moins de sou indignité. Les dépouilles d’une tête étrangère, d'une tête souillée peut-être, d’une tête criminelle et destinée à l'enfer, ah! ne les arborez pas sur une tète sainte et chrétienne......Je verrai (au jour du triomphe des chrétiens) si c’est avec la céruse, le vermillon et le safran que vous sortirez de vos sépulcres ; si c’est ainsi peintes et fardées que les anges vous soulèveront sur ies nues, pour aller au-devant du Christ. Renoncez donc à des ornements condamués. Que Dieu vous voie aujourd’hui telles qu'il vous verra un jour.» (1)
Voilà, Messieurs, un exemple entre mille de la verve satirique et de l'esprit entier du jouteur montaniste. Il a toute l’ardeur du soleil d'Afrique qui embrase les sables du désert. Avec lui, il n'y a point de ménagement, point de concession à la faiblesse hrmaine, point de demi-vertus, pointde milieu entre l'usage d’une cuose indifférente en elle-même et l'abus de cette chose, entre le conseil et le pré-
cepte. Perscnne ne l’eût blâmé de trouver ridicules
(1) De eultu foeminarum, 1. IL, n. 7.
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les chignons du troisième siècle ; personne ne lui eût fait un crime de prêcher le détachement des choses extérieures et des bagatelles de la mode, pour reporter les âmes vers Dieu; mais ce qu'il y a de répréhensible dans sa thèse, c’est cette sévérité exagérée qui ne se contente pas de répudier l'abus, mais qui passe censure sur l'usage même d’une chose indifférente en elle-même et le regarde comme coupable.
Cet esprit exclusif, ce penchant vers l’exagération a des conséquences funestes, quand il se porte sur des objets importants, et quand il n’est pas accompagné d'ane humilité à toute épreuve et d’un grand esprit de soumission à l'autorité de l'Eglise : c’est ce qui a fait tous les hérésiarques ; c’est aussi ce qui a fait de Tertullien, catholique sincère et convaincu, le Tertullien r.ontaniste qui a tant affligé l'Eglise. (1)
Toutle monde s’est plu à proclameren lui un con
(') Son langage, même au milieu de ses tirades les plus éloquentes, se ressent de l’exagération de sa pensée ; il a encore renchéri sur les défauts littéraires de son époque. Il semble se mettre au-dessus de la grammaire, et se complaire dans de hardis barbarismes ; ainsi il ve se gêne pas Ge donner à beaucoup de mots grecs une terminaison latine ; il a des superlatifs tels que pigrissimus et extremissimus. Veut-1i créer un verbe pour donner de l’énergie à sa phrase ? La chose est facile : il prend un substantif, et le raccourcit ou l’allonge suivant le besoin ; c’est ainsi qu’il écrira virginari (être vierge), contemporari, coætari (être du même temps), postunare (être le deraicr), A-til besoin d’eyr rimer une négation ou une répétition ? Sans ie moindre scrupule, il accolera les particules 5x ou re à un substantif ou à un adjectif. Vailà de ces tours de force, qu’on lui pardonnerait bien plus vo. ‘1tiers dans le style que dans la doctrine, mais qui aident cependant i connaître davantage la tournure d'esprit du prêtre africain. ù
troversiste de premier ordre, un écrivain véritablement éloquent, terrible à ses adversaires, impétueux et caustique ; sa dialectique est puissante et fortifiée par ses vastes connaissances en histoire, en philosophie, en jurisprudence, en archéologie. Que ne nous est-il possible de dire que, sur la fin de sa carrière, il rentra dans les sentiers de la vérité ? Malheureuscment, rien ne nous autorise à tirer cette conclusion si vivement désirée ; l’histoire se tait sur les dernièresannées de sa vie. On sait seulement qu’il mourut à un âge tres-avancé, et qu’il était devenu auparavant chef de la secte des Tertullianistes. Après avoir loué ses talents, son zèle, son éloquence, on est péniblement affecté d’être contraint d'ajouter avec saint Jérôme : «J’admire son génie, mais je condamne ses erreurs. »—Avec moins d’orgueil, avec une moindre tenacité dans ses opinions, il eût fait fléchir son âpre caractère devant l'autorité de l'Eglise, et nous raurions qu’à exalter en lui le défenseur intrépide de la vérité, sans avoir à jeter un voile sur ses idées montanistes. Cela nous fait voir encore une fois que les plus belles intelligences mêmes ont besoin d’une règle fixe, d’un phare lumineux qui les empèche de faire naufrage. (1)
Aorès cette digression, qui se rattache cependant à mon sujet, je me pose de nouveau la question suivante : est-il vrai que les Papes saint Eleuthère et saint Victor sont tombés dans le montanisme :
(!) Pour bien connaitre Tertullien, il faut lire deux magnifiques volumes que Mgr. Freppel a consacrés à l’étude de ce grand homme.
