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qui lui avaient été confiés. Callixte, qui avait eu des affaires avec plusieurs Juifs et qui n’en pouvait rien tirer, vint un jour de sabbat réclamer son argent à haute voix dans la synagogue.
Les Juifs l’accablèrent de coups, et le traînèrent chez le préfet de la ville, en l’accusant de les avoir troublés dans l'exercice de leur culte et de s'être vanté d'être chrétien. Carpophore, informé de cet incident, accourut sans tarder, réclama son esclave, en disant—chose peu vraisemblable—qu'il n'était pas chrétien et qu’il cherchait simplement la mort.
Les Juifs s'élevèrent contre cette ruse mensongère de Carpophore. Le préfet fit battre de verges ie malheureux Callixte et le condamna aux travaux forcés dans les mines de Sardaigne.
Plus tard, Marcia, favorite de l’empereur et protectrice des chrétiens, demauda au Pape Victor les noms de ceux qui avaient été bannis et obtint leur liberté. Par malheur, le Pape avait oublié le nom de Callixte ; toutefois, ses supplications lui valurent la permission de retourner à Rome. Le Pape l’envoya à Antium, probablement pour le soustraire à la persécution de son maître, et lui accorda quelque secours. Sous le pontificat de saint Zéphirin, Gallixte put revenir à Rome, et obtint une fonction assez importante dans le clergé romain, en même temps que l'intimité du Pape ; il fut nommé chef du cimetière qui porte son nom, et après la mort de saint Zéphirin, il fut promu à l’épiscopat romain ou au pontificat. Maïs comme l’auteur des Phïlosophumena qui.était déjà schismatique, se regardait
comme l'évêque légitime de Rome, il ne donnait pas ce titre à Callixte ; cependant, il résulte de son propre récit, que la plus grande partie des chrétiens de Rome et des autres Eglises, était en communion avec Callixte, que la légitimité de son élection était bien constatée, et que le parti opposé était fort minime. L'auteur reproche à Callixte des erreurs relativement à la Sainte Trinité, à la discipline pénitentiaire, au mariage et au célibat : imposé aux ecclésiastiques.
Voyons maintenant, aussi rapidement que possible, si les accusations portées contre les actes de saint Callixte, et avant et pendant son pontificat, méritent quelque créance.
Pour ajouter foi au récit d’un écrivain, il faut bien connaître s’il n’a pas élé mû par une aveugle amitié pourson héros, ou par la haine et les préjugés ; car alors il est évident que ce n’est pas la raison et l’amour de la vérité qui le dirigent, mais la passion qui lui met un bandeau sur les yeux. Son témoignage perd de suite une partie de sa valeur. Or il n’y a pas de doute que l’auteur des Philosophumena portait une haine sincère et cordiale à Callixte, à cause de son pontificat et des opinions différentes qu’ils avaient en matière de religion.
Avocat dans sa propre cause et animé de dispositions hostiles envers ses adversaires, il les traite d'ignorants, d'audacieux, etc. Puis le torrent d'injures va grossissant ; il fait de Callixte un homme habile en méchanceté, versé dans la fraude, hypocrite, usurpateur du trône épiscopal, se servant de
pot voi:
pui qui plus bier lui :
le s'il laut buer rend faire lixte la ra, la m chose lui de citude préte
SAINT CALLIXTE. 115
Zéphirin pour semer la discorde parmi les chrétiens et les attirer ensuite à son parti: bref, il ne manque aucune occasion de harceler son ennemi. L’animosité se traduit à chaque instant. Qui ne voit de suite qu’un tel témoignage doit être très-suspect ?
