ET LE MONOTHÉ ME
catholiques sur la question d'une ou de deux opéra. tions en Jésus Christ.
III, Mais j'entends le Père Gratry et tous les gallicans nous faire une terrible objection. La voici : celui qui a été condamné parmi les monothélites, dans le VIe, je VIfeet le VIII concile général, doit ûtre mis au nombre des hérétiques. Or, Honorius a été condamné comme tel dans ces trois conciles, à cause de ses lettres à Sergius. Donc Honorius doit certainement être rangé parmi les hérétiques monothélites. Or il est défendu sous peine d’excommmu: nication de contredire les définitions des conciles, Done ceux qui nient qu'Honorius a été hérétique, tombent sous le coup de l’excommunication.
Telle était la conclusion étrange, pour ne pas dire davantage, qu'avait tirée le Pere Gratry contre Mgr. Manning, Archevèque de Westminster, et contre “eux qui partageaient ses opinions. Il est vrai qu'il la retira ensuite dans le cours de la discussion, mais ilmaintint le fond de son objection prétendue colos. sale,
Qu'Honorius ait été condamné par le sixieme concile, qu'on lui ait dit anathème, que cet ana thème ait été répété par les conciles suivants, c’est ce qu'admettent tous ceux qui soutiennent l’authenuticité des actes du VIe concile œcuménique. Cette condamnation est exprimée formellement dans les sessions XIILe, XVIe et XVITL, ainsi que dans la lettre synodale adressée par les évêques, après le même concile, au souverain Pontife saint Aga-
thon. (1) Elle se trouve également énoncée dans la lettre de confirmation, que le saint Pape Léon Il donna à ce concile, ainsi que dans les paroles d'A drien IL (867-872) au concile de Rome. Elle est confirmée par l’édit de l'empereur Constantin Pogonat, qui ordonne l'exécution des décrets du VE concile, auquel il avait assisté ; par les paroles du Vénérable Bède (731) dans son livre des Six âges du monde, et par celles d’Anastase-le-Bibliothécaire (886), dans son Collectanea ad Joannem Diaconum.
Cette opinion ne m'est pas particulière ; c'est celte le presque tous les critiques actuels ; c’est celle qu'ont soutenue pendant le concile du Vatican et Mgr, l’Archevèque de Malines, et Mgr, Manning et Dom Guéranger et la Civillà-Cattolica, et presque tous les autres qui se sont occupés de la question ; c'est celle qu'enseignait encore au Collége Romain, l’année dernière (1872), le savant Père Palmieri. (2) Il dit à ce sujet : « Nous ne saurions être de l'avis de ceux qui nient, ou qui doutent qu'Honorius ait été condamné au sixième concile comme hérétique.» (#) L'opinion qui regarde tous ces documents comme travaillés par la main d’un faussaire, bien que nou dénuée de toute probabilité, me paraît cependant beaucoup moins probable que celle que je soutiens
Pour résoudre les difficultés qu'on nous propose,
(!) Labbe, Collect. conc., t, VI.
(#) De R. Pontifice, p. 558.
(*) ‘‘ Lis nobis consentire non licet, qui negant vel dubitant quod Honorius in synodo VI fuerit damnatus ut haereticus.”
tant
LE e.
ÉT LE MONOTHÉLISME. 219
il suffit de remarquer que saint Agathon, dans sa lettre au concile, n’a pas pour but d'énumérer tous les monothélites, mais se lement les principaux ; car autrement il faudrait aouter de la condamnalion, cependant bien certaine, de plusieurs hérétiques, tels que Macuire, Etienn:, Polycronius, etc. Remarquons encore que les Pères du sixième concile jugérent Honorius d'après les lettres qu'il n’avait pas rétractées, lettres dans lesquelles il avait prescrit d'observer un silence dont les hérétiques avaient tant abusé pour propager leur erreur.
Mais, me direz-vous, comment concilier vos deux assertions? Vous soutenez qu'Honorius n’est pas toinbé dans l'hérésie, n'a pas failli dans la foi, tandis que, de l’autre côté, vous «ccordez que les actes du VIe concile ne sont pas apocryphes, et qu'Honorius a réellement été condamné comme hérétique ; il semble qu’il y a dans ces deux propositions une contradiction évidente.
