LA PAPAUTÉ DANS SES RAPPORTS AVEC LES CONCILES GÉNÉRAUX
Avant de terminer cette lecon, je veux examiner de suite une autre difficulté que nous font souvent nos adversaires de toutes les nuances. Elle concerne les six ou huit premiers conciles généraux, qui ont été célébrés depuis le quatrième jusqu'au neuvième siècle, Voici comment on propose l’objection.
10 Tous ces conciles ont été tenus en Orient, et non en Occident,
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latic nen le q usu tant r'eCO pau cond Ve CONC C'est héré mille de re
ET LES CUNCILES. 133
20 Ils ont été célébrés sans la participation des Papes.
Donc, à cette époque, c'était l'Eglise d'Orient qui avait la prépondérance. Donc les Papes n'avaient rien à faire avec les conciles ; ceux-ci constituaient une autorité doctrinale, souveraine et indépendante, et par conséquent les Papes ont commis une sacrilége usurpation au profit de leur suprématie tant ambitionnée.
Voici ma réponse.
Que les premiers conciles généraux aient été célébrés en Orient ou en Occident, cela ne fait absolument rien à l'affaire ; le principe d'autorité des conciles ne doit pas être confondu avec l'endroit où ils ont été assemblés ; il n’y a même aucune relation entre ces deux choses.
Il est curieux de remarquer toutes les oscillations auxquelles doivent se soumettre les eunemis de l'Eglise; tantôt 1ls vous diront que, dès le quatrième siècle, les Papes exerçaient leur autorité usurpée, leur despotisme théocratique sur l'Eglise ; tantôt ce sont les Pontifes et l'Eglise d'Occident qui recoivent la loi de l'Orient! Comprenez, si vous le pouvez, cette élrange contradiction, à laquelle les conduit fatalement l'erreur qu'ils ont embrassée.
Veut-on maintenant savoir pourquoi les premiers conciles se tinrent en Orient plutôt qu’en Occident ? Cest parceque l'Orient était la source de toutes Îes hérésies qui désolaient l'Eglise ; l'erreur y revêtait milles formes différentes ; l’esprit oriental, incapalse de repos et d'idées bien arrêtées, se perdait dans des
nouveautés dangereuses, dans des subtilités sophistiques qui compromettaient à chaque instant la vraie doctrine et la paix de l'Eglise. En rassemblant les conciles en Orient même, on réunissait les forces de l’épiscopat sur le théâtre de la lutte ; l'unité de foi se manifestait davantage aux yeux des fidèles, et l’hérésie, effrayée de se voir ainsi répudiée par les pasteurs des Eglises de presque tout l'univers, sentait que l'heure fatale avait sonné et qu'il fallait se résigner à l’agonie et à une mort prochaine.
On ajoute : « Les conciles ont été célébrés sans la participation des Papes. »
Cette assertion est absolument fausse et je le prouve de suite.
Commençons per le concile de Nicée, tenu en Bythinie, l'an 325. Arius, disent les Pères du troisième concile général de Constantinople, s'élevait contre la Trinité qu'il divisait et partageait ; aussitôt l’em. pereur Constantin et Sylvestre (Pape), de glorieuse mémoire, réunirent à Nicée un grand et illustre concile. »
Ces paroles nous font voir immédiatement que le Pape a agi de concert avec l’empereur pour convoquer ce concile. C'était la première fois qu’on voyait l'Eglise et l’État ainsi unis, et travailler simultanément à l'extinction de l'erreur, au rétablissement de la paix dans la société. Gonstantin paya à même le trésor public les frais de voyage des évêques; il fit préparer la salle conciliaire, s’occupa de procurer la tranquillité publique et la sécurité au moyen de ses
évëq
Géla
ses
troupes; en uu mot, la partie extérieure lui était réservée. Aussi s’appelait-il l'évéque du dehors. Mais voyez-le dans le concile : il ne veut pas prendre la première place ; il occupe un siége moins élevé que celui des prélats; il ne s'assied qu'après que les évèques l'ont, à diverses reprises, invité à le faire ; il les laisse discuter les questions en toute liberté ; et lorsque quelques évêques veulent lui soumettre certaines affaires qui les concernent, il leur répond qu'il ne s'ingérera jamais à juger ceux que Dieu a établis à sa place pour le juger lui-mème; ilne se constitue pas juge de la foi ; il n'impose pas ses volontés à l'épiscopat réuni; ïil est seulement
témoin et disposé à faire exécuter les décrets qui auront été rendus. (!)