D'ailleurs, un écrivain impartial rapporte le bien et le mal qui se trouvent dans son héros; il ne montre pas qu’un côté de la médaille ; or, comment se fait-il que l’auteur des Philosophumena ne trouve absolument rien de louable dans le Pape Callixte et ne dise pas même un mot du martyre qu’il a souffert pour la foi? N'est-ce pas parce qu'il craignait de ie voir entouré de l’admiration et des sympathies du public, et de diminuer aïitisi la valeur des diatribes qu'il avait lancées conire lui? Iine parle pas non plus de son honnêteté dans l’admimistration des biens de son maître et des chrétiens, honnêteté qui lui avait valu ia confiance générale. IL est vrai que le malheur vint le frapper, mais personne ne sait s'il faut l’attribuer à la maladresse ou à la fraude ; l’auteur même n’en dit rien. Pourquoi aussi attribuer à l'intérêt matériel, et non au désir de lui rendre justice, ia démarche des chrétiens pour le faire sortir de prison ? Pourquoi affirmer que Callixte s’est précipité dans la synagogue pour exciter la rage des J'uifs et arriver par là à se faire donner la mort, lorsque les faits ne démontrent qu’une chose, c’est qu’il voulait recouvrer les sommes que lui devaient les Juifs ? S'il était si coupable, la sollicitude de son maître pour l’arracher des mains du préteur, devient inexplicable.
De plus, il affirme que le Pape Victor avait omis à dessein le nom de Callixte de la liste des chrétiens déportés et fut bn chagrin de le voir revenir des mines de Sardaigne ; mais alors pourquoi ce même l'ape s’occupe-t-il de suite de lui porter secours par une aumône mensuelle et en l’envoyant demeurer à Antium ?
On sait tout ie soin que mettaient les évêques à n’enrôler dans le clergé que des personnes d’une vie intègre, des hommes sur lesquels le peuple portait un témoignage favorable ; comment le Pape Victor eût-il admis à l’ordination un homme aussi dépravé que l'était Callixte, et comment le peuple eût-il : rendre un jugement favorable ? Quel ne doit pas être notre étonnement de le voir, par le suffrage du peuple, élu archidiacre, puis élevé sur 1e trône pontifical ? Tous ces faits sont incompréhensibles, si on le suppose aussi criminel que nous le représente lauteur des Philosophumena.
Mais arrivons à l'examen des accusations qui concernent la foi et la discipline pendant son pontificat: c'est là le point capital.
L'auteur des Philosophumena l'accuse de sabellianisme. Voyons ce qui en est.
D'abord, il doit paraître étonnantque cet écrivain, entreprenant de réfuter toutes les hérésies, termine son travail par une attaque directe et grave contre l'Eglise catholique, qu’il met au nombre des sectes
hérétiques. C'est ainsi qu'agirent les photinieu:, |
les donatistes et les novatiens. Comme eux, il commenc? par s'attaquer aux erreurs précédentes, puis
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il déverse le venin de son âme contre l’école de jallixte ; pour son malheur il avoue qu’elle est nombreuse et que tout le monde l'appelle catholique. Evidemment c'était vouloir faire rejaillir sur l'Eglise de Jésus-Christ tous les griefs qu’il a contre le Pontife, toutes les erreurs dont il l’accuse: audacieuse témérité qui est le propre de ceux qui s'engagent dans la voie tortueuse de l’hérésie, et qui marchent vers le précipice !
L’hérésie sabellienne consistait, comme nous l'avons déjà vu, dans la négation réelle de la Trinité des person.es. En Dieu il n’y avait qu'une personne, à laquelle convenaient les trois appellations de Père, Fils et Saint-Esprit, d’où il suivait que c'était le Père qui avait souffert sur la croix. Or les paroles de Callixte, sur lesquelles s'appuie notre auteur des Philosophumena,renferment la pure doctrine catholique, ou au moins sont susceptibles d’un sens tout-à-fait orthodoxe. Aïnsi il dit très-explicitement, que «ce n’est pas le Père qui a souffert, maïs le Fils;» qu'il n'y a qu'un seul Dieu ; » que «Jésus-Christ est Dieu» qu'il n’y a dans le Père et le Fils qu'un seul et même esprit» : en d’autres termes, il professe l'unité d'essence en Dieu et la trinité des personnes.
