IL. Nous abordons maintenant une question fort
grave, et qui touche au cœur même de notre sujet. La voici: le Pape Honorius est-il tombé dans
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l’hérésie du monothélisme ? Je répouds : Non.—Ici je me trouve à avoir pour adversaires une foule d’écri. vains hostiles à l'Eglise catholique. D'un autre côté, j'ai pour m'appuyer les hommes les plus éminents par leur savoir et leur érudition. |
J’apporte de suite les preuves de ma thèse. Voyons d’abord les témoignages flatteurs que rendent à l’orthodoxie d’'Honorius les Papes, ses successeurs, qui ont gouverné l'Eglise depuis sa mort (638) jusqu’au sixième concile (636) ; il avait occupé le trône pontifical pendant treize ans ; son nom, sa doctrine, sa vie n'étaient pas du domaine de l'histoire ancienne ; la plupart de ces Papes l'avaient vu euxmêmes sur le siége de Rome.
Jean IV, qui fut élevé au souverain pontificat, deux ans seulèément après la mort d’'Honorius, voyant que les monothélites abusaient de la lettre dé son prédécesseur à Sergius, voulut faire une enquête solennelle sur sa doctrine. Voici ce que répondit, sur ce sujet, le sécrétaire même d'Honorius, le saint Abbé Jean, qui avait écrit à Sergius de la part du Pape: «Sergius ayant écrit que que. ,ues-uns admettaient en Jésus-Christ deux volontés contraires, nous dimes que le Christ n'avait point ces deux volontés contraires, savoir, celle de la chair et celle de l’esp.,4, comme nous les avons nous-mêmes depuis le péché, mais que sous le rapport de l’humanité il n'avait que la volonté naturelle.» De ces témoignages, Jean IV conclut, etaver raison, que les hérétiques ont abusé des paroles d .!'orius, qui sont parfaitement orthodoxes,
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Si Honorius eût été hérétique monothélite, le Pape saint Martin I, qui gouverna l'Eglise onze ans seulement après la mort d'Honorius, n'aurait pas pu affirmer, en plein synode, que tous ses prédécesseurs avaient repoussé avec constance et fermeté l'erreur de ces sectaires. Tous l’avaient connu ; tous avaient vécu avec lui ; est-ce que le Pape saint Martin I eùt pu proclamer un mensonge évident, en face de témoins oculaires, en face même des monothélites qui existaient encore, qui avaient essayé de le convertir à leurs idées, et qui, n'ayant pu y réussir, le reléguèrent sur la terre de l'exil? Pourquoi ses adversaires ne se prévalurent-ils jamais de l'exemple d'Honorius pour convaincre saint Martin de mensonge ou l’entrainer à leur parti ?
Si Honorius avait enseigné le monothélisme, le Pape saint Agathon (678 682) ne pouvait pas écrire que par la protection de saint Pierre, le Siége Apostolique n'avait jamais dévié de la voie de la vérité, ni donné aucun gage à quelque erreur que ce fût. (1) Comment pouvait-il ajouter que tout le monde reconnait que ses prédécesseurs n’ont jamais cessé de confirmer leurs frères dans la foi ? Comment pouvait-il écrire en particulier, au sujet du monothélisme, les paroles suivantes : « Dès que les évèques de Constantinople tente:.at d'introduire dans l'Eglise immaculée du Christ cette nouveauté hérétique, mes prédécesseurs, instruits par les docwines du Seigneur, ne négligèrent jamais de les prier et de les conjurer d'abandonner cette erreur,
au moins en se taisant?» Ces dernières paroles ne peuvent se rapporter qu’à Honorius parce que ce fut lui qui prescrivit le silence et qui occupait le Saint- Siége, lorsqueles évêques deConstantinople tentèrent d'introduire dans l'Eglise cette nouveauté hérétique. D'ailleurs il est peu croyable que saint Agathon eût été assez audacieux pour débiter pareil mensonge à l'empereur Constantin Pogonat, si réellement Honorius avait erré dans la foi. L'empereur était, ce semble, trop à portée de juger de la vérité des paroles du Pape, pour que celui-ci se permit une telle effronterie. ; |
Comme le monothélite Pyrhus, dans son Dialogue avec saint Maxime, martyr, apportait l'autorité d'Honorius pour soutenir l’unité de volonté en Jésus- Christ, le saint lui répond qu'il fausse le sens des paroles d'Honorius. Puis il l’appelle le divin Honorius, affirme qu’il n'a jamais adhéré à l’hérésie monothélite, et met son nom parmi ceux des Pontifes qui ont combattu le plus vaillamment l'erreur. Or, saint Maxime aurait certainement gardé le silence sur Honorius, s’il et eu le moindre soupçon sur son orthodoxie, ou du moins se serait-il abstenu d'en faire une mention si honorable, Il faut donc, ou bien rejeter le témoignage positif de ces écrivains contemporains, où admettre son orthodoxie.
