‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 20 sur 71 · CONTROVERSE ENTRE SAINT CYPRIEN ET LE PAPE SAINT ETIENNE · texte numérisé non relu

CONTROVERSE ENTRE SAINT CYPRIEN ET LE PAPE SAINT ETIENNE

Transportons-nous maintenant, Messieurs, au milieu du troisième siècle ; là nous rencontrons encore une question historique d’une extrême importance, et qui domine les événements de cette époque : c'est la célèbre controverse qui eut lieu entre l’évêque de Carthage, saint Cyprien, et le Pape saint Etienne. L'étude de cette question nous permettra de constater une fois de plus l'autorité des l'ontifes Romains, de nousinitier aux disputes théologiques qui passionnaient alors si fortement les esprits, et de faire passer sous vos veux les grandes figures qui illuminent ce siècle.

Lorsqu'un esprit supérieur apparaît sur la scène du monde, il laisse partout, même après sa mort, des traces profondes de son passage ; il continue de vivre dans ceux qu'il a pénétrés de ses idées; son influence s'exerce quelquefois même sur des personnes qui semblent ne pas la remarquer; il donne une nouvelle direction aux esprits; il les frappe, pour ainsi dire, de son sceau. Tel fut Tertullien, dont je vous parlais tout-à-l’heure. Les écrivains du troisième siècle se sont façonnés à son image, et parmi eux nous pouvons mettre en première ligne saint Cyprien, qui professait une grande admiration

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pour les écrits de Tertullien,qu’il appelait «le maître», sans toutefois adopter ses erreurs.

Thascius Cyprien naquit, au commencement du troisième siècle, d'une famille sénatoriale de Carthage. Doué de grands talents, il s’appliqua à les développer par l'étude de la littérature classique et de l’art oratoire. Il se crut appelé à embrasser la carrière de rhéteur ; son nom, son immense fortune, ses manières élégantes, sa facilité d’élocution semblaient lui assurer de beaux succès. Ses prévisions et ses désirs furent réalisés; les païens de la ville de Carthage le regardaient comme une de leurs gloires. La vanité commençait à le perdre, de même que les jouissances mondaines. Par bonheur, il fit connaissance et entra en relation suivie avec un saint prètre, nommé Cécilius, qui habitait la même maison que lui. Dieu avait des vues de miséricorde sur cette âme naturellement bonne et sincère; il voulait en faire un instrument de sanctification dans son Eglise et un citoyen du ciel. Gécilius :ut le captiver par l'exposé qu’il lui fit de la doctrine chrélieune ; il l'engagea à lire attentivement les Saintes Ecritures. Cyprien s’y adonna avec ardeur; la simplicité du récit biblique ct la beauté de Ja doctrine séduisirent son âme; la vérité y pénétrait rapidement. Il eut alors à subir une lutte intérieure des plus terribles ; le cri des passions, sur le point d'être linmolées, se faisait entendre ; enfin, après une assez vive résistance, les instincts généreux de sa nature, secondés de la grâce divine, eurent la victoire, Ce ne

fut pas une demi-conversion ; il vendit ses biens, en fit des anumônes aux pauvres, fit vœu de chasteté

perpétuelle, et reçut le baptème vers l’an 245 ou

246. La reconnaissance le porta à prendre le nom de son bon apôtre, Cécilius. Grand fut le bonheur qu'il ressentit à passer du paganisme au christianisme, et du vice à la vertu; il en parle souvent dans ses lettres.(1)

La voix du peuple l’appelait au sacerdoce, et à la mort de Donat, évèque de Carthage, il fut élevé malgré lui à l’épiscopat, vers 248. Les chrétiens en ressentirent la plus vive satisfaction ; ils connaissaient la précieuse acquisition que l'Eglise venait

(4) Voici comment il exprime sa joie dans son épitre à son ami Donat, qui se convertit au christianisme en même temps que lui, ‘“ Je languissais dans les ténèbres et m’égarais, incertain et irrésolu, sur la mer orageuse du monde, ignorant le but de ma vie, et m'éloignant de plus en plus de la lumière et de la vérité. Lorsque jentendis parler pour la première fois de l'Evangile, il me sembla dur et difficile que l’homme ne pût être sauvé sans renaître à une vie nouvelle, sans être régénéré de cœur et d'esprit. Je continuais à m’abandonner aux désordres de ma jeunesse ; car les passions avaient solidement établi leur siége dans mon âme. Teutefois lorsque les souillures de ma vie passée eurent été lavées dans le bain régénérateur du baptôme, un torrent de lumière pure et sereine inonda mon âme, mes doutes s’éclaircirent, ....les difficultés qui me paraissaient insurmontables s’aplanirent et les obstacles tombèrent d’eux-mêmes. Je vis sans pouvoir le méconnaître, que ce qu’il y avait en moi de charnel et d’assujetti au péché, tenait de la terre ; ce que l'Esprit-Saini avait vivifié, était de Dieu et appartenait à Dieu.”

