‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 35 sur 71 · D OS, DS · texte numérisé non relu

D OS, DS

ET LE MONOTHÉLISME. 229

l'Aréopagite et de saint Cyrille, et prétendait que ni les conciles, ni les Papes n'avaient enseigné deux volontés en Jésus-Christ. Plusieurs lettres qu'il écrivit à Théodore de Pharan, au monophysite George et autres, lui obtinrent des réponses favorables ; tous affirmaient que de l'unité de la personne du Christ découlait nécessairement l'unité d'action et de volonté. Grâce à la protection impériale, les trois siéges d'Alexandrie, d’Antioche et de Constantinople furent occupés par des mouthélites.

Ils rencontrèrent un terrible adversaire dans le moine Sophrone, qui fut élevé plus tard sur le siége patriarcal de Jérusalem (63%. Il {es supplia, mais en vain, de ne pas publier une semblable doctrine. Retiré dans son monastère, il continua ses recherches sur cette importante question, et démontra par six cents textes tirés des saints Pères, que l'Eglise entière avait toujours attribué deux volontés à Jésus-Christ, l'une divine, l’autre humaine. Une fois élevé en dignité, il agit avec encore plus d'énergie, et anathématisa dans un synode les partisans de la nouvelle doctrine. |

Sergius futeffrayé de Paititude menacante de Sophrone et du puissant parti qui lappuyait; il vit bien que son autorité serait insuffisante pour lutter coulre un jouteur aussi redoutable. [1 écrivit en toute hât: au Pape Honorius ; la prudence et l'habileté ne lui faisaient pas défaut. Sa lettre louait avec exagéralion le retour général des monophysites à l'Eglise ;

il disait qu'il serait dur de réduire à l'apostasie tant de millions de chrétiens pour un seul mot, dont on avait fait la condition de lunion, d'autant plus que bon nombre de saints Pères avaient fait usage de ce mot. Il ajoutait que le meilleur moyen de succès, c'était de ne parler ni d’une, ni de deux opérations dans le Christ, parce que certains fidèles croiraient qu'on annullait par là la doctrine des deux natures, tandis que les autres en déduiraient nécessairement l'existence de deux volontés contraires l’une à l’autre en Jésus-Christ.

Honorius, qui croyait à la bonne foi de Sergius, lui écrivit successivement deux lettres, dans lesquelles il expose la véritable doctrine ; cependant pour le bien de la paix, il pense qu'il vaut mieux s'abstenir de parler d’une ou de deux opérations en Jésus-Christ.

De Ià, la grave accusation d'hérésie qu'ont portée contre lui les gallicans, les protestants et autres ; de là, les censures dont le sixième concile l’a frappé, ainsi que tous les monothélites ; de là, les arguments qu'on en a tirés contre l’infaillibilité des souverains Pontifes.

Nous avons à examiner aujourd'hui si le Pape

. Honorius a fait cause commune avec les monothélites.

D'abord, quelles sont les différentes opinions sur cette question ? IL y a des catholiques qui prétendent que les documents sur lesquels repose l’accusation portée contre Honorius, et surtout les açtos

Be

ET LE MONOTHÉLISME. 231

du sixième concile, ont été interpolés par les monothélites. Tels sont Mgr. Tizzani, (1) l'abbé Corgne,(?) Mamachi, (3) Bellarmin, (*) Baronius, {5) etc.

D'un autre côté, les adversaires de l'infallibilité

| à des Papes admettent l'authenticité des documents et | soutiennent qu'ilonorius est tombé dans l'hérésie l du monothélisme. Tels sont les Centuriateurs de ) ° Magdebourg, Spanheim, l'asnage, de la Luzerne, M ete.

L La plus grande partie des érudits catholiques, au contraire, tout en admettant l'authenticité des docu- 1S, ments, prétendent qu'ils ne prouvent pas du tout ès- l’hétérodoxie d'Honorius. Tels sont Thomassin, (*) nt Jean Garnier, (7) Noël Alexandre, (5) le card. Orsi,(?) uX Muzzarelli, (10) Bottalla, S. J.,(11) Palma, (12) Mgr. Dr. ons champs, (13) Dom Guéranger, (14) les savants rédacteurs de la Civiltà Cattolica, etc. Bien que la pre-

tée (1) Hist. des conciles, t. 1., p. 403, etc.

es ; (2) Dissert. critique sur le monothélisme.

ppé, (3) Orig. et antiq. christ., t. VI. '

re (4) De summo Pontifice.

des | (5) Annales, ad annos 633,680. *

(5) Dogmata theologica.

(7) Diss. IT ad Libr. diurnum KR, Pontiticuun.

ape (8) Hist. eccl. saec. VIT, diss. If, de Honorii damnatione in

ihé- synodo VI œcum., t. X.

