TROISIÈME LECON
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LES PAPES SAINT CALLIXTE ET SAINT MARCELLIN.—- LA PAPAUTÉ DANS SES RAPPORTS AVEC LES CONCILES GÉNÉRAUX.
Pontificat de saint Callixte. Découverte du manuscrit des Philosophumena. Récit de la vis äe Callixte avant sa promotion au siége de Rome. L'auteur reproche au Pape Callixte des erreurs relativement à la Trinité, à la discipline pénitentiaire, au mariage, e% au célibat imposé aux ecclésiastiques. Fausseté de ces accusations.—Le Pupe saint Marcellin. Il est accusé d’avoir offert de l’encens aux idoles pendant la persécution de Dioclétien. Les actes du concile de Sinueëse sont apocryphes. La légende du Bréviaire.—Les preraiers conciles généraux : qui les a sonvoqués, présidés et confirmés ?—L’Eglise des premiers siècles était une société visible, ayant sa hiérarchie et agissant avec autorité.
MESSIEURS
Avant de dire adicu à l’époque des persécutions de l'Eglise chrétienne, il me reste encore à parler de deux Papes, dont la mémaire a été injustement flétrie : ce sont les Papes saint Gallixte ei saint Marcellin. Nous allons rétablir les faits aussi brièvement que possible.
Saint Callixte succéda à saint Zéphirin sur le trône pontifical ; il l’'occupa de l’an 217 à l'an 222. Sa mort arriva après une longue et douloureuse captivité, sous le règne de l'empereur Alexandre-Sévère, Il
fut précipité d'une fenêtre de sa prison dans un puits, et a toujours reçu dans l'Eglise les honneurs d’un saint martyr. Le cimetière ou catacombe qui porte son nom, est l’un des plus grands de Rome, et fut agrandi et restauré par ce véaéré l'ontife: de là le nom que cette catacombe conserve encore de nos jours ; elle se trouve sur la voie Appienne.
On ne connaissait guère d’autres détails sur la vie de ce Pape, lorsque, vers l'année 1842, on découvrit dans un monastère du mont Athos, en Grèce, un manuscrit extrèmement important, intitulé Philosophumena. [Il fut transporté à Paris, où on le conserve dans la bibliothèque impériale, sousle numéro CCCCLXIV. Ilest écrit en grec, avec les caractères usités au quatorzième siècle, et d’après un très-ancien manuserit original, qui a bsaueoup souffert des in-
ures du temps. Il a êté imprimé à Oxford, en 1851. Le titre de eet ouvrage parait avoir été d’abord : «Réfutation de toutes les hérésies en dix livres» et indique assez quel était le but de l’auteur. Le monde des érudits fut dans un grand émoi à la nouvelle de cette découverte ; Christophe Colomb, annonçant à l'Europe qu'il avait découvert notre continent, n'avait peut-être pas produit plus de sensation. : On. se mit à l'étude avec une incroyable ardeur, et ilen résulta une série décrits très-intéressants et regis de savantes recherches.
-Corame l’auteur des Philosophumena, au :livre IXe, parle assez au long du Pape Callixté, et qu’il le représente comme Je premier qui ait porté atteints
SAINT CALLIXTE, All
à la sainteté de la foi primitive et de l'antique discipline, quelques adversaires de l'Eglise catholique ont profité de cette occasion favorable pour accuser ce Pontife d'avoir failli dans la foi.
Mais l'abbé Dœllinger, (1) Mgr. Cruice, (?) décédé évèque de Marseille, le célèbre archéologue romain, le chevalier de Rossi, (3) le savant P. Armellini, (4) ancien professeur d'histoire au €ollége Romain, et une foule d’autres, réfutèrent avec beaucoup de science, de modération et de talent, les attaques venues du camp ennemi. Cependant l’on ne put s'entendre sur le nom de l’auteur de cet écrit; les uns l'attribuèrent à saint Hippolyte, les autres, à Origène, d’autres, à Caïus, prètre romain, ou à Tertullien,
autres enfin, à Novatien le schismatique, qui fit tant de troubles dans l'Eglise Romaine au troisième siècle. Je n'ai pas l'intention d'aborder cette difficile question, qui, d’ailleurs, affecte peu celle que je me propose de traiter ; j'accorde que cet ouvrage esl authentique, c’est-à-dire, écrit à l’époque déjà mentionnée, et je me contente de chercher à découvrir si l’auteur a été sincère et véridique dans ce qu’il a relaté concernant le Pape saint Callixte. (5)
(!) Hippolytus und Callistus ; oder die rœmische Kirche in der ersten Hælfte des dritten Jahrhunderts, Regensburg, 1853.
(?) Etudes sur de nouveaux documents historiques empruntés TS Mina récemment découvert des Philosophumena, Paris,
(5) Civiltà Cattolica, Ser. III, v. XI, p. 363-64.
(+) De prisca refutatione hæreseon Origenis nomine ac Philosophumenon titulo recens vulgata commentarius, Romae, 1862.
() Voyez aussi sur cette question Bunsen, HSppolyens and his age, London, 1852 ; Wordsworth, saint Hippolytus and tie
Voici, en résumé, ce qu'i. ‘aconte de la vie de ce Pontife. Un chrétien, du nom de Carpophore, attaché au service de l'empereur Commode (180-182), avait un esclave (1) *hrétien, appelé Callixte, auquel il confia une somme considérable pour faire des spéculations. Comme le maître se portait caution des engagements de Callixte, ce dernier obtint bientôt de précieux dépôts d'argent de quelques autres chrétiens. Malheureusement il fit de mauvaises affaires et perdit tout. Tremblant de rencontrer son maitre, il prit la fuite, se dirigea vers le port, et monta sur un navire qui allait mettre à la voile. Mais son maitre, informé du fait, le rejoignit bientôt. A sa vue, Callixte effrayé, se précipita dans les flots, probablement pourse sauver à la nage. Ce fut peine perdue, car les matelots le tirèrent de l'eau et le livrèrent à son maitre, qui le fit enfermer à Rome dans le Pistrinum, où les esclaves étaient très-maltraités.
Plusieurs chrétiens de Rome, poussés plutôt par l'intérêt que par la compassion, persuadèrent à Carpophore de le mettre en liberté, parceque cela lui donnerait le moyen de payer certaines sommes. Îl put ainsi sorlir de prison, mais on le surveillait toujours de près, et on l’obligeait à restituer les dépôts church of Rome in the earlier part of the third century, London, 1853 ; l'essler, Ueber den wahren Verfasser des unter dem Titel Philosophumens Origenis jüngst erschienen Werkes, Tibingen, 1852.
(:) L'expression grecque désigne plutôt un homme de la
maison où de la clientèle d’un patricien ; c'est le jamikarie des Latins; il pouvait remplir des charges importantes,
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