Aussitôt après sa conversion, il écrivit son traité sur la vanité des idoles (pe Vanitate idolorum), où il critiquait sans ménagement la folie, les superstitions et le ridicule du paganisme. Il fit aussi un ouvrage contre les Juifs (Testimonia adversus Judacos) dans lequel il défendait avec habileté et éloquence la vérité chrétienne contre les attaques incessantes des Juifs,

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de faire dans la personne de Cyprien. Les païens, au contraire, furent transportés d’une indicible rage ; ils employèrent contre lui l'arme de la calomnie et des injures, car ils voyaient la perte qu’ils venaient d'éprouver.

Cyprien s’acquitta de ses fonctions avec beaucoup de zèle, de prudence et de fermeté. Il se dévoua tout entier aux soins de son Eglise ; c'était un saint et illustre évêque, et saint Augustin put l'appeler plus tard l’évéque catholique, le martyr catholique par excellence.

Mais Dieu voulait montrer au monde encore une fois que son Eglise est divine, qu’elle subsistera malgré les plus terribles épreuves, et qu’elle ne doit son existence à aucune puissance humaine. Dèce venait de se faire proclamer empereur (249). En haine de son prédécesseur, Philippe, il fit publier un édit terrible contre les chrétiens ; les gouverneurs de provinces reçurent l’ordre d’emiployer toutes sortes de supplices pour faire déserter la nouvelle religion.

Le Pape saint Fabien, saint Maxime, saint Urbain, la jeune vierge de Catane, sainte Agathe, et une foule d’autres reçurent la couronne du martyre ; les chevalets, les charbons ardents, les huiles bouillantes, les cachots obscurs et infectes, le défaut de nourriture, tout était mis en œuvre pour leur arracher leur vertu et leur foi. Les uns étaient sciés par le milieu du corps, les autres étaient écorchés tout vivants ; ou bien encore on les plaçaït sur des

grils ardents et on jetait du sel brülant sur leurs plaies. D’autres fois on les couvrait de miel, et, sous les rayons d’un soleil insuppirtable, on les exposait à la voracité des insectes.

Saint Cyprien nous apprend que l'Eglise de Carthage fut inondée de sang. On confisqua tout ce qu’il possédait; on mit sa tête à prix; chaque jour la populace faisait retentir l’amphithéâtre de ce cri de mort: «Cyprien aux lions!» Le saint évêque crut devoir céder devant l'orage. Selon le conseil du Sauveur lui-même, il prit la fuite. C'est d’ailleurs ce que firent une foule de chrétiens qui prirent la route du désert, s’enfoncèrent dans les solitudes les plus retirées, peuplèrent la Thébaïde, allant chercher au milieu des bêtes. féroces. une sécurité qu'ils ne trouvaient plus au milieu des villes les plus populeuses. Gardons-nous de croire que la crainte de la mort inspira cette. démarche à saint Cyprien ; son glorieux martyre suffira pour donner un éclatant démenti à ce jugement, téméraire. Il crut, et avec raison, que sa vie était nécessaire pour fortifier les malheureux chrétiens au milieu des, épreuves qui fondaient sur eux. Aussi continua-t-il, du fond de sa retraite, à diriger son cher troupeau, par l'intermédiaire de quelques membres de son clergé avec qui il correspondait,

Cette persécution révéla des vertus héroïques; de beaux dévouements, de l'esprit de sacrifice, des âmes

magnanimes et: vraiment chrétiennes, Toutefois

OS

il est impossible de nier que la religion n'ait eu à déplorer, à cette époque, de tristes défections.(1)

Beaucoup de chrétiens, effrayés des rigueurs de la persécution, renièrent leur foi pour sauver leur vie. Ces apostasies, apparentes ou réelles, n'étaient pas toutes également coupables. Les uns sacrifiaient aux ‘dieux ou leur offraient de l’encens ; c'était un acte d’idolâtrie manifeste ; on les appelait sacrificati ou thurificati. Les autres se présentaient devant le magistrat pour déclarer qu’en qualité de chrétiens, ils ne pouvaient sacrifier aux idoles ; cependant ils offraient de l'argent, afin qu'on les exemptât d’un acte illicite. Ces magistrats, souvent Cupides et peu disposés à sévir, se contentaient de cette déclaration, qui souriait à leur avarice et parfois aussi à leur:humanité ; ils donnaient de suite un petit écrit ou libelle attestant que les prescriptions de lédit impérial avaient été remplies : de là le nom de libelatiques donné à ceux qui obtenaient par ce moyen des certificats de paganisme. On pouvait même obtenir ces billets par un intermédiaire, sans être obligé de se présenter soi-même chez le magistrat. D’autres fois ce.dernier, gagné à prix d’argent, se contentait d'inscrire tel ou tel nom sur la liste des apostats, en lui Gonnant acte d’une déclaration fictive (acta facientes). On ne s'étonnera pas de

('): Saint Cyprien nous trace lui-même un tableau des fidèles de son temps, tableau qui nous fait bien voir que la nature humaine est toujours et partout la même, faible, misérable, chancelante, portée au mal ; le saint déplore les fraudes, l’ambition, les calomnies et bien d’autres vices.