(9) De R. Pontificis infallibilitate, t. I, part. I, L 1. (10) De auctoritate RR. Pontif, t. Il.

(11) Pope Honorius before the tribunal of reason and history, London, 1868,

(12) Praelect. hist. eccl., t. I, p. 445-485. (13) Lettres au R. P. Gratry, Paris, 1870.

(14) La monarchie pontificale, p. 188.

sur

ten- CCuaçles

E PE ef pu er D à < EE EU ne

ne

mière opinion ne soit pas dénuée de toute probabilité, cependant c’est à cette dernière que je donne mon adhésion, persuadé que c’est la seule qui reflète tous les caractères de la vérité historique.

Je commence par démontrer que les documents en question, c’est-à-dire, la lettre de Sergius à Honorius, les deux lettres d'Honorius à Sergius, et les actes du sixième concile, sont authentiques ; puis je ferai voir que,néanmoins, Honorius n’est pas tombé dans l’hérésie, et que le sixième concile ne l’a pas condamné cothme hérétique formel, mais seule. ment comme coupable de négligence.

L On doit considérer comme authentiques des documents qui ont été regardés comme tels, et par les Pères du sixième concile, et par les autres écrivains ecclésiastiques de cette époque, des documents que toutes les règles de la saine critique nous font un devoir de considérer comme l'œuvre de ceux à qui on les attribue. Or telles sont les lettres de Sergius et d'Honorius.

En effet, dans les sessions XIle et XIe du sixième concile, on lut les lettres de Sergius à Cyrus et à Honorius, ainsi que celles d'Honôrius à Sergius, et de Pyrrhus, évêque de Constantinople, au Pape Jean IV.

La lecture de ces lettres se fit sans aucune réclamation. D'où je conclus que tous les Pères du concile en admettaient alors l’authenticité.

De plus, George, évêque de Constantinople, voyant qu'une éternelle flétrissure allait s'attacher au nom

Le

ET LÉ MONOTHÉLISNE. 233

et à la mémoire de son intime ami, Sergius, ordonna d'apporter la lettre autographe de Sergius à Honorius, que l’on conservait dans les archives de l'Eglise de Constantinople, et de la confronter avec la copie qu'en avait apportée de Rome le légat du Pape, saint Agathon. On les trouva parfaitement identiques. Ilest donc bien évident qu’à l'époque du sixième concile, c'est-à-dire, une quarantaine d’années après qu'Honorius fut descendu dans la tombe, la lettre de Sergius existait et à Rome et à Constanunople, et, qui plus est, parfaitement identique en ces deux endroits.

Mais, dit-on, cette lettre a pu ètre forgée. Par qui? Par les Grecs? Mais comment les Grecs auraient-ils pu en glisser un exemplaire dans les archives de l'Eglise Romaine, sans que personne s’en aperçût, même à Rome? Le fait n’est guère admissible. Parles Latins? Mais comment pouvait-elle figurer dans les archives de l'Eglise de Constantinople ? D'ailleurs, l’évèque George n'avait pas le moindre doute sur l'existence de la lettre de Sergius à Honorius; il craignit seulement qu’elle ne füi interpolée, et c’est pour cela qu’il demanda de colialionner la copie sur l'original ; on les trouva conformes.

Cette lettre de Sergius à Honorius, renfermant des opinions monothélites, il est clair que l’interpo lation, s’il ÿ en avait, ne pouvait tirer son origine que des partisans de cette secte, à Constantinople ; et alors il est impossible d'expliquer comment cette

Re

lettre avrait été interpolée, mème dans les archives de l'Eglise Romaine, Donc, à cette époque, le texte de cette leitre était intact.

Ajoutez à cela que Sergius est regardé comme le père du monothélisme ; sa lettre s’en ressent; quel eût donc été le but de cette interpolation ? Impos. sible d’en assigner un qui soit satisfaisant. ° Ce qui doit confirmer dans cette idée, c'est que les lettres d'Honorius répondent exactement à celle de Sergius, et approuvent la ligne de conduite qu’il y proposait. Donc si la lettre de Sergius a été corrigée et augmentée, il faut que celles d'Honorius l’aient été de mème. Or cela n’est pas du tout prouvé, d'admets volontiers que les monothélites étaient assez audacieux pour jouer le rôle de faussaires et qu'ils l’ont même joué fort souvent; mais il reste encore à établir qu'ils l’aient été en cette circonstance; il y a une éi:orme différence entre être capable d’un crime et commettre ce crime.