En outre, comment supposer raisonnablement qu’il admit les erreurs de Sabellius, lorsque le même auteur nous apprend que Callixte lui-même ie fit expulser de Rome à cause de ses erreurs? L’eût-il c'ussé loin de lui, s’il avait été dans les mêmes vyinions ? Comme on le voit, cet écrivain se trahit lui-même, et sert la cause de Callixte, en voulant le
perdre auprès de ses concitoyens et de la postérité.
Il l’accuse d’avoir admis l'erreur de Theodote-lecorroyeur, à savoir, que le Père a été crucifié. Mais Callixte n’a jamais dit cela ; il a affirmé seulement que le Père était uni au Fils, même au moment de la Passion, à cause de l’inexistence des deux personnes ; en cela il n’y a pas l'ombre de sabellianisme ; autrement saint Paul eùt été lui-même sabellien lorsqu'il écrivait: « Deus erat in Christo, mundum reconcilians sibi. »
L'auteur du mème ouvrage fait un grand crime au Pape Callixte de ce qu’il prétend pouvoir accorder le pardon de tous les péchés ; c’est aussi ce que Tertullien reprochait vivement à saint Zéphirin. Mais qui ignore que l'Eglise catholique a toujours enseigné et exercé le pouvoir de remettre les péchés? Sans doute elle exige la contrition et la pénitence des fautes; mais Callixte ne nia jamais qu'elle fût nécessaire. De là il est facile de conclure que lauteur se laissa entrainer dans les aberrations des montanisies et des novatiens, tandis que -Callixte conserva la véritable doctrine.
Pour ce qui concerne la discipline pénitentiaire du clergé, Callixte n’a jamais prétendu qu’un ecclésiastique coupable doive être exempt de tout châtiment et ne puisse jamais être déposé, même pour un crime public et prouvé.
Quant aux sectaires qui revenaient à l'Eglise catholique, il est vrai que le Pape les recevait sans pénitence dans la communion chrëlitne, lorsque leur erreur avait été involontaire, ou qu 15 n'avaient
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jamais connu la foi auparavant ; mais en cela il ne faisait que suivre l'esprit et ia pratique de l'Eglise, qui n’a jamais puni pour des fautes auxquelles a volonté n’a pas eu de part.
Il va encore plus loin et lui reproche d’avoir permis le mariage des clercs, et la promotion à l'épiscopat, au sacerdoce et au diaconat, d'hommes qui avaient eu deux ou trois femmes (bigami ac trigami referriin cleros).
A la première objection je réponds que le nom de clercs est bien vague et comprend non-seulement ceux qui sont dans les ordres sacrés, mais même ceux qui n'ont reçu que les ordres inférieurs. Or ces derniers ont toujours été et sont encore libres de contracter mariage.
A la seconde, je réplique d’abord, qu’il ne s'agit pas de la bigamie ou de la trigamie simultanée, mais successive ; et j'ajoute que jusqu'au cinquième siècle la discipline de l'Eglise permettait l'accès aux ordres sacrés, pourvu que cette bigamie ou trigamie successive n'eût paseu lieu depuis le baptème. Pourquoi alors en faire un crim: au Pape Callixte ?
Voilà, Messieurs, à peu près toutes les principales accusations, dont l'auteur d2s Philosophumena à chargé la mémoire de ce saint Pontife. Vous avez pu voir, par Fesquisse que je viens de vous en faire, combien eiles sont dépourvues de toute base solide ; elles n’ont existé que dans l'imagination haineuse, et dans les idées hétérodoxes de l’auteur schismalique qui les a proférées. IL reste donc acquis à l'histoire que le Pape saint Callixte n’a jamais failli
dans la foi, non plus que dans l'observation des règles disciplinaires de l'Eglise.
Nous ne sommes pas encore au bout de notre tâche. Nos adversaires sont ingénieux quand il s’agit de soulever des difficultés contre l’innocence et l’'orthodoxie des Papes ; c’est là leur cauchemar; le triomphe de l'Eglise et de la Papauté, ses victoires incessantes, en dépit de toutes leurs sinistres prédictions, troublent leur sommeil comme autrefois les trophées de Miltiade bouleversaient l’âme de Thémistocle et troublaient le repos de ses nuits. Ils ne se tiennent jamais pour défaits; vous les réfuterez cent fois; vous détruirez de fond en comble toutes leurs affirmations; vous croirez les avoir réduits au silence: illusion ! Ils reviendroni ia centet-unième fois absolument avec la même objection; ils n’auront tenu compte d'aucune de vos remarques, et vous serez obligé de recommencer la lutte et d'exposer vos arguments comme la première fois.