90 SAINT EYPRIEN

toutes ces espèces de fraudes, si l’on considère combien l’homme est fertile en subterfuges, quand il veut tromper sa conscience. Il est évident que, dans chacun de ces cas, il y avait divers degrés de culpabilité dont il fallait tenir compte, pour proportionner la satisfaction à la faute. (1)

Mais la pénitence canonique infligée pour ces délits était longue et sévère. Quelques-uns de ces apostats en étaient effrayés et, pour obtenir une sentence plus favorable, ils sollicitaient auprès de eux qui avaient souffert des tortures pour la foi, une recommandation ou des lettres de paix (libelli pacis), pour lesqueiles on avait toujours la plus grande déférence. C'était l’application de la doctrine des Indulgences fondée sur la communion des saints.

On conçoit facilement que bien des confesseurs de la foi, sur le point de souffrir le martyre, intercédassent auprès des évêques en faveur de leurs frères tombés, ou leur accordassent des lettres de paix. La charité chrétienne et une compassion instinctive les portaient tout naturellement à en agir ainsi. Quel-

(?) Lorsque le feu de la persécution était éteint, beaucoup de

ces laps ou tombés sollicitaient avec instance leur réadmission dans le sein de l'Eglise et le pardon de leur faute. Commele Saint-Siége était vacant après la mort de saint Fabien, à cause de la violente de la persécution, saint Cyprien consulta à ce sujet le clergé romain, qui répondit qu’il fallait exhorter les apostats à la pénitence, et difiérer leur réconciliation jusqu’au rétablissement de la paix ; alors des conciles particuliers seraient célébrés et l’on prononcerait sur le sort de chacun d’après le degré de culpabilité. On exceptait cependant le cas de ceux qui se trouvaient en danger de mort, et qui confessaient leur crime avec repentir, sans avoir eu le temps d'accomplir la pénitence Let en Saint Cyprien se rendit à cette décision à la fois si erme et si modérée,

Le

ques-uns, trompés par unrepentir apparent, ou cédant à des instances réitérées, accordaient ces lettres de paix à des hommes qui ne les méritaient pas. De là des abus qu'il fallait détruire. Leur imprudente facilité allait parfois jusqu’à donner des billets collectifs ainsi conçus: «Qu'un tel avec les siens soit admis à la communion Il y en eut qui voulurent obliger les évêques de céder à leur jugement, et d’admettre à l'Eglise ceux à qui ils avaient accordé une recommandation ; c'était évidemment une présomption insoutenable, et à laquelle saint Cyprien s’opposa avec énergie. Il voulait user envers les apostats d'une sévérité salutaire, quoique non exagérée. On l'accusa d’être dur et inexorable.

Les mécontents furent secondés dans leurs vues par Novat, prêtre de Carthage, homme intrigant, ambitieux, hypocrite et chargé de crimes, et par Félicissime, que Novat s'était arrogé le droit d’or donner diacre, contrairement à toutes les lois divines etecclésiastiques. Tous ensemble, sous prétexte de défendre la sainte cause de la vérité, bravèrent les ordres et l'autorité de leur évêque. Tourmentés du désir de former une Eglise à part dans la ville de Carthage, ils se choisirent pour évêque un prètre de leur parti, nommé Fortunat, qu'ils firent sacrer par cinq prélats déposés pour avoir sacrifié aux idoles. Saint Cyprien, voulant remédier aux maux qui désolaient la province d'Afrique, convoqua, en 251 et 252, deux conciles dont il envoya les décrets au Pape saint Cor-

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Vi 92 SAINT CYPRIEN

11 neille: c'est toujours la même déférence pour le | LME siége de Rome. Les schismatiques, Félicissime et ; | 4 Novat,eurent l'audace de se rendre à Rome, etessay- 1 q 14 èrent de persuader au Pape que Fortunat avait élé ë il R légitimement élu et que Cyprien était un homme e ù | chargé de crimes. Le Pape qui avait d’abord refusé si | | | d'entendre les rebelles, finit par céder à leurs ins- à il tances ; suivant son désir, Cyprien écrivit au Pontife di 1] | une lettre ferme et en même temps respectueuse, dk | 1 hi dans laquelle il dit que l'Eglise de Rome est l'Eglise pc FD | principale, celle d'ou l'unité sacerdotale tire son origine. s Puis il ajoute que, si l’on se laisse effrayer par l’inso- it

[0 lence des méchants, et si l’on accorde à leur audace : ta il ce que la justice devrait leur refuser, c'en est faitde 2 pr | l'autorité épiscopale. D'où il conclut que la con- DO Oi Ji | damnation portée contre les rebelles par un grand ES |! | nombre d’évêques d'Afrique, doit être maintenue. qu

| | ll Les efforts des schismatiques échouèrent à Rome. sor i | | Pourtant Novat, que saint Cyprien compare « à ces 1 Ro no nuées qui portent partout la tempête», ne demeurait sch