Je crois pouvoir démontrer que les lettres d'Honori * Sergius sont authentiques et non interpolées. ° et, les légats du Pape saint Agathon au sixième

agile avaient intérêt à ce que les nouveaux sectaires ne vinssent pas à déverser la calomnie sur les souverains Pontifes ; ils y miren: aussi beaucoup de zèle, et lorsque l’on voulut produire des pièces apocryphes, que les monothélites attribuaient au cinquième concile et au Pape Vigile, pièces qui favorisaient les idées des novateurs sur l'unité d'opération en Jésus-Christ, tous, légats et évèques, se récrièrent

ET LE MONOTHÉLISME. 235

vivement contre cette criminelle audace des faussaires. Les mêmes protestations se firent entendre contre certains témoignages des Pères que citaient les monothélites. Comment donc se fait-il qu’il n’y ait eu aucune réclamation à la lecture des lettres d'Honorius ? Pourtant les légats soupconnèrent qu'il pût y avoir fraude, ei pour plus de sûreté, ils collationnèrent ces lettres lues devant le concile avec les copies qu'ils en avaient apportées de Rome; on trouva encore identité parfaite. D'où je conclus que ces lettres sont authentiques.

Les écrivains contemporains affirment Ja même chose. Le Pape Jean IV (640-642), dans l’Apologie d'Honorius adressée à l’empereur Constantin, fils d'Héraclius, fait mention de la lettre de Sergius ainsi que de la réponse d'Honorius par laquelle il soutenait qu'il ne faut pas admettre en: Jésus-Christ deux volontés contraires. Donc ce Pontife admettait l'authenticité de ces documenis ; autrement il n’aurait, certes, pas pris ce moyen de défendre Honorius.

C’est aussi ce que nous l'ouvons consigné dans les écrits de saint Maxime, martyr, (!) et dans les actes du sixième concile, sess. VIIF.

Ici se présente une autre question importante. Les actes de ce sixième concile tels que nous les avons maintenant, sont-ils authentiques ?

Les uns, et c’est le petit nombre, répondent négativement et par là coupent court à toutes les difficultés au sujet de l’orthodoxie d'Honorius.

(1) Dialogue avec Pyrrbus le monothélite.

pm aqua et saner era fan

Mais celle opinion est généralement rejetée par les critiques. Le sentiment contraire paraît prévaloir partout et j'y donne mon adhésion pour les raisons que je vais exposer.

D'abord il ne faut pas oublier que ie sixième concile a été célébré vers l'an 680, environ quarantedeux ans après la mort d'Honorius; par conséquent plusieurs Pères du concile pouvaient avoir eu connaissance parfaite de l'affaire d'Honorius avec les monothélites.

Dans les actes de ce conc 1e, on dit souvent anathème à Honorius ; —nous verrons plus tard dans quel sens ; - mais je demanderai à ceux qui soutiennent que les actes de ce concile ont été interpolés, et qu'on y a glissé le nom d’Honorius, je leur demanderai quand à eu lieu cette fraude ? Est-ce pendant le concile même ? Evidemment non, puisque, s’il n’eût pas été question d'Honorius, les Pères auraient bien remarqué de suite, à la lecture des actes, que son nom y avait été frauduleusement introduit. |

D'ailleurs les patriarches et les évêques avaient amené avec eux leurs notaires, qui recueillaient et copiaient les décrets du concile, afin de pouvoir les emporter avec eux à leur retour. Naturellement les légats du Pape dûrent en faire autant ; ils se procurèrent une ropie exacte et authentique de ces décrets, d’aborû pour la garder dans les archives de l'Eglise Romaine, et aussi pour en obtenir l’approbation et la confirmation du Pape Léon If, qui avait succédé à saint Agathon.

ET LE MONOTHÉLISME. 237

Or le Pape Léon IT a certainement lu les actes de ce concile, avant de les approuver. S'il y a trouvé le nom d'Honorius parmi ceux qui furent anathématisés par le concile, j'en conclus la vérité de ma thèse, c'est-à-dire, l'authenticité des actes. S'il ne l'y a pas trouvé, alors revient la question de savoir comment ce nom apn v être introduit plus tard. Ne vous semble-t-il pas incroyable que la main du faussaire ait pénétré jusque dans les archives de l'Eglise Romaine ? Vous paraît-il probable qu'on ait pu introduire le nom d'Honorius en douze endroits différents des actes, sans que personne l'ait remarqué ? Ce n’est pas tout ; il ne suflisait pas d'interpoler un manuscrit, il fallait les interpoler tous ; car autrement les variantes eussent trahi une fraude honteuse et auraient fait manquer le but de l’auteur. Or, il me parait incroyable que cette interp lation générale ait pu avoir lieu, et, si elle n’a pas été générale, impossible d'admettre que les seuls manuscrits interpolés sont arrivés jusqu’à nous. Impossible donc de démontrer quand et par qui aurait été faite cette frauduleuse insertion du nom d'Honorius dans les actes du concile.

De ce que je viens de dire, je conclus que la lettre de Sergius à Honorius, ainsi que celles d'Honorius à Sergius et les actes du sixième concile sont authentiques,

Page 1