Mais, disent nos adversaires, ce sont les lettres mèmes d'Honorius sur cette question, qui doivent
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baser notre jugement.—Fort bien, leur répondrai-je, il est facile d: vous suivre sur ce terrain.
Pour mieux comprendre la portée de ces lettres du Pape, il est opportun de se rappeler celle que lni avait écrite le patriarche de Constantinople.
Sergius lui disait d'abord qu'un rand nombre d'eutychiens où monophysites étaient revenus à la foi catholique, par les soins et le zèle de Cyrus, patriarche d'Alexandrie ; que ce dernier avait fait un ouvrage, dans lequel il enseignait ne seule opération en Jésus-Christ ; que l’'évèque de Jérusalem, Sophrone, avait attaqué celte doctrine, et que luimême (Sergius) avait conseillé à Cyrus de s'abstenir de parler d’une ou de deux opérations. Puis il lui exprimait la crainte que beaucoup d'hérétiques cu-
tychiens ne voulussent revenir à la foi catholique, si
l'on enseignait deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ; il suffisait donc de s’en tenir aux définitions des conciles précédents et de garder Le si. lence sur cette nouvelle question. Enfin il terminait en demandant le sentiment du Pape sur ce sujet.
Il est bon de noter de suite que Sergius ne demandait aucnne définition de foi; il manifestait seulement le désir de savoir s'il ne serait pas plus avantageux de s'abstenir de parler d'une ou de deux opérations en Jésus-Christ,
Honorius dut se contenter d'accéder à la demande de Sergius ; aussi l’assentiment donné à cette mesure de prudence, que lui suggérait le perfide patriarche
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Voici ce qu'il dit, à ce sujet, dans sa premiere lettre à Sergius: «Si quelques-uns ont dit une ou déux opérations, il ne faut pas en faire un dogme de l'Eglise; car ni l’Ecriture, ni les conciles ne paraissent avoir examiné cette question. » Et plus loin, il ajoute : « Nous devons donc rejeter les mots nou veaux qui scandalisent les Eglises, de peur que les simples, choqués du terme de deur opéralions, ne nous croient nestoriens, et qu'ils ne nous pensen! eutychiens, si nous ne reconnaissions en Jésus: Christ qu'une seule opération.» Il écrit encore : « Nous vous exhortons en conséquence à éviter l'expression nouvelle d'une ou de deux opérations, etc.
De ces paroles je conclus qu'Honorius n'a aLsolument rien défini au sujet de l’unité ou de la dualité des opérations en Jésus-Christ, et qu’il a seulement approuvé la ligne de conduite que voulait suivre Sergius, c'est-à-dire, garder le silence sur cette question. Or, donner l’ordre de se taire sur une question n’est pas enseigner l'hérésie ; ce n’est pas parler ex cuthedrd; ce n'est pas proposer à la croyance des fidèles un artick de foi. Donc Honorius, n'ayant rien défini, n'a pas pu enseigner cr cathedrä, ni, par conséquent, errer comme chef de l'Eglise.
Les lettres mêmes d'Houorius à Sergius sonl un témoignage encore vivant et irréfragable de Ja pureté de sa doctrine en cette matière, Ces!
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ansi que, dans sa seconde lettre à Sergius, il dit que «nous devons confesser que les deux natures opèrent et agissent chacune avec la participation de l'autre, ia nature divine opérant ce qui est de Dieu, la nature humaine exécutant ce qui est de la chair, sans division, sans confusion, sans que Ia nature diviue soit changée en l’homme, ni la nature humaine, en Dieu, mais les différences des natures demeurant entières. »
Rien ne saurait être plus conforme à la doctrine catholique, contenue dans les définitions du concile de Latran (649), du sixième concile, et de la lettre de saint Léon aux Pères de Chalcédoine ; il admet deux natures distinctes en une seule hypostase et opérant toutes deux, l’une, les choses divines, l'autre,
les choses humaines; c’est tout simplement la contre-