! pas inactif ; pouvait-on avoir la paix là où il se trou- me

: qi! vait? Non, ilest de ces esprits remuants et chica- j on ‘EU l | niers qui ne se complaisent que dans le trouble, qui : lie, il l ne paraissent ici et là que pour fomenter la discorde; NE £étrc j L . véritable calamité pour l'Eglise et pour la société enc {il Je qu’ils fréquentent, ils portent dans les plis deleur LS nait qi robe la guerre et les dissensions. ets | Poussé par la haine contre saint Cyprien et par su

son ambition personnelle, cet homme sans mœurs Liu

} et sans principes changea complètement ses idées

SAÏNT ÉTIENNE. 93

en arrivant à Rome. Il s’allia à l’ambitieux Novatien, qui était irrité de n'avoir pas été élu Pape, et se lança dans un schisme tout-à-fait opposé à celui qu'il avait entrepris en Afrique. La contradiction était évidente; Novat, casuiste relâché à Carthage etquiavait accablé d’injures le rigoriste Cyprien, devient, pour les besoins de sa cause, moraliste rigide à Rome ; à Carthage, il accueille les apostats avec une extravagante facilité ; à Rome il les repousse avec sévérité et avec une rigueur désespérante. IL pousse l’exagération jusqu'à nier q.e l'Eglise ait le pouvoir de remettre les péchés mortels commis après le baptème, et à plus forte raison l’apostasie. Ce changement subit a de quoi nous surprendre ; mais combien da fois n’arrive-t-il pas que l'intérêt et la passion rapprochent des hommes divisés par les doctrines ? Messieurs, l’histoire ne fait que se répéter ; les noms changent, mais les procédés sont les mêmes. Des conciles tenus à Carthage et à Rome (251 et 252) le condamnèrent. Mais le feu du schisme était allumé; l'incendie se propagea rapidement. Bien que le siége de Rome ne fût pas vacant, on fit donner, par trois évêques des campagnes d’[talie, la consécration épiscopale à Novatien, qui a peut-

être été le premier antipape. Il envoya des lettres

encycliques à toutes les Eglises pour faire recon-

naître son autorité ;. tous ses efforts furent inutiles,

et se brisèrent contre la sagesse et l'énergie du Pape sut Corneille et de saint Cyprien. Le saint Pon-

Lie admit à la communion laïque l’un des.évèques

consécrateurs qui demandait pardon de sa faute ; il donna des successeurs aux deux autres: rouvelle preuve que le Pape au troisième siècle exerçait une autorité incontestée sur les autres évêques.

C’est le propre du schisme et de l’hérésie d'attirer l'attention des esprits sérieux sur la constitution de l'Eglise, sur les bases mêmes de la religion chrétienne, Quand le flot montant de l'erreur et des passions humaines menace l’œuvre de Dieu, il suscite aussitôt de vaillants champions de la vérité. C’est ce rôle magnifique que Cyprien eut à remplir lorsque le schisme novatien jetait la division parmi les fidèles; il s’en acquitta par ses actes de fermeté dans l'administration et surtout par son magnifique ouvrage sur l’unilé de l'Eglise.

Jésus-Christ a-t-il donné à son Eglise une forme de gouvernement invariable ? A-t-il voulu fonder une société parfaite avec sa hiérarchie ? Ou bien s'est-il proposé uniquement de donner au monde une doctrine, sans songer à établir quelque liaison, même extérieure, entre ceux qui la professeraient ? Voilà certes des questions importantes, fondamentales, auxquelles se réduisent en définitive tous les différends entre l'Eglise catholique et ses adversaires. Le tableau qu’il nous a laissé de la constitution de l'Eglise de son temps, est absolument identique à celui que nous en donnent avant lui saint Ignace Martyr, saint Irénée et Tertullirn ; c'est aussi celui que nous retrouvons dans l'Eglise: R5maine au dix-neuvième siècle, D'abord, dans chaque diocèse il

de l'E cal sac à q voi eiè( vel div ten:

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y a un évêque, qui est le centre de l'autorité et du gouvernement, avec des prêtres ct des diacres qui exercent, sous ses ordres, le ministère ecclésiastique ; un épiscopat, un dans son origine, mais répandu par tout l'univers et agissant sur la société entière des fidèles; enfin, à la tête de cet épiscopat il y a l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre, évêque de l'Eglise principale, de l'Église racine et mère de l'Eglise catholique, de l'Eglise qui a donné naissance à l'unilé sacerdotale, de l'Église que Jésus-Christ a bätie sur Pierre, à qui i confia son troupeau et le pouvoir des clefs : (1) voilà la peinture fidèle de l'Eglise au troisième siècle, de l'Eglise fondée par Jésus-Christ et se développant dans le cours des âges conformément à sa divine constitution. Impossible de retrouver maintenant ce tableau en dehors de l'Eglise Romaine; les faits sont là pour le démontrer ; 1l suffit de ne pas fermer les yeux obstinément, pou- voir qu'elle seule est en possession de cette belle unité, de cette céleste organisation dont parle saint Cyprien.

