‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 34 sur 71 · ET LE MONOTHÉLI.ME · texte numérisé non relu

ET LE MONOTHÉLI.ME

Les empereurs d'Orient avaient une manie qu'on pourrait considérer comme héréditaire chez eux: c'était la manie de dogmatiser, de s’'ériger en théologieus, de vouloir faire de leurs opinions religieuses des articles de foi, de vouloir assujettir l'Eglise à l'Etat, et commander au Pape, à l’épiscopat et aux consciences catholiques, comme on commande à un corps de troupes.

Il senmible que les invasions successives et sanglantes des Perses et des Arabes mahométans, auaient dù inspirer aux empereurs byzantins une crainte salutaire et un vif désir de se rattacher au tronc vigoureux de la foi romaine, pour y puiser la sève de la vérité et de la vie. [Il semble qu'ils devaient au moins concentrer leurs efforts pour repousser les dangers sérieux qui menaçaient l’empire, et que toute querelle religieuse devait être écartée dans un moment aussi solennel ; mais on eùt dit qu'ils avaient un bandeau sur les yeux ; rien ne put les empêcher de se jeter au milieu de la mêlée. Héraclius lui-même, l’un des plus sages souverains du Bas-Empire, se laissa emporter au milieu du tourbillon des questions religieuses; il publia son Ecthèse ou profession de foi (638), et devint l’un des fauteurs de l’hérésie monothélite. Peutêtre aussi voulait-il, pour des motifs politiques, réconcilier les monophysites avec l'Eglise catholique et par là affermir l'empire d'Orient au dedans et au dehors; le fait est qu'il n’atteignit pas ce but.

Vous vous rappelez, sans doute, que les euty-

chiens ou monophysites avaient été condamnés au concile de Chalcédoine (451), et que ce concile avait défini qu’il n’y a dans le Christ qu'une seule personne en deux natures, sans mélange, sans changement, sans séparation, sans division. Définir la dualité des natures, c'était définir implicitement qu'il y a en Jésus-Christ deux volontés, deux opérations. Les eutychiens, mécontents de se voir ainsi anathérmatisés, cherchèrent à cacher leur erreur sous une formule nouvelle. Ils reconnurent bien qu'il y avait deux natures en Jésus-Christ, mais jls rejetèrent implicitement cette doctrine en ne voulant admettre qu'une seule opération, qu’une seule-volonté. C'était un moyen de paraître approuver le concile de Chalcédoine, sans renoncer néanmoins à leur ancienne erreur. £e peuple ne pouvait guère découvrir l’élément hérétique caché sous cette formule ; mais les prélats eutychiens la caressaient du regard comme une vieille amie, qui s'est affublée d’un nouveau costume. Il estévident que le monothélisme n'était qu'un rejeton du monophysitisme; l'erreur plus récente d’une seule volonté en Jésus-Christ découlait de l’ancienne, qui n'admettait qu’une nature. Les monothélitesnedisaientpas si cette unique opération, si cette unique volonté était divine, ou humaine, ou un mélange des deux: de là, une équivoque qui donnait lieu à des divergences d'opinion.

IL est assez probable que Sergius, patriarche de Constantinople, favorisé par l’empereur Héraclius, fut l’auteur de la nouvelle hérésie. Il s’appuyait sur des passages mal interprétés de saint Denys

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