Nous arrivons à la fin du troisième siècle. Le Pape Caïus venait de mourir; on lui choisit pour successeur, Marcellin, qui occupa le siége pontifical de lan 296 à l’an 304. Deux monstres, avides de sang et de carnage, présidaient alors aux destinées de l'empire romain: c'était Dioclétien et Maximier..
Les chrétiens, dont le nombre augmentait tous les jours avec une prodigieuse rapidité, furent comme d'ordinaire les plus éprouvés ; leur soumission respectueuse aux ordres des empereurs ne pouvait leur
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faire pardonner le mépris qu'ils avaient pour les dieux. La persécution éclata en 303: on commença par faire raser la magnifique église de Nicomédie. Quatre édits, publiés successivement dans toutes les parties du monde romain, interdirent aux chrétiens les charges et les dignités publiques, et ordonnèrent de fermer les églises, de brûler les livres saints, de confisquer les lieux de réunions religieuses, d’emprisonner les membres du clergé, de ne relâcher que ceux qui sacrifieraient aux dieux, et de soumettre les autres à toute espèce de tortures et à la mort s'ils refusaient d’obéir. L’historien Eusèbe, qui fut témoin oculaire de ce drame de sang, nous en à laissé un tableau qui glace d’eflroi. On se fatiguait l'imagination pour inventer des tortures de plus en plus cruelles. fl arrivait quelquefois qu’on immolät en un même jour et en un même lieu cinquante, soixante, cent chrétiens; les glaives s’émoussaient, les bourreaux s'épuisaient, les flammes du bûcher consumaient à la fois plusieurs victimes ;
on les enchaînait sur des navires qu’on abandonnait à la fureur des flots. Les chrétiens étaient heureux
de verser leur sang pour Jésus-Christ; et leur cons-
tance arrachait l'admiration de leurs persécuteurs,
sans pouvoir diminuer leur rage.
Parmi les milliers de généreux athlètes qui donnérent leur vie pour la foi, on eite le nom du Pape Marcellin. On raconte que, pendant la persécution, il céda à la frayeur et offrit de l’encens aux idoles des faux dieux. Bientôt, touché de repentir, il se
rendit au concile de Sinuesse, parut devant les : mous 6
évèques, revètu d'un cilice, et avoua publiquement sa faute en versant un torrent de larmes. Personne toutefois n'osa le condamner ; mais les Pères du concile s’écrièrent à l'unanimité : « Ce n’est pas nous, c'est toi-mème qui seras ton juge ; le premier siége ne peut être jugé de personne. Pierre, lui aussi, faillit devant son devoir et obtint pareillement, par ses larmes, le pardon de ses péchés. »
De retour à Rome, Marcellin alla trouver l’'empereur et lui reprocha vivement de l'avoir engagé à commettre uu si grand crime. Dioclétien, irrité, le fit saisir avec trois autres chrétiens, ordonna de les décapiter et de jeter leurs corps à la voirie. Trente-six jours plus tard, on put procéder à la sépulture des martyrs dans le cimetière de Pris cille, sur la voie Salaria.
Tel est, en résumé, le récit qui se trouve consigné dans la légende du Bréviaire Romaï: . au 26 avril Sur quoi est fondée cette légende ? Elle est fondée, pour ce qui concerne l'accusation d’idolâtrie, uniquement sur les actes du concile de Sinuesse, qui, comme nous le verrons bientôt, sont cerlainement apocryphes ; c’est ce que reconnaissent maintenant non-seulement tous les érudits catholiques, mais encore tous les critiques protestants et autres, qui cherchent sincèrement la vérité historique.