Honorius a été condamné, c'est vrai, muis non pas comme hérélique formel; toute sa faute est «d’avoir, comme dit le Pape Léon ÎT, manqué au devoir de son autorité apostolique, en n'éteignant pas la flamme de l’hérésie naissaute, et de l'avoir fomentée par sa négligence» (1)
Aiusi, de toutes les accusations portées contre Honorius par les Pères du sixième concile, aucune ne comporte l'hérésie formelle ; toutes se réduisent à incriminer ce Pontife de ce qu'il a suivi les conseils
(1) Lettre aux évêques d’Espagne,
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de Sergius, de ce qu'il a prescrit le silence sur :la doctrine des deux opérations en Jésus-Christ, de ce que l'erreur s’est propagée, grâce à l’audacieuse activité des monothélites et à l’obéissance aveugle des catholiques, de ce qu'il n'a pas rejeté et flétri l'hérésie dans le principe, avec le courage et l’énergie qui doivent se trouver dans le pasteur suprême ; mais nulle part vous verrez que le concile l’accuse d'avoir professé une doctrine contraire à celle «de l'Eglise. Sa négligence, voilà tout son crime, voilà ce qu'on lui reproche, et ce qui lui attire cette con. damnation.
Aussi tous les auteurs contemporains, les plus dignes de foi et les mieux renseignés sur ce qui s'était passé dans le concile, restreignent-ils les termes des
«décrets dans les limites que je viens de leur assiguer. | di
C'est ainsi que l’empereur Constantin Pogonat, qui avait assisté aux délibérations de l'auguste assemblée, partage, dans son édit, en deux classes distinctes, ceux qui ont été condamnés: les uns sont auleurs, et les autres, fauteurs de l’hérésie. C’est parmi ces derniers qu’il place Honorius.
Saint Léon IT, écrivant au roi Erwig, sépare aussi Honorius des auteurs du monothélisme. Voici ses paroles : « Tous les auteurs de cette doctrine impie,
condamnés par la sentence du vénérable concile, ont été rejelés de l’unité catholique, savoir: Théodore de Pharan, Cyrus d'Alexandrie, Sergius, Paul Pyrrhus, Pierre, anciens évêques de Constantinople,
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aussi
paul ople,
ET LE MONOTHÉLISME, 251
et avec eux, Honorius de Rome, qui consentit à laisser souiller la foi immacuiée, qui lui avait été transmise par ses prédécesseurs.»
Comme on le voit, le saint Pape distingue fort bien entre les auteurs de lhérésie qui souille la foi, et Honorius qui consent seulement à laisser souiller cette foi immaculée.
De mème, dans sa lelire aux évèques d'Espagne, il distingue entre ceux qu'il accuse de crime contre la pureté de la tradition apostolique, et Honorius qu'il accuse seulement d'avoir négligé les fonctions de sa charge, el de n'avoir pas éleint le feu de l'hérésie allumé par les autres.
Mais recueillons altentivement les paroles du mème Pape, saint Léon If, dans sa lettre de confirmation du sixième concile, lettre adressée à l'empereur et aux évèques d'Orient : «Nous anathématisons les inventeurs du nouveau dogire, Théodore, évèque de Pharan, Cvrus d'Alexandrie, Sergius, Pyrrhus, Paul, Pierre, iutrus plutôt qu'évèques de l'Eglise de Constantinople, et aussi Honorius qui ne s'efforca pas de maintenir la pureté de cetie Eglise apostolique, par l’enseignement de Fa tradition des apôtres, mais qui permit que cette Eglise sans tache fût souillée par la trahison profanes» Getle trahison profane n’est autre chose que la fourberie hérétique de Sergius, inventeur de la nouvelle hérésie dont vient de parler saint Léon.