Mais qui a présidé ce concile? C'est le Pape Sylvestre par ses trois légats, Osius, évèque de Cordoue, et les deux prêtres, Viton et Vincent. En qualité de représentants du souverain Pontife, leurs noms se trouvent toujours même avant ceux des patriarches d'Alexandrie et d’Antioche; s'ils n’eussent été revètus de cette haute charge, comment un simple évêque d’Espagne et deux prêtres auraïent-ils pu avoir la préséance ? D'ailleurs ce fait est attesté par Gélase de Cyzique, (?) par Socrate (3) et par Hincmar de Rheims. (4)
(!) Zuseb. H. E. III, Get 10 ; Sozom., I. 5 ; seuwint Ambroise, ad Valentin. imperatorem ; Rufin, 1 I, c. 2.
(2) Hist. Conc. Nicaeni, L IL, c. 5, (3) Hist, Ecel., I, 9.
(4) Conc. Nic., collect, çoncil,
À peine le concile de Nicée a-t-il dressé ses canons et son symbole de foi en opposition aux erreurs d’Arius, qu’il les envoie de suite au Pape. Celui-ci convoque à Rome un concile de deux cent soixante. quinze évèques et approuve ce qui a été décrété à Nicée. Voici ses paroles : «Nous admettons et nous confirmons de notre bouche tout ce que les saints évêques, au nombre de trois cent dix-huit, ont établi à Nicée, dans la Bithynie, pour la défense et le maintien de notre sainte mère l'Eglise catholique et apostolique.” De même ffélix IIT écrivait en 483: «Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise : à cette parole, les trois cent dix-huit Pères, réunis à Nicée, demandèrent à la sainte Eglise Romaine de confirmer et de sanctionner par son autorité ce qui avait été fait. » (1)
RI
La conclusion légitime à tirer de ce qui précède, c'est que le concile de Nicée fut convoqué, présidé et confirmé par le Pape saint Sylvestre.
Le second concile général fut célébré à Constantinople, l'an 381, sous l’empereur Théodose, surtout contre les Macédoniens, qui niaïent la divinité du Saint-Esprit. On a beaucoup diseuté la question de savoir qui l’a convoqué. Est-ce Théodose ? Est-ce le Pape saint Damase ? Sont-ce les deux à la fois ? Il serait trop long d'examiner les raisons apportées de partet d'autre ; mais il est un point sur lequel on s'accorde généralement, et qui suffit à prouver ma thèse : c’est que ce concile ent besoin de la confir.
(1) Ep. IV.
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univ Pont avaie rend sait d'ana Sa $s Conci (1) Z révérai giles.
mation du souverain Pontife pour faire autorité, (:) et ce n’est qu'alors que l'Eglise d'Occident reçut ses décrets. Notons de plus que le troisième canon de ce concile, qui, contrairement aux cotumes et aux droits acquis, accordait au siége de Constantinople le second rang après Rome, n'eut jamais de force, parceque les Papes y refusérent leur approbation : tant il est vrai que Ia sanction pontificale était absolument nécessaire.
Le troisième concile général fut celui d'Ephèse, convoqué, en 431, par le Pape Saint Célestin, pour répudier les erreurs de Nestorius, qui enseignait qu'il y avait deux personnes en Jésus-Christ. Le souverain Pontife délégua le patriarche d’Alexandrie, saint Cyrille, pour agir en son nom, ainsi que trois autres légats qui, retardés par une tempête sur mer, ne purent arriver que pour la seconde session. Ces représentants de l'évêque de Rome furent reçus avec les plus grands honneurs ,parcequ'ils reflétaient en eux la gloire et la dignité du chef de l'Eglise universelle, du Vicaire de Jésus-Christ. Le souverain Pontife avait tracé clairement à scs légats ce qu'ils avaient à faire. Quand tous les décrets eurent été rendus, quand la doctrine nestorienne, qui détruisait l’économie de la Rédemption, eut été frappée d'anathème, le tout fut soumis au Pape qui y apposa sa suprème sanction. Les lettres de ce Pontife au concile en font suffisamment foi. (?)
(1) Photius, Livre des Synodes, et S. Grégoire-le-Grand, qui révérait les quatre premiers conciles à l’égal des quatre Evangiles.