La même année, 252, saint Cyprien, qui ne demeurait jamais dans l’inaction, assembla à Carthage un nouveau concile, où l’on décida que le baptème de-

(*) Loquitur Dominus ad Petrum : Ego dico tibi quia tu es Petrus et super hanc petram ædificabo Ecclesiam meam, etc. Et iterum eidem post resurrectionem suam dicit : Pasce oves meas. Super illum unum aedificat Ecclesiam et illi pascendas mandat oves suas. Et quamvis Apostolis omnibus post resurrectionem suam parem potestatem tribuat et dicat : Sicut misit me Pater et ego mitto vos. etc, ; tamen ut unitatem manifestaret, unitatis ejusdem originem ab uno incipientem sua auctoritate disposuit. Episcopatus unus est, cujus à singulis in solidum pars tenetur, De unitate Ecclesiac, ce. 5 et 6.

vait être donné aux enfants aussitôt après leur naissance. En effect, disent les quarante-deux évèques présents au concile, si les plus grands pécheurs sont admis au baptème et reçoivent le pardon de toutes leurs fautes, à plus forte raison ne doit-on pas refuser de donner ce sacrement à des enfants qui n’ont pas commis de fautes personnelles, et qui ne sont souillés que d’une faute hérédilaire, provenant de la descendance d'Adam. Ces décrets furent, comme d'ordinaire, expédiés à Rome et soumis à la sanction du Pape saint Corneille. Cela nous fait voir ce que nous avons déjà souvent constaté ; c’est que saint Cyprien et ses collègues d'Afrique reconnaissaient la primauté de l’évêque de Rorne sur les autres évèques : autrement il serait impossible d'expliquer ces fait”.

ilest infiniment regrettable que le saint et savant évêque de Carthage n'ait pas toujours eu pour le souverain Pontife cette respectueuse soumission, cette obéissance qu’il venait de lui revendiquer avec tant de talent ; il se serait épargné toutes les amertumes qui troublèrent les dernières années de sa vie. Il s'agissait de savoir si le baptème conféré par les hérétiques est valide, et par conséquent s’il peut ou doit être réitéré dans ce cas. Cette question excila de funestes divisions : elle est connue dans l’histoire sous le nom de Controverse des Rebaptisants.

D’après la doctrine catholique, le baptème, imprimant un caractère ineffaçable, ne peut être conféré qu’une seule fois, etcomme il tire toute sa vertu

du qu tiv ch ait tail Jeu for élai Con le r el c que tissa Agri cesse siècl indis mêm la c« sacre mini,

Ce Syno( de F Saint thage validi synoc filiati

4 D æm ee

du Christ et de ses mérites, il est loujours valide, quelles que soient la foi ou les dispositions subjectives de celui qui l’administre, pourvu qu'il ne change rien au rit institué par Jésus-Christ et qu’il ait l'intention de faire ce que fait l'Eglise. Mais cerlaines sectes des premiers siècles, par suite de leurs erreurs antitrinitaires, ne baptisaient pas formellement au nom de la Sainte Trinité; tels étaient les montanistes et certains gnostiques. Comme le baptême ainsi conféré était invalide, on le réitérait à ceux qui l'avaient reçu de leurs mains, et comme ce même cas se présentait alors assez fréquemment, l'usage de rebaptiser ceux qui se convertissaient au catholicisme, devint assez commun. Agrippinus, évêque de Carthage, l’un des prédécesseurs de saint Cyprien, vers la fin du second siècle, étendit cette coutume à tous les hérétiquèes indistinctement, sous prétexte que, n'ayant pas euxmèmes la grâce et la vie spirituelle, ils ne peuvent la conférer. D'où il suivait que la validité des

sacrements dépendait de la foi et de la sainteté du ministre.

Cet usage se propaged et reçut la sanction de deux synodes de l’Asie-Mineure, réunis sous la présidence de Firmilien, évêque de Césarée, en Gappadoce. Saint Cyprien, interrogé à ce sujet, convoqua à Carthage deux conciles qui: se prononcèrent contre la validité du baptème des hérétiques. Leurs lettres synodales manifestaient un grand esprit de confiliation ; ils ne prétendaient pas faire adopter leur

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coutume ; ils voulaient seulement la conserver chez eux, comme étant fondée sur la tradition.

Le Pape saint Etienne, à qui ces lettres furent envoyées, s'appuyant sur la tradition universelle et surtout sur celle de l'Eglise Romaine, mère et mai. tresse de toutes les autres Eglises, rendit une décision contraire à celle des évèques d'Afrique et d’Asie- Mineute. Personne ne peut nier qu’il fût dans son droit et dans la vérité ; mais cet acte d'autorité excita un mécontentement qui ne sut pas toujours se con: tenir dans les justes limites.