Ces paroles établissent encore la mème distinction entre les auteurs île l'hérésie et Honorivs qui ne s’efforce pas de maintenir la purelé de la tradition apos:
tolique, Il y a une distance infinie entre l'hérésie formelle et la négligence à repousser l’hérésie ; il n’est pas nécessaire d’être théologien pour apercevoir la différence. Or le Pape saint Léon IF, à qui il appartient, comme à tous les autres souverains Pontifes, de confirmer, d'interpréter ou de désapprouver les décrets des conciles, ne donne à ceux qui concernent Honorius que l’extension que je leur ai assignée ; il condamne ce Pape pour avoir négligé d'éteindre l’hérésie, mais non pas pour l'avoir enseignée. Voilà le sens véritable de l’anathème, fixé par le législateur lui-même.
Mais le Père Gratry revient à la charge, en disant: pouvez-vous nier que le Pape Honorius ait été hérétique, lorsque vous voyez trois conciles le condamner comme tel, lorsque vous voyez les Papes, successeurs de saint Léon IT, renouveler dans leur profession de foi le même anathème contre ce Pontife ?
À cela, je réponds que je ne nie pas sa condamnition ; au contraire, je l’admets d’après ce que j'ai dit ii y a quelques instants ; mais je distingue le mot hiérétique, qui est bien vague, et qui l'était encore davantage à l’époque des conciles en question. On désiguait ainsi, non-seulement ceux qui professaient l'hérésie sciemment et opiniâtrément, mais encore ceux qui la favorisaient d’une manière quelconque, soil par leur silence et leur négligence, lorsque leurs fonctions les obligeaient d'agir, soit par la défense qu'ils prenaient des personnes et des écrits des héré- Hques, soit même parce qu'ils communiquaient avec
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ET LE MONOTHÉLISME. 253
ces hérétiques, ou qu'ils admettaient involontaire: ment leurs doctrines. Vous voyez que, sous unc mème appellation, se trouvaient comprises une foule de personnes, dont la culpabilité était bien diffé. rente, ou même nulle, lorsque la volonté n'y avait pas de part.
N’allez pas croire que j'ai imaginé cette distine. lion en faveur du Pape Honorius ; je veux prouver de suite mon assertion.
Au premier concile de Nicée, on donne le nom d'hérétiques à Théoguis et à Eusèbe de Nicomédie. Mème appellation décernée à Théodore et à Jean, au concile de Chalcédoine. Quel était donc leur crime ? C'était de n'avoir pas attaqué ouvertement les enuemis de la foi ; on ne leur fait pas d'autre reproche.
Le cinquième concile anathématise non-seulemertt les véritables nestoriens, qui s’'appuyaient sur les écrits de Théodore, de Théodoret et d'Ibas, mais encore les catholiques qui ont pris ou qui prennent leur défense.
Saint Grégoire-le-Grand, écrivant à Gonslantin, évéque orthodoxe de Milan, lui ordonne, sous peine d'asathème, de condamner ouvertement les Trois Chapitres. Et Facundus d'Hermiane dit que communiquer avec eux (avec les auteurs des Trois Chapitres), c'est assumer sur nous-mêûmes leur condamnation et devenir hérétiques.
Dans le septième concile œcuménique, tenu en #7, On frappe du mème anathème et ceux qui ne réuerent pas les saintes images, et ceux qui préleu
dent que les chrétiens les adorent comme des dieux, et ceux qui communiquent avec ces iconoclastes. La culpabilité est pourtant loin d’être la même.
Le premier concile de Latrau, tenu en 649, sous le Pape saint Martin [, reconnait que les intentions de l'empereur Héraclius, dans son Ecthèse ou profession de foi, ont pu être droites ; cependant, comme elle élait de nature à favoriser, en quelque maniere, l'hérésie imonothélite, on passe condamnation et sur l'écrit et sur l'auteur, et Le concile les appelle #mpres et héréliques.
Ces exemples suffiront pour vous faire comprendre que les mêmes qualifications, dans Ie langage des conciles, ne supposent pas le même degré de culpabilité, et que, pour être appelé hérélique, 1 n’était pas nécessaire de professer formellement l’hérésie ; il suffisait d'y avoir participé, mème d’une manière très-éloignée et quelquefois involontaire. D'où je conclus qu'Honorius a pu être condamné comme hérétique, par ces trois conciles, et l'a été en réalité, non pas pour avoir enseigné l'erreur, mais uniquement pour n'avoir pas déployé la vigueur nécessaire dans ses fonctions de chef de l'Eglise, pour n'avoir pas usé énergiquement de son autorité dans la répression de l'hérésie, pour avoir ordonné le silence sur la manière d'exprimer une vérilé et avoir ainsi contribué à la diffusion de l'erreur.