(2) Voyez Coli. Conc. ap. Labbe, et Liber Diurnus RR. Ponti-
ficum,
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Vingt ans plus tard (451), l'empereur Marcien, désireux de mettre un terme aux troubles suscités dans ses états par Eutychès et ses partisans, qui niaient l'existence des deux natures en Jésus-Christ, pensa qu’il serait opportun de convoquer un concile à Chalcédoine ; mais il eut le soin de s'adresser auparavant au Pape saint Léon, afin que tont fût dans l’ordre. Qu'il me suffise de mentionner le témoignage des évèques de la deuxième Moesie à l'empereur Léon : «Plusieurs saints évêques se réunirent à Chalcédoine, par ordre de Léon, Pontife de Rome, qui est vraiment le chef des évéques (per jus: sionem Leonis, R. Pontificis, qui vere caput est episco: porum).» Ce Pontife écrivait aux Pères du concile en envoyant ses légats : « Pensez que dans la per: sonne des légats du siége apostolique, c'est moi qui préside en personne.» Aussi les voyons-nous, en cette qualité, souscrire les premiers aux actes de l’auguste assemblée.
Les Pères de Chalcédoine rédigèrent leurs décrets d’après la lettre dogmatique que le Pape saint Léon leur avait écrite; ils la considérèrent comme une définition donnée à l'avance et à laquelle ils devaient se conformer: ce qui prouve que l’autorité doctrinale du chef de l'Eglise était reconnue et respectée de tous les prélats orthodoxes.
Avant de se séparer, les évèques écrivirent au Pape pour demander la confirmation de tous leurs actes, reconnaissant qu’il était pour eux tous l'organe de la voix de saint Pierre, le fidèle gardien du
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dépôt de la vérité, le vrai chef du concile par ses représentants. Puis ils ajoutent: «Nous venons de vous exposer tout ce qui s’est fait, pour vous prouver la sincérité de notre foi, comme pour obtenir votre cenfirmation et maintenir l'unité»
Saint Léon s'empressa de donner son approbation à un concile qui avait fait de si heureux efforts pour anéantir l’hérésie. Voici une partie de sa réponse : «J'espère qu'aucun de vous n'ignore que j'ai reçu, avec la joie la plus vive, les définitions du saint concile de Chalcédoine....; et pour que la mauvaise foi ne puisse rendre incertaine l'approbation que je donne à tout ce qui s’y est fait concernant la doctrine, j'adresse cet écrit à tous nos frères et évèques qui y ont assisté» Il refusa cependant de sanctionner le canon vingt-huitième, par lequel on accordait au siége de Constantinople la prééminence sur ceux d'Alexandrie et d’Antioche ; ce refus suffit pour l'empêcher d’avoir force de loi.
Je m’arrêterai peu au cinquième concile général, qui fut célébré à Constantinople, l'an 553, sous le règne de Justinien ; j'aurai occasion de revenir sur ce sujet en paricut du Pape Vigile. Remarquons seulement de suite qu’il ne venait à l'esprit de per. sonne que le concile pût avoir lieu sans l’intervention du souverain Pontife ; aussi fit-on des instances réitérées pour qu'il y assistât. Mais Vigile qui avait été attiré à Constantinople par Justinien, qui avait reçu les plus indignes traitements, et qui voyait cet empereur violer les conditions stipulées, refusa d’y prendre part.
Après le concile, Vigile ratifia ce qui avait été fait, ou, comme dit l'historien Evagre, « le Pape, qui n'avait pas voulu assister au concile, donna son consentement à ses actes »; et ainsi ils obtinrent dans l'Eglise universelle une autorité qu'ils n'auraient jamais eue sans cela. (!)
Que le sixième concile œcuménique, tenu à Constantinople, vers l’an 680, et dans lequel l'erreur du monothélisme fut condamnée, ait élé réuni, présidé et confirmé par le Pape saint Agathon, cela est indubitable. Quand il s’agit de le convoquer, l’empereur Constantin Pogonat s’entendit avec ce Pontife, qui y envoya ses légats. (Ceux-ci occupèrent la place d'honneur, présidèrent le concile, prirent les premiers la parole pour :xposer le but et la marche de l'assemblée, et donnèrent lecture de la profession de foi émise par ce saint Pape dans sa lettre aux évêques ; cette lettre fut accueillie avec bonheur par les prélats qui y souscrivirent et l’opposèrent à l’hérésie monothélite ; ils la regardaient comme écrite sous la dictée même de Dieu. Sur la demande des évêques, Agathon confirma, par l'autorité de saint Pierre, les décrets qui avaient été faits dans celte illustre assemblée.