Saint Cyprien réunit à Carthage (256) un troisième concile, composé de quatre-vingt-cinq évêques. Ils demeureèrent tous dans leur première opinion, assurantde nouveau qu'ils ne voulaient par là ni troubler la paix de l'Eglise, ni rompre lacommunion ecclésiastique avec les évêques, qui ne partageaient pas leur sentiment. Cyprien, et surtout Firmilien, évêque de Césarée, se laissèrent emporter tous deux contre le Pape à une vivacité d'indignation qu'il n’est pas possible d’excuser, comme l'avoue saint Augustin. Homines sumus, disait le même saint (De bapt. cont. Donatistas, 1. IE, c. 5, n. 6), en parlant de ce triste conflit : un saint est toujours homme et l’on conçoit qu'il puisse y avoir des moments d’oubli chez les personnag ?s les plus vertueux. Combien de fois n'at-on pas vu l'ardeur de la éontroverse entraîner les plus belles natures au delà des bornes d’une juste . modération ? Comme je l'ai déjà fait remarquer à propos de Tertullien, le caractère africain, toujours j Fa f.: >

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apre et bouillant, ne rannaissait pas les formes radoncies, non plusque iserve académique; dans la lutte, c'était une exp.usion, un torrent qui faisait souvent beaucoup de ravages. Mais, Messieurs, celte conduite de l’évêque de Carthage, quelque répréhensible qu’elle puisse être, ne nous autorise nullement à nier la réalité historique de cette controverse, comme l'ont fait Tournemine (1) et Missorius (?) au siècle dernier.

Cette thèse a été reprise, il y a une dizaine d’années, par le savant archevêque de Nisibe, Mgr. Vincenzo Tizzani, professeur d'Histoire Ecclésiastique à l'Université de la Sapience, à Rome, (3) et ses arguments ont été répétés par l'abbé Bouix, dans son traité De Papd. Il prétend que tous les nombreux documents, relatifs à cette controverse, sont apocryphes et l’œuvre des Donatistes. Cette thèse est tout-à-fait ingénieuse, mais ne me parait pas sufiisamment établie, et, malgré tout le respect que je professe pour les vastes connaissances de Mgr. Tizzani, je ie puis me résoudre à y souscrire. Mon humble opinion est corroborée par celle des critiques de tous les siècles et de tous les pays. Si, sur de légers soupçons, et par une piété mal entendue envers une gr-1de figure de l'histoire, il fallait rejeter parmi les fables un fait si évident, appuyé sur des témoi-

(1) Conjectures sur la supposition de quelques ouvrages de

saint Cyprien et de la lettre de Firmilien, dans les Mémoires de Trévoux, an. 1754.

(?) Dissert. crit, in ep. ad Pompeium, Venet. 1733.

(°) La celebre contesa fra $S. Stefano e S. Cipriano, Roma, Saiviucci, 1862,

gnages contemporains, nombreux et solides, on tom: berait dans un scepticisme qui permettrait de nier le fait le mieux établi.

Comment en effet ne pas admettre un fait qui n’a jamais été nié, ni par les hérétiques, ni par les catholiques qui avaient cependant intérêt à le nier, qui pouvaient par ce moyen donner une solution bien facile-aux difficultés qu’on en tirait contre eux, et qui étaient alors en état de connaître bien mieux que nous la non-authenticité des documents en question ?

Comment rejeter un fait rapporté par l'historien Eusèbe, (1) qui vivait peu d'années {(?) après saint Cyprien, qui ne partageait pas les idées des donatistes, qui détestait le schisme des novatiens, qui n'avait rien à gagner à ce mensonge, et qui d’ailleurs est sincère et digne de foi?

Mais, dil-on,les donatistes ont pu interpoler L'his. toire d’ Eusèbe. A cela, je réponds que c’est une pure hypothèse, dénuée de fondement. Comment croire, en effet, que tous les anciens manuscrits d'Eusèhe, qui renferment le récit de cette controverse, ont été interpolés par les donatistes ? Comment croire que les catholiques, qui avaient de ces manuscrits en leur possession, les aient laissé interpoler ? Comment croire qu’il ne soit arrivé à la postérité aucun manuscrit authentique ? Non, cela paraît inadmissihle.

Il n’y a pas qu'Eusèbe qui rapporte ce fait. Saint

(1) H. E. 1 VIÏ,

(*) Il naquit vers l'an 270 et devint iris de Césarée on

alestine,

Bas con Il d fall:

de d'op Basi siég Cons sem] purée théâl que € qui v de di Ma par E tuiter racon d'Eus.

récit, Allc conter égalen en vai les lett n'est e Nos (!) Pre

(?) Di illustres,

Basile-le-Grand, qui vivait à peine un siècle après la controverse, la raconte de la même manière. (1) Il dit que Cyprien et Fimilien étaient d'opinion qu'il fallait conférer le baptême à ceux qui l'avaient reçu de la main des hérétiques: en quoi il différait d'opinion avec saint Etienne. Et cependant saint Basile était l’un des successeurs de Firmilien sur le siége épiscopal de Césarée ; il devait être en état Ze constater l'existence de cette controverse, Ne vous semble-t-il pas plus rationnel de croire à l’ffirmation pure et simple de saint Basile, qui se trouvait sur le théâtre mème où avait eu lieu cette lutte ardente, que de croire à la négation, basée sur des hypothèses, qui vient demander votre suffrage à quinze siècles de distance ? :