C'est à lamème conclusion que sont arrivés presque ious ceux qui onttraité cette question pendant le concile du Vatican. Dom Guéranger, AbbédesBénédic-
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ET LE MONOTHÉLISME. 255
tins de Solesmes, dit à ce sujet: « Le vrai sixième concile, celui auquel Le Pontife Romain a donné la forme nécessaire e! canonique, celui qui s'impose au respect des fidèles, a seulement flétri Honorius comme un gardicn infidèle du dépôt de la foi, mais non comme avant élé lui-môme sectateur de l'hérésie. La justice et la vérité nous interdisent d'aller plus loin. »
La Civiliu-Caliolica, savante Revue romaine, que vous connaissez déjà, écrivait également sur cette question : « Le concile (sixième) ne juge pas les écrits d'Honorius hérétiques, et ne le rejette pas luimème comme enseiguaut l'erreur. Muaisille juge coupable de l’ordre du silence, que lui avait ronseillé Sérgius, et qui permit à l'erreur de croître et de s'affermir, Cest sous ce rapport qu'il condamma Honorius. » | | “
«Il est vrai que, dans les autres formules de condamnation, le concile réunit tous les noms des condamnés, en les représentant tous ensemble comme instruments du démon, comme propagateurs de l'hérésie, comme perturbateurs de l'Eglise et ennemis de la foi. Mais chacun d'eux ne le futil pas selon le mode de sa participation au mal, les prélats orientaux comme auteurs et propagateurs de l’hérésie, Honorius comme séduit par les conseils de Sergius et gardien peu vigilant du dépôt de la foi? —[l est certain que la qualification d'hérétique n'est pas seulement donnée à celui qui professe l'hérésie, mais encore à quiconque la favorise de quelque ma-
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nicre que ce soil. Le Père Gratry s'indigne de cette assertion, mais il ne prouve par là que sou ignorance de la maxime pratique et ancienne de l'Eglise.»
La profession de foi des Papes ne dit rien autre chose que les conciles à ce sujet ; elle condamue les auteurs de lhérésie et « Honorius qui fomenta leur détestable enseignement.» C'est la répétition des paroles du sixième concile, et il suffit d'y donner la même réponse. Le septième et le huitième con: cile n'ont fait que confirmer la condamnation portés contre le même Pontife.
Le R. P. Gratry ne se tient pas encore pour battu et fait une instance. Il prétend que l'antique Bré. viaire Romain portait, du septième au seisième siècle, en termes indiscutables, la condamnation d'Honorius comme hérétique monothélite, et que, dans la réforme du Bréviaire par Clément VIIT, au com mencement du dix-septième siècle, un scribe falsifia ce livre à l'endroit de la légende de saint Léon IT, et en retrancha tout ce qui concernait la condamnation d’'Honorius.
Je réponds, avec le savant Abbé de Solesmes, «qu'il faut être plus qu'étranger à toute connaissance de l'antiquité ecclésiastique, pour s’en venir parler de Bréviaires du septième siècle. Tout le monde sail que ce que nous nommons Bréviaire, c’est-à-dire cel abrégé de l'office divin, dans lequel, outre les psaumes, les hymnes, les antiennes et les répons, figurent des leçons et des homélies, n’est pas antérieur an onzième siècle, et que c’est à peine si l’on en trouve la trace avant le douzième. On lisait, à Matines,
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usifia IL, et mni-
« qu'il se de er de e sait re cel umes, t des ar dll rou ve tines,
ET LE MONOTHÉLISME.
