‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 27 sur 71 · VA È LM · texte numérisé non relu

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si le Pape lui-même eût approuvé une profession de foi arienne ? | |

3 Est-il croyable que l’empereur Constance ait exigé la signature de Libère à une formule que lui-mème avait déjà réprouvée, qu'il avait coudamnée aux flammes et dont personne ne pouvait garder une copie en sa possession, sans s’exposer aux peines les plus sévères? Constance était, sans aucun doute, un mauvais garnement, mais il était logique et conséquent avec lui-même.

D’autres enfin nous disent qu'il signa la première formule de Sirmium, rédigée en 351, un an avant son pontiäcat. Mais, comme je l'ai déjà fait observer, cette formule est parfaitement orthodoxe, d’après saint Hilaire lui-mème ; et par conséquent l’eût-il sighée, cela ne prouverait pas qu'il füt hérétique, mais plutôt qu'il était orthodoxe. Cette opinion, qui compte d’ailleurs peu de partisans, est très-peu probable ; car on ne voit pas comment l’arien Constance aurait exigé que Libère souscrivit à une formule catholique et rédigée contre l’évêque Photin.

Outre les arguments positifs que j'ai apportés en ‘commençant, et qui sont tirés de la conduite éner. gique de Libère avant son exil, il me reste à en donner d’autres qui ne sont pas moins péremptoires.

Le premier est tiré de l'historien Théodoret, (!) qui vivait au Ve siècle, qui s'appuie sur des documents authentiques, et dont l'exactitude est à l'abri de tout soupçon. IL raconte tous les détails de la

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persécution, de l'exil et du retour de Libère, ainsi que ses entretiens avec l’empereur. Or, il ne dit pas un seul mot de cette prétendue chüûte du Pape, dont la rumeur s'était répandue chez le peuple. D'où je conclus que Théodoret regarda ces bruits populaires comme destitués de tout fondement solide, et indignes de l’histoire ; ou bien que les documents tant exallés par nos adversaires, n’existaient pas encore, mais furent fabriqués plus tard ; ou bien enfin qu’il les rejeta tous comme apocryphes.

Cet argument acquiert une nouvelle force, si l’on considère le silence complet que gardent Socrate, Sulpice-Sévère et Cassiodore, sur cette défaillance de Libère ; on ne saurait, en effet, concevoir comment ils eussent omis de parier d’un fait si important, s'il avait réellement existé.

Je tire une autre preuve, en faveur de l’orthodoxie du Pontife, de sa manière d'agir après son retour de l'exil de Bérée. En effet, nous le voyons obliger les nombreux Pères du concile de Rimini de rétracter le jugement et la profession de foi qu'ils y avaient rendus; puis il refuse d'admettre à la communion de l'Eglise les semi-ariens, s'ils ne se prononcent pour la consubstantialité du Fils avec le Père. Comment expliquer cette ligne de conduite si courageuse et si ferme, s’il avait lui-même, peu de temps auparavant, professé une doctrine contraire ? [l'aurait dû au moins préalablement se réracter. Or,

l’histoire ne nous a laissé aucun vestixe de cette rétractation. Cet argument me paraît assez décisif.

Eufin, ma dernière preuve se déduit des accusa-

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tions que nos adversaires mettent à la charge de Libère, et qui se détruisent mutuellement. Si je leur demande la cause de cette chûte du Pontife, les uns me répondent avec Athanase, que ce fut la crainte de lu mort; d’autres, avec Sozomène, que ce furent les mensonges des semi-ariens; d’autres enfin, avec saint Jérôme, que ce furent les ennuis de l'exil, ou les sollicitations de Fortunatien d'Aquilée.

Si je leur demande l’époque où eut lieu cette chûte de Libère, les uns me disent avant l'exil; d’autres, après une, ou deux, ou même trois années d'exil. Essayez, si vous le pouvez, de concilier toutes ces opinions discordantes. …

On m'’objectera peut-être que ces divergences n'affectent pas le fait en lui-même, mais plutôt sa manière d’être. Je répordrais affirmativement, si le fait était déjà certain et prouvé par d’autres écrits authentiques ; mais comme il est très-douteux, on ne peut tirer de là aucune conclusion rigoureuse en faveur de son existence.

Si je leur demande maintenant quelle formule il a souscrite, les uns me disent que c’est {a première de Sirmium, d’autres, la seconde, d’autres, la troisième; et cependant tous prétendent être dans le vrai. D’autres ont imaginé de nov velles hypothèses et une nouvelle chronologie pour tâcher de trouver le Pape Libère en défaut ; mais tout a été inutile.

De ce que je viens de dire, je conclus 1° que la chûte du Pape Libère dans l’arianisme est dénuée de tout fondement historique ; 29° que sa conduite, pendant tout son pontificat, révèle un homme éner-

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gique, d’une foi pure, d’un attachement inébranlable à la doctrine catholique. (1)

(1) Les sources de l’histoire de l’arianisme et du Pape Libere se trouvent surtout dans les écrits de saint Athanase, de saint Hilaire, de saint Jérôme, de saint Æpiphane, de Socrate, de Sosomène, de Théodoret, et de Sulpice-Sévère. Beaucoup d'écrivains modernes ont fait des travaux importants sur ces sources. On peut citer en particulier P. Corgne, dans sa Dissertation critique et historique sur le Pape Libère ; le Cardinal Orsi, Storia eccl., t. VI, 1. XIV, n.72 ; T'illemont, Mémoires, etc. t. IV, p. 235-687, p. 737 et suivantes ; Maimbourg, S. J., Histoire de l’'arianisme ; P. Ballerini, De vi ac ratione primatus RR. Pontificum, c. 15, 88 ; le savant Bollandiste J. Stilting, Acta Sanctorum, t. VI de Septembre ; F. À. Zaccaria, Lissertatio de commentitio Liberii lapsu ; D. Constant, dans les notes qu’il a ajoutées aux œuvres de saint Hilaire ; J, B. Palma, Praelectiones historiæ ecclesiasticæ, t. I, p. IT, c. 11 et 12 ; J. M. Constant, Histoire et infaillibilité des Papes, t. I, p.210, etc. ; Walch, Histoire des hérésies, part. Il, p. 385, etc ; Mœæhler, Athanase-le-Giand et l’Eglise de son temps, traduit par Cohen, 3 vol., Paris, 1844 ; le Comte de Broglie, L'Eglise et l'empire romain au quatrième siècle.

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