Cela n’a pas empêraé l’auteur du récent opuscule publié au bureau du Winess, de Montréal, d'écrire les lignes suivantes : « Marcellin fut idolâtre. Il entra dans le temple de Vesta et offrit de l’encens à cette déesse. Vous me direz que ce fut un acte de
Sinué la gre fartoti dema Contre qu'on esse,
faiblesse ; je réponds qu’un disciple de Jésus-Christ meurt, mais ne devient pas apostat ! »
Voilà une tirade qui peut bien produire quelque effet sur les âmes simples, qui n’ont pour se protéger que la candeur et l'ignorance, mais qui fait sourire de pitié ceux pour qui l’histoire n’est pas un domaine tout-à-fait inexploré.
Remarquons d’abord que, lors mème qu’il se füt rendu coupable d’une semblable faute, il ne s’ensuivrait pas qu’ileût erré dans la foi, ni qu’il eût enseigné ex cathedrd une doctrine hétérodoxe. En effet, il ne propose rien à croire à l'Eglise universelle ; il n'enseigne pas l'Eglise. Et d’ailleurs, comment flétrir la conduite de quelqu’un qui n’agit que sous l'empire de la crainte ? La frayeur ôte souvent toute liberté dans l’action et détruit le volontaire, sans lequel on ne peut être coupable. Ainsi donc, en supposant même la vérité du fait, il n’y aurait pas erreur dans l’enseignement; il n’y aurait pas même culpabilité formelle.
Mais je crois pouvoir vous démontrer que le fait mème ne repose sur aucune base solide.
Je prouve de suite que les actes du concile de Sinuesse sont apocryphes.
lo Il est i: croyabie qu’au milieu des horreurs de la grande persécution, lorsqu'on faisait rechercher partout les fidèles et leurs pasteurs, lorsqu'on allait demander à l'obscurité des catacombes un asile contre la rage des païens, il est incroyable, dis-je, qu'on ait pu rassembler trois cents évêques à Sinuesse, en Italie. Ne sait-on pas que Constantin-le-
Grand et le Pape saint Sylvestre he purent réunir au concile œcuménique de Nicée que trois cent dix. huit évèques, et cela en pleine paix, et lorsque les prélats voyageaient aux frais du trésor public ? Ignore-t-on que, sous l'empereur Dèce, on ne put faire venir au concile de Rome (en 250) que seize évèques? Comment croire qu'il ait été possible à un si grand nombre de se rassembler à Sinuesse ? D'ailleurs on ne trouve ni chez les écrivains pro fanes, ni chez les auteurs ecclésiastiques, aucun vestige de l'existence d’une ville appelée Sinuesse, non plus que de la crypte de Cléopâtre, où ce concile aurait eu lieu.
2° Les Actes de cette assemblée ne donnent que les noms de cent vingt-sept évêques, sur trois cents qui y assistaient ; et encore ils ne font aucune menlion de leurs diocèses respectifs ; ils ne disent pas un mot de celui qui convoqua et nrésida le concile. Les noms de ces prélats sont inconnus dans l’histoire et semblent avoir été fabriqués à plaisir.
3° Les Actes nous apprennent aussi que la nouvelle de la condamnation de Marcellin fut rapportée de suite à l’empereur, alors occupé à la guerre des Perses. Or ceci est faux. En effet, cette même année, qui était la vingtième de son règne, Dioclétien abandonna les rênes du gouvernement, et il s'était déjà écoulé deut ans depuis qu’il avait défait les Perses et célébré son triomphe à Rome en compagnie de son collègue Maximien.