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l'Ecriture Sainte dans la Bible, selon la saison, les Actes des saints, dans les Passionaux, et les 6crits des Pères, dans leurs œuvres ou dans les Homiliaires. Ces leçons courtes et déterminées, dont nous nous servons, mème au chœur, sont une chose relativement moderne, et l’on ne peut s'empêcher de sourire en entendant le R. P. Gratry parler, à ce propos, du septième siècle. La bonne volonté ne lui manque pas, mais il est évidemment dépaysé. »
IL est bien vrai qu'avant saint Pie V (1568), ilexistait un livre, intitulé Bréviaire Romain, mais il n’avait recu l'approbation ni de l'Eglise, ni d'aucun Pape; le premier copiste ou le premier imprimeur venu pouvait y insérer ce que bon lui semblait, De l,uue foule de divergences dans les légendes des saints, méme dans celle de saint Léon IT, que nous indique le Père Gratrv. Dans certaines éditions anciennes, elle contient le nom d'Honorius ; dans d'autres, ce non ne s’y trouve pas, par exemple, dans deux exemplaires du Bréviaire, conservés à Solesmes, et dont l’un date de 1511.
Il n'existait pas de Bréviaire Romain, reconnu oficielement, avant saint Pie V,en 1568. Pour répondre aux désirs du concile de Trente, ce saint Pape institua une commission, chargée de revoir et de refondre tout le corps des légendes du Bréviaire, qui avaient été trop souvent compilées par des mains inhabiles. Cette commission, composée des hommes les plus doctes et les plus intègres de l’époque, entreprit ce gigantesque travail, et réussit à le mener à
si bonne fin, que la plupart des églises, auxqueiles on ne l’imposaif même pas, demandèrent à s’en ser vir, On ne jugea pas à propos de mettre Ie aom d'Honorius dans la légende de saint Léon IT. Quel mal ya-tiläcela? Je ne trouve pas l'ombre même d’une fourberie où d’une falsification, comme le prétend le Père Gratry, mais seulement un témoi nage rendu à la vérité historique. Sans doute, ni l'Eglise, ni qui que ce soit n'a prétendu que toutes les légendes du Bréviaire fussent exemptes de toute erreur historique; elles n'ont jamais été revêtues du caractère d'une doctrine infaillible ; elles sont discutables et n’ont qu'une autorité humaine. mais enfin elles sont dignes de notre respect.
Le Père Gratry tire une autre objection contre tous les Papes de la collection de: fausses Décrétales ; c’est 1, suivant lui, la source de l'accroissement du pouvoir des Pontifes Romains. Nous parlerons plus tard de ces Décrétales.
Je crois avoir passé en revue toutes les objections qu'on fait contre l'orthodoxie d'Honorius, et je ue pense pas en avoir laissé qui n'aient recu une solution satisfaisante.
Il est indubitable que la condamnation d'Honorius n'était pasabsolument nécessaire, puisqu'il n’était pas hérétique formel,et que le Pape saint Martin [ m’avait pas jugé à propos d’eu agir ainsi Cependant cette sentence du concile ne fut pas injuste, puisque, d’abord, elle a reçu la sanction du Saint-Siége, et aussi parce que sa négligence probablement involon-
ET LE MONOTHÉLISME. 259
taire, mais réelle, avait favorisé le monothélisme et nui à l'Eglise.(t) Cet anathème, porté contre Honorius défunt, avait pour effet de faire effacer son nom des dyptiques sacrés, Ce faire détruire ses écrits, d'empêcher qu'il ne fût nommé dans l'Eglise, et de flétrir sa mémoire. Cette ligne de conduite sévère, de la part du sixième concile æcuménique, produisait un heureux résultat: c'était d'inspirer aux fidèles une grande horreur pour la nouvelle hérésie, et de leur montrer combien l'Eglise avait à cœur de Panéantir. Pour rendre cette sentence, on ne considéra que les résultats fâcheux et extrêmement déplorables, auxquels avait conduit la manière d'agir d'Honorius.