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La petite brochure, dont je vous parlais tout-àl'heure, en accuse saint Victor, sans dire sur quels documents il base son accusation; c’est plus court, mais aussi moins convaincant et moins honnète.
M. Amédée Thierry, dans son Histoire de la Gaule sous la domination romaine (t. IE, c. 5, p. 185, etc.) j'a affirmé de saint Eleuthère, et M. Ampère, dans son Histoire littéraire (I, 169), a porté la même accusation sur saint Victor. Malgré le talent bien connu de ces deux écrivains, je ne saurais cependant me ranger à leur avis. Voyons en effet quelles preuves ils apportent ; il est bien évident que leur assertion n’a de poids que celui que leur donnent les témoignages anciens qui lui servent de base.
Or, dans tout le cours de la narration, où il incrimine saint Eleuthère, M. Thierry ne nous renvoie qu'à Eusèbe, à saint Jérôme, et à Tertullien.
Ouvrons maintenant les ouvrages de ces écrivains aux endroits indiqués, et voyons si leurs paroles donnent réellement prise à cette accusation. D'abord que dit Eusèbe ? Le voici: «Cependant, comme en Phrygie, Montan, Alribiade et Théodore commençaient à passer pour prophètesdans l'opinion publique (car, à cette époque, des miracles ayant encore lieu dans plusieurs Eglises, beaucoup de personnes étaient portées à les croire aussi des prophètes), et comme des dissensions s’élevaient à leur sujet, les frères qui habitaient les Gaules prononcèrent leur jugement particulier extrèmement religieux, et d’accord avec la foi orthodoxe; ils les ioignirent à la
lettre (dans laquelle on racontait l’histoire des martyrs lyonnais), réunirent diverses épîtres des martyrs mis à mort parmi eux, épîtres qu'ils avaient écrites étant encore dans les fers, et aux frères de l'Asie et de la Phrygie, et à Eleuthère évêque de Rome, comme s'ils se fussent acquittés d’une légation pour la paix de l'Eglise, et chargèrent Irénée de tout porter à Rome. Les martyrs recommandèrent aussi, par une lettre au susdit Eleuthère, ce jeune prètre de Lyon.(!)
Que voit-on, Messieurs, dans cette citation d'Eusèbe? On voit d’abord les chrétiens des Gaules qui remarquent les divisions excitées en lPhrygie entre les amis et les adversaires de Montan; ils rendent dans cette affaire un jugement orthodoxe ; ils le joignent à diverses lettres, que les martyrs lyonnais avaient écrites de leur prison à leurs frères de Phrygie et d’Asie, ainsi qu'à Eleuthère, évêque de Rome; on expédie en même temps les actes de leur martyre ; le tout est confié à saint Irénée, prêtre de Lyon, qui le porte à Rome ; c’est lui qui doit remplir cette mission de paix et tâächer de rétablir l'harmonie, si la chose est possible. Voilà tout ce que renferme le texte de l'historien Eusèbe. Y a-t-il en ces paroles la moindre chose qui indique que le Pape Eleuthère fût un partisan des montanistes? Y atil un seul mot qui laisse entrevoir que ces saints martyrs soupçonnassent l’orthodoxie du Pape, et que saint [rénée fût chargé
(1) Zuseb, H, E. 1. V. c. 3.
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de travailler à le ramener dans le sentier de la vraie foi? Rien, absolument rien. Ilest donc bien évident que nos adversaires se sont laissé emporter par leurs préjugés ou leur imagination, et ont brodé avec un luxe qui n’est admirable que lorsqu'il est une efllorescence de la vérité.