40 On y voit aussi qu'une multitude de chrétiens se précipitèrent vers le temple, afin de voir si
men
ens
Marcellin, qui avait été arrèté, sacrifierait aux dieux, et de pouvoir ensuite rendre témoignage contre lui ; on ajoute qu'ils le virent offrir de l’encens aux idoles. Ce récit me parait invraisemblable, En effet, comment croire qu’au milieu d'une persécution si sanglante, la foule des chrétiens se dirigent publiquement vers le temple, sans craindre d’être euxmèmes maltraités et mis à mort, et pour le seul plaisir de pouvoir porter témoignage contre le Pontife ? Ne sait-on pas aussi qu’il était absolument défendu aux chrétiens d'assister aux sacrifices et autres riles qui se célébraient chez les païens? (1)
59 Ou lit dans les Actes de ce conciie, que les trois cents évêques se déclarèrent incompétents à juger le Pape, puisque personne ne peut juger l’évèque du premier siége du monde, et qu’ils lui exprimerent le désir de le voir se condamner lui-même. Fort bien ; maïs alors pourquoi produisent-ils soixante-douze lémoins contre un accusé qui n’est soumis à aucun pouvoir humain, et au jugement duquel il faut s’en tenir, mème dans sa propre cause ? Il y a donc là contradiction.
60 On suppose que Marcellin était revètu de la pourpre ; or personne n’ignore que ce n’était pas la coutume des souverains Pontifes à cette époque. La pourpre était réservée aux empereurs, et c’est seulement sous le pontificat de Vigile, que nous voyons son cardinal-légat, Pélage, se revêtir de la pourpre, lors de sa mission à Constantinople.
19 Les contradictions abondent dans les Actes de
(1) Tertul., De Spectacul., c. 13.
ce prétendu concile. C’est ainsi qu'au second et au quatrième chapitre, le nombre des témoins oculaires est de soixante-douze, et cependant, si vous comptez les noms, vous en trouvez quatre vingt-cinq. Il est dit, au chapitre troisième, que cinquante évêques seulement siégeaient à la fois, parceque la crypte de Cléopâtre n’en pouvait contenir davantage ; au chapitre septième, on est étonné Ge trouver dans une seule réunion trois cents évêques, trenie prêtres et vingt-huit témoins. Au chapitre second se trouve la liste de tous les témoins à charge ; et dans la dernière session on voit vingt-deux témoins nouveaux qui viennent faire leur déposition contre le Pape.
89 Il y a une foule d'expressions qui indiquent une époque postérieure, puisqu'elles étaient alors inusitées ; d’autres dénotent un écrivain sans goût, sans jugement, et postérieur à Dioclétien, époque à laquelle la langue latine se parlait encore avec assez de pureté. Bien plus,—qui le croirait ?—le pontife du Capitole arrive solennellement, au moment où Marcellin entrait dans le temple de Vesta, et s'efforce de prouver au Pape qu'il doit offrir de l’encens à Jupiter et à Hercule, parceque les rois Mages ont offert des présents à Jésus-Christ ; puis il lui parle de la Mère de Dieu, de sa virginité, de l'apparition de l'étoile, de la visite à Hérode, du nombre et de la qualité des présents offerts par les Mages ; on croirait entendre un chrétien qui a vieilli dans l'étude de la religion eatholique. Tout cela à peu de vraisemblance dans la bouche d’un païen.
Jo Si le Pape fût tombé dans l’idolâtrie, il est certain que ce fait eût été connu de suite par tout l'univers. Cependant Eusèbe, contemporain de Marcellin, dit, en parlant de ce Pape, qu'il a vécu pendant la persécution, mais ne dit rien de sa châûte. (1) T.sodoret ne mentionne pas non plus ce prétendu sacrifice qu’il eût offert aux dieux; au contraire il le loue en disant qu’il parut avec beaucoup d'éclat dans le temps de la persécution. (2?) Ilest vrai que l'un des évêques donatistes, Pétilien, qui vivait à l'époque de saint Augustin, accusait ce Pape d'avoir offert de l’encens aux idoles et livré les Saintes Ecritures aux païens; même accusation contre les Papes Melchiade, Marcel et Sylvestre, sans autre preuve que certains actes où l’on ne voyait figurer les noms d'aucun souverain Pontife. Aussi saint Augustin se contenta de nier le fait bien catégoriquement ; il fit voir que c'était une nouvelle fiction dont les anciens donatistes ne s'étaient pas encore avisés. (3) Je vous le demande, Messieurs, pensez-vous que l’évèque d'Hippone eût opposé une dénégation aussi formelle, si la chûte de Marcellin eût été connue, et si les actes d’un concile aussi nombreux qu'on suppose avoir été celui de Sinuesse, l’'eussent attesté ?