Quant à la culpabilité jersonuelle de ce Pontife, je la crois absolument nulle. Son désir de voir revenir à l'Eglise les monophysites, n'avait cerlainement rien que de très-louable ; l'horizon étaii bien sombre ; il voulait conjurer de nouveaux orages, et il est bien probable que, s’il eût été obéi par les sectaires, comme il l’espérait, s'ils eussent gardé le silence sur l'unité ou la dualité des opérations en Jésus-Christ, suivant l’ordre qu'il en avait donné,
(1) ‘Les lettres d'Honorius, dit l'abbé Constant (Histoire et infaillibilité des Papes, t. 11), , innocentes quand elles furent écrites, ne l’étaient pas quand elles furent découvertes. Les circonstinces avaient changé ; les hérétiques s'étaient succédé sur la chaire patriarcale de Constantinople, et chacun, en passant, avait étendu plus loin le domaine de l'erreur. Il fallait frapper un grand coup ; le concile condamna tous les écrits qui lui furent soumis, quelles que fussent leur date et leur origine,
dès qu’ils lui parurent enseigner ou seulement favoriser l'hérésie. Les lettres d'Honorius furent de ce nombre.
'hérésie eût été étouffée à son berceau. Mais ce 1. st pas le propre des ennemis de la vérité de se taire; ils crient toujours bien plus fort que Îles autres, et si vous parvenez à arracher à leur astuce quelques instants de repos, ce ne sera que pour recommencer leurs bruvantes clameurs avec une nouvelle audace.
La question d'Honorius a toujours été le plus puis: sant boulevard de tous ceux qui ont nié lPinfaillibilité des Papes ; c'est là qu'ils se réfugiaient en dernier lieu, lorsqu'ils étaient serrés de près par leurs adversaires. Nous venons de voir la faiblesse de leur position. Ercore une fois la Papauté n’a pas laissé éteindre entre ses mains le divin flambeau de la vérité, destiné à éclairer les peuples dans leur marche vers la patrie. On a beau parcourir les immenses catacombes de l’histoire, on n’en peut exhumer le nom d’un sent Pape qui ait failli à sa divine mission, et qui ait fait mentir l’oracle divin, sorti de la bouche de Jésus-Christ mème : Pais mes agneaux, pais mes brehis; confirme tes frères dans la foi; tu es Pierre et sur celte pierre je bâtirai mon Eglise.
Je résume cette leçon en disant :
19 Que les documents, sur lesquels repose la fameuse question d'Honorius, sont authentiques ;
29 Que ce Pontife n’a absolument rien défini da:13 ses lettres, mais a seulement ordonné le silence sur l'unité ou la dualité des opérations et des volontés en Jésus-Christ ;
ET LE MONOTHÉLISME. 261
30 Que ses lettres à Sergius sont inattaquables an point de vue de la doctrine, puisqu'elles énoncent clairement et à plusieurs reprises, la vérité catho: lique des deux opérations en Jésus-Christ ;
40 Qu'il a été condamné par le sixième concile, non pas pour avoir enseigné l'erreur, ni comme hérétique formel, mais seulement pour ne pas s'être opnosé à la propagalion du monothélisme avec le zèle et l'énergie que réclamaient ses hautes fonctions de chef de l'Eglise.
90 Que, vu les circonstances exceptionnelles dans lesquelles Honorius se trouvait, il parait personnellement très-digne d'excuse et mème nullement coupable,
SEPTIÈEME LECON.
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LES FAUSSES DÉCRÉTALES D'ISIDONE MERCATOR.—LA VP'APESSE JEANNE.
Origine des fausses Décrétales. But que s’est proposé le faux Isidore en faisant cette collection. Elles sont regardées depuis longtemps comme apocryphes. L'autorité des Papes dans les causes majeures, leur suprématie sur les patriarches, sur les archevêques et sur les évêques, et le droit qu’ils ont de recevoir les appels, de confirmer l’élection des évêques et de les transférer, ne tirent pas leur origine de ces fausses Décrétales. — Légende de la papesse Jeanne. Preuves de la fausseté de ce récit. Solution des difficultés tirées d’Anastase-le-Bibliothécaire, de Marianus Scot, de Martin le Polonais, do Sigebert, de Platine, des statues d: la papesse. Origine de cette fable.