In’y a qu'à ouvrir la collection des conciles, pour voir que le septième et le huiiième concile œcuménique ont été convoqués par les Papes Adrien I et Adrien IT, que ces Pontifes les ont présidés par des légats et qu’ils leur ont apposé la sanction de leur
(1) Evagr., 1. VI., c. 34; Photius, Livre des Synodes.
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suprême autorité. C'est cette sanction qui les fit accepter par l'Eglise répandue dans tout l’univers.
Messieurs, il me semble d’une incontestable évidence que les six ou huit premiers conciles généraux ont été célébrés et confirmés pri l'autorité des Papes, quoi qu’en puissent dire nos adversaires. Le plus souvent, ce sont des évêques, ou même des prêtres et des diacres de l'Eglise Romaine, qui sont les délégués du souverain Pontife ; cela n'empêche pas qu’ils président les grandes assises de l’épiscopat catholique, et que les patriarches mêmes abaïssent leurs faisceaux devant les représentants de l’évêque de Rome. Croit-on que ces grands dignitaires auraient consenti à sacrifier leurs droits de préséance, s'ils n'avaient été convaincus de leur infériorité visà-vis du Pape? Est-il croyable que des centaines d'évèques, réunis en concile dans chaque siècle, aient renoncé volontairement à leur indépendance, et soient allés demander à un de leurs collègues d'approuver leurs décrets, de leur donner sa sanclion, si cette sanction n'avait pas été regardée comme d’une absolue nécessité? Non, les évèques n'étaient pas tous des aveugles ; il y avait parmi eux non-seulement des hommes d’une éminente piété, mais encore des intelligences d'élite, des hommes d'un profond savoir, versés dans les sciences sacrées el profanes, des hommes en état de connaître l’éten- “ e de leurs droits et de restreindre les prétentions exagérées des autres.
Cette doctrine de la primauté de l'évêque de
Rome, mème sur les conciles, n'était pas admise
seulement en Occident, mais aussi en Orient, puis- pe : que la plus grande partie des évêques qui assis- se tèrent à ces conciles, étaient des Orientaux. Les P écrivains de cette époque attestent la même chose la en maints endroits divers. C’est ainsi que l’historien re grec, Socrate, qui vivait au cinquième siècle, dit | ce que la loi ecclésiastique défend de porter des décrets : let dans les Eglises, sans l'avis de l’évêque de Rome.(!) |
Sozomène, autre historien grec de la même époque, | écrit: « Quant aux rhoses sacrées, la loi casse et de annulle tout ce qui «2: fait contre le gré de l’évèque si de Rome. (2) Théodore, surnommé le Lecteur, écri- ie vain du sixième siècle, raconte qu'un jour l’em- ne
pereur Anastase engageait fortement le patriarche de Constantinople, Macédonius, à assembler un concile pour condamner celui de Chalcédoine, et que le patriarche lui répliqua « qu’il ne pouvait rien faire sans un concile universel, auquel devrait prési-
der l’évêque de la grande Rome. » (3)
D'ailleurs l’histoire nous montre ces nombreux évèques donnant leur adhésion pleine et entière aux lettres dogmatiques des Papes ; on les entend s’écrier tous d’une voix : « Pierre a parlé par la bouche de Léon ! Pierre a parlé par la bouche d’Agathon !» Que signifient ces paroles? Elles signifient que saint Pierre était regardé comme le chef du collége
(:) H. E. L II, c. 8.
(2) H. E.L III, c, 10. y des (3) Hist. Eccl., 1. II, c. 24.
ET LES @GONCILES. 143
apostolique, la base nécessaire de l'Eglise de Jésus- Christ, le centre de l’unité, et que ses prérogatives sont devenues l'héritage de ses successeurs, les Pontifes de Rome. Voilà précisément la raison pour laquelle ils se soumettent à leurs décisions, recourent à leur tribunal pour juger les différends concernant le dogme et la discipline, et sollicitent leur approbation.