Je pourrais apporter encore heaucoup autres arguments pour démontrer que les actes de ce concile sont apocryphes ; mais ceux-ci doivent être sufi-
(!) Zusèbe, H. E, 1. 7, c. 32.
(*) Théodoret, Hist. Eccl., 1. 1, c. 2.
(S) Lib. de unico baptismo contra Petilianum, ec. 16. :
sants. Ceux qui voudront plus de détails pourront recourir aux dissertations qu'ont faites sur ce sujet Noël Alexandre, (?) Dom R. Ceillier, (2) Pagi, (3) Tillemont, (+) Basnage, (5) les Bollandistes, (6) Constant, (7) Darras, (®) Saverio De Marco, (?) etc., etc. Les actes de ce concile de Sinuesse se trouvent insérés dans la collection de Labbe.
Mais, "me direz-vous, que faire de la légende du Bréviaire ? N’est-il pas téméraire de vouloir infirmer un fait historique qui a été inséré dans l'Office de l'Eglise ?
Je réponds qu’il faut distinguer dans le Bréviaire les définitions de foi, contenues dans les canons, les bulles dogmatiques et ies symboles, qu’on doit croire d’une foi catholique; les extraits des Saintes Ecritures, auxquelles est dûe une foi divine; les écrits des Saints Pères, qui sont les fidèles et authentiques témoins de la tradition catholique; et enfin les faits tirés de la vie des saints. Il est certain que l'insertion de ces derniers dans le Bréviaire, est déjà un très-fort préjugé en leur faveur ; cependant il est encore permis de les soumettre à la critique historique, de voir sur quelles bases ils reposent, à
(1) Hist. eccl., sec. III, tom. VI, p. 298, Venet. 1771. (2) Hist. générale des auteurs sacrés, t. III, Paris, 1732. (3) Ad an. 302, n. 16.
(4) Hist. eccl., t. V, p. 613.
(5) Ad an. 296, n. 4 et suivants.
(GS) In Catalog. Rom. Pont , part. 2, p. 43.
(7) Infaillibilité des Papes, t. 1, p. 160.
(8) Hist. de l'Eglise, t. 1, ». 286.
() Dissert. sopra la pretesa caduta di San Marcelliio Papa.
SAINT MARSELLIN. 129
quelles sources ils ont été puisés, et de peser les objections que l’on soulève contre leur autorité.
D'ailleurs, Messieurs, ce n’est pas là une doctrine qui me soit particulière, c’est celle de tous les théologiens, et en particulier celle du savant Pape, Benoît XIV, dans son Traité sur la canonisation des saints. Voici ce qu'il écrit : (1) « Quelques-uns ont violemment attaqué le Bréviaire romain, en soutenant qu'il est rempli de fables et que son autorité est nulle par rapport aux faits historiques ; d’autres, aussi éloignés de l'esprit de l'Eglise, ont prétendu qu'il serait impie et comme hérétique de douter des faits historiques qui y sont renfermés, et, à plus forte raison, de les contester. Entre ces sentiments extrèmes il y a une voie plus sûre à suivre; la seule insertion d’un fait historique dans le Bréviaire lui donne déjà une grande autorité. Mais on ne peut pas dire qu’il soit défendu d'en discuter la vérité avec respect et modération, en soumettant ses observations au jugement de l'Eglise, pour qu’elle en pèse la force et la valeur, si jamais il est question de fai :e de nouvelles corrections.»
Son prédécesseur, Benoît XIII, avait enseigné la même doctrine, et c'est aussi celle à laquelle j'adhère de tout cœur.