Mais, dit-on, saint Basile x été induit en erreur par Eusèbe.— Qu'en savez-vous ? Vous affirmez gratuitement, et je nie de même. De plus, saint Basile raconte la controverse en termes différents de ceux d'Eusèbe, et ne semble pas lui avoir emprunté son récit. |

Allons plus loin : nous trouvons saint Jérôme, (2?) contemporain de saint Basile, qui nous donne également le récit de cette célèbre dispute, et c’est en vain qu'on nous objecte qu'il à été trompé par les lettres apocryphes de saint Cyprien: tout cela n'est encore qu'une supposition. |

Nos adversaires font une instance. Ils disent que

(!) Première lettre À Amphiloque, évêque d’Icone,en Lycaonie,

..() Dialogue contre les Lucifériens, et Catalogue des hommes illustres, :

Î : 4.4 LH A | a

102 SAINT CŸPRIEN

les anciens donatistes n’ont pas parlé de celte controverse ; or il est incroyable qu'ilsn’en aient rien dit, si elle a existé.

Je réponds que cet argument purement négatif

ne saurait détruire la force des preuves positives qui ont été apportées. En outre, leur dirarje, votre argumentation est passablement captieuse. En effet, si les donatistes ont gardé le silence à ce sujet, vous en concluez que la controverse n’a pas existé ; s’ils ont parlé, alors vous en concluez qu’ils ont fabriqué les lettres et toute cette fameuse affaire. Il me semble qu’il vaudrait mieux raisonner ainsi: s'ils ont gardé le silence, c'était parcequ’ils ne pouvaient rien atiendre des sentiments vraiment catholiques de Cyprien, de cet évèque qui avait tant prêéché en faveur de l'unité de l'Eglise, que les donatistes divisaient si affreusement. D'ailleurs, ces schismatiques différaient en tant de points de saint Cyprien, qu'ilsne > ponvaenhs guère invoquer son témoignage.

Nos adversaires nous objecteut encore le silence üe l’auteur anonyme du Livre contre les rebaptisants et du diacre Pontius. Mais, encore une fois, ce sont là des arguments négatifs. Au premier je réponds que cet auteur anonyme écrivait, ou bien contre lopinion desaint Cyprien, qui voulait rebaptiser les enfants, et alors cet écrit prouve l'existence de la controverse, ou bien contre l'opinion des donatistes, et alors il a pu garder le silence pour épargner le nom illustre et vénéré de saint Cyprien. Au second je réplique que le diacre Pontius affirme lui-

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ET SAINT ÉPIENNE. 103

même qu’il passe sous silence bien des choses importantes (multa alia et quidem magna). En effet, il omet de parler non-seulement de celte dispute, mais encore de plusieurs lettres du saint évêque, lettres dont l'authenticité a toujours été à l'abri de tout soupçon.

De plus, nos adversaires ne pourront jamais démontrer d’une manière satisfaisante la non-authenticité des écrits, qui renferment les différentes phases d.: cette controverse. Comment, en effet, admettre que les lettres de saint Cyprien aux évéques de Numidie, à Quintus, à Jubaianus, à Magnus, que les actes du troisième concile de Carthage, ainsi que la lettre de Firmilien à saint Cyprien, sont apocryphes, lorsque nous voyons saint Jérôme, saint Augustin et autres, les citer à chaque instant, sansexprimer l'ombre d’un doute sur leur authenticité ? Comment expliquer, d’un côté, l'appui que tous les hérétiques cat cherché dans la résistance de saint Cyprien, et, de l’autre, le silence de l'Eglise et des souverains Pontifes, qui auraient ignoré que ces écrits fussent l’œuvre des donatistes ?

Messieurs, il n’y a qu’une seule raison qui puisse appuyer tant soit peu la thèse de nos adversaires : ce sont les réserves, les paroles dubitatives de saint Augustin, à deux ou trois reprises, en citant les pièces de ce procès ; mais cette raison n’a pas de valeur. En effet, elle ne prouve qu’une chose, c’est qu’à l'époque de saint Augustin, comme aujourd’hui, il y avait des chrétiens, qui aimaient mieux recourir à

l'hypothèse d'une imposture des donatistes, pour décharger la mémoire de saint Cyprien d'une telle faute. plutôt que d'admettre qu’il fût tombé dans une si grave erreur, et qu'il eût écrit des choses si peu dignes de lui. Mais on voit combien peu fondé était ce doute, en considérant 10 qu’il n’a pas huvé d’écho dans la tradition, même chez ceux qui auraient dû l’accueillir avec bonheur ; 2 que saint Augustin lui-même n’adoptait pas celte opinion, et pour deux raisons : le style du grand évêque qui se retrouve dans ces lettres, et les arguments qu’on peut en tirer contre les donatistes; 3° que le même saint Augustin, parlant encore, dans son deuxième livre des Rétractations, de ces écrits de saint Cyprien sur le baptème des hérétiques, ne formule pas la moindre réserve. De tout ce que je viens de dire, je conclus que la thèse ingénieuse de Mgr. Tizzani ne me paraît guère soutenable.(1}