Il est une autre conséquence capitale qui découle de tout ce que j'ai dit précédemment: c'est qu’à cette époque, on ne songeait pas à des Eglises purement nationales, limitées aux confins d’un pays, ou livrées aux caprices et à l'arbitraire des souverains temporels ; on ne pensait pas qu’il fût permis de croire une chose ici, et une autre là; on jugeait, et avec raison, que la vérité révélée est une et indivisible, et doit être par conséquent la même pa outet toujours. On croyait, contrairement aux idées des adversaires actuels du catholicisme, que Jésus- Christ est vènu apporter sur la terre non-seulement une doctrine, qu’il aurait consignée dans un livre et laissée en proie aux disputes, aux passions et à l’ignorance des hommes, mais qu’il est venu fonder une société, dans laquelle doit se conserver le précieux dépôt de la vérité révélée. Il ne venait à l’idée de personne de croire que chacun pût et dût extraire des Saintes Ecritures son symbole de foi, sans autre contrôle que ses préjugés ou les faibles ressources de son intelligence ; tous se rappelaient que Jésus- Christ avait envoyé ses Apôtres non pour écrire,
mais pour prècher sa doctrine, et que cette doctrine n'est pas destinée à un seul peuple, mais à toutes les nations de la terre ; on était d'avis que saint Pierre et ses successeurs étaient la clef de voûte du grand édifice de l'Eglise, qui doit abriter tous les peuples ; on admettait une hiérarchie enseignante, dont les membres, lorsque les besoins l’exigeaient, se réunissaient en concile sous la présidence des Papes, pour maintenir partout l'intégrité et l’unité de la doctrine. Tous ces grands conziles reconnaissaient bien que Jésus-Christ est le fondateur et le chef invisible de l'Eglise, mais ils admettaient aussi un chef visibie et n’oubliaient pas qu’à saint Pierre et à ses successeurs avait été confiée la tâche de paitre tout le troupeau et de confirmer leurs frères dans la foi. Dans ces âges reculés, personne ne par. lait de l'être imaginaire et abstrait qu'on a appelé Eglise invisible, non plus que d’une société mystérieuse fondée sur le lien secret des esprits ; ces phrases sonores n'étaient pas encore connues ; l'Eglise était visible, agissait, enseignait avec autorité et professait partout la mème foi.
Voulez-vous savoir comment on est arrivé à cette Eglise invisible, veuve de la hiérarchie établie par Jésus-Christ lui-même, hiérarchie si manifestenent existante dans tous les siècles? On y a été conduit par le désir de l'indépendance religieuse, par la difficulté qu'éprouve l’homme déchu à soumettre sa raison à une autorité toujours gènante, joujours prête à mettre un freir à des erreurs qu’on ghérit, On s’en prit d'abord au chef de l'Eglise. Les
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Grecs du Bas-Empire furent les premiers à ne plus vouloir du Pape ; un patriarche leur suffisait pour gouverner chaque portion de l'Eglise. Vint ensuite la fameuse Réforme qui proclama qu'il ne devait plus y avoir de Papes, ni de patriarches, mais seulement des évèques. Plus tard, on élimina les évêques, pour y substituer des pasteurs, auxquels seraient préposés les princes de chaque pays. Certaines sectes sont allées encore plus loin; elles ont découvert que les pasteurs sont l’œuvre de Satan et elles veulent que chacun soit son propre docteur, son prètre et son prophète.
La hiérarchie se trouvait réduite à sa plus simple expression ; elle était de fait complètement anéantie et avec elle toute idée d’autorité religieuse. C'est l'Eglise invisible dont je vous parlais tout-à-lheure.
L’orgueil y trouvait son compte ; il enfantait les systèmes les plus subversifs, les plus monstrueuses erreurs ; la vérité révélée était foulée aux pieds. Chacun de ces novateurs s’est mis à scruter la Bible, se croyant sous l'inspiration du Saint-Esprit qui doit lui en manifester le véritable sens; mais les contradictions et les absurdités fourmillent dans chaque ête ; le doute s'empare des âm*s; on en vient à déchirer les Livres Saints, à en nier l'inspiration et l'authenticité ; on ne croit plus à rien. Le rationalisme devient général, et le système est jugé.
Voilà, Messieurs, comment, en dehors de l'Eglise catholique, on est arrivé à l’anéantissement de toute hiérarchie, de toute autorité en matière spirituelle ;
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