Maispeut-être saintJérôme leur donnera:t-il raison. Voyons ce qu'il dit. «Irénée, prêtre de l’évêque Pothin qui gouvernait dans les Gaules l'Eglise de Lyon, fut envoyé par les martvrs de cette ville en ambassade à Rome, à cause de quelques questions ecclésiastiques ; il portait à l’évêque Eleuthère des lettres d'honorable témoignage sur sa propre personne. » (1)
Dans ce texte, il n’y a pas un mot au sujet du montanisme, pas une syllabe qui soit de nature à compromettre le Pape; il reçoit des lettres de l'Eglise de Lyon; saint Irénée en est le porteur : voilà tout ce que dit saint Jérôme.
Il n’y a plus que Tertullien qui puisse appuyer leur accusation. Voici ce que nous lisons à l'endroit où nous renvoie M. Thierry : «L’évêque de Rome reconnaissait déjà les prophéties de Montan, de Priscille et de Maximille, et était par conséquent en paix avec les Eglises d’Asie et de Phrygie, lorsque Praxéas, en lui donnant de faux renseignements sur les prophètes eux-mêmes et leur Eglise, et en Ini opposant l'autorité de ses prédécesseurs, le. força de révoquer des lettres de paix qui étaient déjà
(') De viris illustribus, e. 67.
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parties, et le détourna du dessein qu'il avait de recevoir les dons nouveaux. Praxéas, à Rome, rendit donc un double service au démon ; il chassa la prophétie et introduisit l’hérésie ; il mit en fuite le Paraclet et crucifia le Pères» (1)
Voilà, si je ne me trompe, le principal témoignage sur lequel s'appuient nos adversaires ; nous allons essayer d'en faire un examen sérieux et impartial.
Nous, observerons 1°. que Tertullien ne donne pas le nom de cet évêque de Rome, qui aurait eu quelques.instants d’indulgence pour les montanistes ; et c'est probablement ce qui a fait tomber les soupçons tantôt sur Eleuthère, comme l’a fait M. Thierry, tantôt sv” Victor, comme l’a affirmé M. Ampère, tantôt sui saint Zéphirin, comme l’a écrit Dodwell. En faisant nos réflexions sur ces quelques phrases de Tertullien, nous aurons donc répondu à toutes ces assertions différentes.
Nous observerons %. que, de l’aveu de tont le monde, Tertullien écrivit son livre contre l’antitrinilaire Praxéas, lorsqu'il était déjà tombé dans le montanisme ; par conséquent son témoignage perd beaucoup de sa valeur. Il eût été étonnant qu'une secte nouveile ne se fût parée du nom de quelque Pape, afin de se faire accueillir plus facilement par les fidèles, de se donner plus d'autorité, et d'éviter le discrédit en se couvrant du voile d’une orthodoxie parfaite. Tertullien a pu se servir de la tactique usitée en pareille occurrence, |
(1) Adv. Prax. c. I,
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Nous observerons 3°, que reconnaitre les prophéties de Montan, ou croire à la réalité des prodiges qu’on lui attribuait, n’est pas donner une approbation à sa doctrine, et qu’écrire des lettres de paix aux chrétiens de l'Asie et de la Phrygie pour rétablir la concorde, n’est pas la même chose que promulguer un article de foi. Du moment que ces sectaires émettaient, oralement ou par écrit, une profession de foi orthodoxe, et se déclaraient les enfants soumis de l'Eglise, le Pape devait leur donner ces lettres de paix ; l’infaillibilité ne consiste pas à scruter les secrets du cœur humain. Supposons mème que le récit de Tertullien fût l'expression de la vérité, il ne s’ensuivrait nullement que l’évé.que de Rome partageât les idées des montanistes.
40, Ce qui prouve encore la fausseté de cette accusation, ce qui démontre d’une manière évidente la répulsion que ce Pape avait pour le montanisme, c'est qu'il révoqua ses lettres de paix, aussitôt que Praxéas lui eût appris les mensonges de ces sectaires dans l'exposé de leur doctrine, et dans leurs témoignages de soumission à l’autorité de l'Eglise. Il est bien manifeste que cet évêque de Rome dont parle Tertullien, qu’il se nomme Eleuthère, Victor, lie onu Zéphirin, n’accorda pas sa protection au montanisme, qu'il ne chercha pas à le couvrir de son égide, puisqu'il s’empressa d'annuler ses lettres de paix, aussitôt qu’on l’informa du faux exposé qu’on lui avait fait de ses doctrines et de ses intentions. Donc tous les témoignages qu’on invoque
contre ces Papes, ne prouvent absolument rien contre eux. Donc l’orthodoxie de ces Papes demeure sauve et intacte comme auparavant.