Remarquons de suite que saint Cyprien pensa toujours qu’il ne s’agissait que d’une question disciplinaire, où chaque Eglise pouvait abonder dans son sens. D'ailleurs, même au plus fort de la lutte, le saint évêque ne contesta jamais au Pape le pouvoir de définir une questior de foi, ni celui de statuer une règle de Giscipline, obligeant sous peine d’excommunication. . Son âme était profondément blessée ; cependant, en face du Pape, il se sent, ainsi que Firmilien, en présense d’une autorité supérieure à la sienne ; il s'abstient de toute menace et se rappelle

(1) Voyez Mgr. Freppel, dans ses deux volumes sur saint Cyprien, et J. B. Palma, Praelect, hist. eccl, t. I, p. 120-187.

ce qu'il écrivait naguère, que rester en communion avec le Pape, c’est demeurer dans l'unité de l'Eglise.

On a souvent essayé de trouver dans cette mémorable controverse, un argument historique contre l'autorité suprême des Papes; il semble au fontraire qu'on devrait en tirer un argument en sa faveur. En effet, il s'élève un débat qui touche à la doctrine générale des sacrements et à la notion de l'Eglise ; d'un côté, plusieurs conciles et l’évêque de Carthage se prononcent dans un sens ; de l’autre côté, le Pape saint Etienne décide différemment. Ses adversaires s’agitent, s'emportent, écrivent, tiennent des conciles, argumentent de toute manière :

tout est inutile ; la décision du Pape devient la règle de l'Eglise universelle. Il me semble que rien ne prouve davantage l’autorité doctrinale des Papes au troisième siècle.

Saint Cyprien nous a laissé un grand nombre d'écrits, dans lesquels se reflètent sa science, sa piété et sa grande âme. Mais la plus belle page de sa vie, c'est celle de sa fin héroïque. L'empereur Valérien persécutait les chrétiens, comme beaucoup de ses prédécesseurs. Saint Cyprien fut amené devant le p'oconsul, puis relégué dans la petite ville de Curube, où il put voir des amis, et continuer à prodiguer ses encouragements aux confesseurs de la foi,

aux évêques, qu'on trainait dans les cachots ou dans les mines.

Saint Cyprien est arrêté de nouveau et subit un

sesond interrogatoire. Les fidèles l'entourent comme

d'un rempart : 1l confesse généreusemeut la foi et est condamné à être décapité. A quoi il répond : «Dieu soit loué!» Les chrétiens, en er ‘tenant cette sentence, s’écrient comme d’une voix: «Et nous auüssi, nous voulons être décapités avec lui!» Ils l’'accompagnèrent en silence au lieu du supplice. Arrivé à cette dernière station de sa vie terrestre, Cyprien, nous disent les actes de son martyre, ôta son manteau, mit les genoux en terre et pria quelque temps. Puis il se dépouilla de sa dalmatique, la remit aux diacres, et ne garda sur lui qu’une simple tunique. Après quoi, ilse banda les yeux de sa propre main, et ordonna aux siens de remettre vingt-cinq pièces d’or au bourreau. Cependant, les chrétiens jetérent des linges autour du martyr pour recueillir son sang, tandis qu’un prêtre et un sous-diacre, du non. de Julien, lui liaient les mains. Le centurion, chargé de l’exécuter, leva le glaive de ses mains tremblantes, et le saint évêque reçut le coup mortel. C'était le premier évêque martyr de l'Eglise d'Afrique. Sa fin glorieuse expie noblement la trop grande ardeur qu'il avait mise dans la discussion avec saint Etienne, et comme le dit saint Augustin: «L’effusion d’un sang glorieux a dissipé le nuage qui avait pu obscurcir cette belle âme; son erreur a été compensée par l'abondance de la charité et lavée dans le sang du martyre.» (1) Dieu avaitsuscité ce grand saint pour opposer uüe digue à la corruption croissante, pour maintenir l'intégrité de la discipline au milieu des (:) De bapt., 1 I, e. 16.

désordres de l'époque, et pour donner aux chrétiens, si cruellement nersécutés, un père, un apôtre ferme et vigilant.

Je résume cette leçon en concluant : {9 que ni saint Pierre, ni les Papes Eleuthère et Victor n'ont enseigné l'erreur ; 2 que la controverse entre saint Cyprien et saint Etienne a réellement existé; 3° que cette controverse, loin de prouver contre la doctrine de l'autorité et de l’infaillibilité des Papes au troisième siècle, fournit plutôt un argument péremptoire en faveur de cette doctrine.

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