Le R. P. Ramière, dans une brochure publiée pendant le concile du Vatican contre le P. Gratry, dit, à propos de certaines modifications apportées dans le Bréviaire (p. 45:: «Les livres liturgiques
(1) De Canonis. Sanct., 1, IV, oc. XII, 5,
renferment des récits dont l'Eglise a confié la rédaclion à des hommes éclairés, mais qu’elle n’a jamais prétendu revêtir de son infaillibilité. Il peut donc arriver que ces récits, composés d’après les monuments les plus certains et les traditions les plus vénérables, renferment pourtantquelques détails inexacts dont des recherches plus attentives démontreront la fausseté. Que fait alors l'Eglise ? Elle ne se hâte pas, sans doute, de sacrifier ses traditions à des découvertes souvent trompeuses et que des découvertes nouvelles viennent souvent démentir, mais elle ne s'interdit pas les modifications reconnues nécessaires. Si elle ne va pas aussi vite dans le changement de sa liturgie que le voudraient des novateurs téméraires, elle est loin pourtant de se condamner à limmobilité.»
Du moment qu'il est démontré que la source première, le concile de Sinuesse, est apocryphe, par là mème croulent aussi tous les autres documents ou écrits quelconques qui en découlent; l'édifice ne peut pas être plus solide que le fondement sur lequel il repose ; cela est évident.
Nous ferons remarquer de plus que le Catalogue Libérien des Papes (probablement de l’année 354) ne mentionne nullement le prétendu acte d'idolâtrie de Marcellin. Il dit tout simplement qu’une grande persécution eut lieu à cette époque.
De tout ce que j'ai dit jusqu’à présent, il me parait indubitable que ce seint Pape n’a jamais fait acte d'idolâtrie, et que le concile de Sinuesse est de fabrique bien postérieure au troisième siècle, C'est
Lo]
l'opinion reçue chez tous les historiens modernes. (1)
Je ne crains donc pas d'affirmer catégoriquement qu'aucun Pape n’a enseigné l'erreur pendant les trois premiers siècles. Beaucoup de nos adversaires mêmes, au moins les plus impartiaux et les plus doctes, nous font cette concession, et concentrent leurs attaques sur Libère et Honorius ; mais nous verrons qu’ils seront obligés d'abandonner ces derniers retranchements et de passer dans notre camp, s'ils veulent être francs etloyaux. Donc la Papauté, après trois cents ans d'existence, nous apparaît vierge de toute erreur; elle a lutté contre les hérésies innombrables qui ont surgi par tout l’univers ; elle a maintenu haut et ferme le divin flambeau de la vérité. Elle a exercé sa suprématie sur l'Orient et sur l'Occident ; les patriarches comme les évêques, et les évèques comme les simples fidèles, l'ont reconnue et proclamée ; ils y ont eu recours, autant que le permettaient les circonstances, pour faire juger définitivement toutes les questions en litige concernant le dogme, la discipline ou le bien général de l'Eglise. Je dis, autant que le permettaient les circonstances ; car il ne faut pas oublier que les trois premiers siècles furent une période de persécutions sanglantes et presque continuelles ; on en compte au moins dix à partir de Néron jusqu’à Dioclétien. Outre la difficulté des communications à cette époque, il y avait encore celle qui naissait du danger qu’il y avait pour les chrétiens, fidèles
(1) Voyez Darras, Hist. de l'Eglise, t. I, p. 287; Wouters, Hist. Eccl., t. 1, p. 159, et autres.
ou évêques, de quitter leur pays et d'arriver au centre de l'empire romain, à cette Rome d’où partaient les édits destinés à anéantir la nouvelle religion. Il fallait des besoins assez impérieux pour déterminer quelqu'un à courir le risque d’être arrêté, jeté dans les cachots, condamné à périr dans un amphithéâtre, sous la dent des bètes féroces, ou au milieu des flammes du bûcher. Quand on examine un peu sérieusement la position dans laquelle se trouvaient les ckrétiens vis-à-vis de l’état, on est mème profondément surprisde voir qu’on ait donné aux souverains l’ontifes, de si fréquentes occasions d'exercer leur divine autorité sur l'Eglise uuiverselle. Déjà la Papauté était appelée à régler toutes les affaires importantes, à juger les différends, à décider en matière de foi ou de mœurs ; c’est du siége de Rome que, comme d'un foyer ardent, les Eglises p'rticulières recevaient la iumitre, la chaleur et la vie.