MESSIEURS
Je vous ai fait voir, dès ma premiére leçon, que les souverains Pontifes ont exercé, dans les premiers siècles du christianisme, une aulorilé suprème et incontestée sur l'Eglise universelle, parce qu'ils étaient considérés comme les successeurs de saint Pierre, comme les héritiers de ses prérogatives et de ses fonctions de chef de l'Eglise, de pasteur de tout le troupeau de Jésus-Christ. De ‘à, il résultait que les controverses concernant la foi, les mœurs et la discipline, étaient soumises à leur tribunal, pourrecevoir une solution définitive : c’est ce que je crois
vous avoir déjà démontré au moyen des faits consignés dans les annales de l’histoire.
On voit immédiatement combien fausse est l'affir. mation de certains écrivains, hostiles à la Papauté, qui soutiennent que la collection des fausses Décré. tales d’'Isidore Mercator a contribué à faire changer la discipline antique de l'Eglise et à accroitre immensément l’autorité nontificale.
Avant de réfuter cette assertion gratuite, iime parait utile de donner d’abord quelques aotions concises sur ce recueil de Décrétales.
Les Décrétales, er général, sont des lettres par lesquelles les souverains Pontifes ont résolu certaines questions de controverse ou de discipline. Elles sont nombreuses, parce que l’on recourait tressouvent à l'autorité du chef de l'Eglise, pour dirimer les affaires en litige.
Les Fausses Décrétales, Gont J'ai à vous entretenir aujourd'hui, sont celles qui ne sont pas authentiques, et qui sont faussement attribuées à certains Papes. On a donné ce nom surtout à une collection de documents ecclésiastiques (Canons et Décrétales), compilés par un inconnu dit nom d'Isidore, sur: uommé Aerculor, au Peccutor, comme on le trouve dans quelques manuscrits. Ces actes faux, au nombre de plus de cent, furent adroitement intercalés parmi les actes authentiques de la collection espagnole faite par sains lidore; le tout devait passer pour une nouvelle édition complète de l'ouvrage de ce Docteur.
Parmi ces pièces apocryphes, les unes étaient déià en cireulation avant Isidore Mercator, d'autres
de les).
SU t'uve bre rmi aole ue eur.
ient nires
paraissaient pour la premicre fois. Mais toutes sont tirécs pour le fond, du Liber Pontificalis, de l'Historia tripartita de Théodorcet, des Pères et des écrivains ecclésiastiques, des Décrétales et des Cancns postérieurs à leur prétendue date, et enfin du Bréviaire visigoth. Le grand crime du faux Isidore est d'avoir, avec des matériaux anciens et en partie authentiques, fabriqué des Décrétales et des Canors qu'il attribue aux Papes ct aux conciles des premiers sivcles ; c’est d’avoir faussé la chronologie, et d’avoir voulu revêtir de lautorité pontificale des pièces qui étaient bien, à la vérité, l'expression de la législation ecclésiastique en vigueur depuis longtemps, mais
qui ne provenaient pas des Papes, auquels il les attri-
buait. Toutefois rien ne saurait le justifier ; car
il est toujours défendu de mentir et de chercher un
appui, même pour une bonne cause, dans des do-
cuments apocryphes où qui n’ont jamais existé.
On ne connaît pas bien le vrai nom du faux l'idore ; les plus rninutieuses recherches n’ont produit aucun résultat certain. L'origine de cette collection n’est ni romaine, ni espagnole, mais francaise, Elle date de la première moitié du neuvième siècle, probablement entre les années 835 et 851.
Ces fausses Décrétales traitent de la primauté du Pape, des aroits des évêques, de leur rapport avec l'autorité métropolitaine et la société civile, des garanties données aux évêques et au clergé en général contre les persécutions dont ils peuvent être l’objet, des biens ecclésiastiques, des sacrements, du
jeûne, de la Pâque, du saint chrème, ete.
Comme le droit canonique alors existant ne trouvait dans ces Décrétales aucune loi qui ne lui fût tout à fait conforme, elles n'éveillèrent ni les soup- “ons, ni les susceptibilités de qui que ce soit, ct acquirent bientôt une certaine autorité dans l'Eglise.
IL est bien difficile de découvrir liutention qui a pu déterminer l'auteur à cette falsilication. Quelques écrivains fanatiques, tels que Mosheim, Theiner, Ellendorf, etc., ont prétendu que le faux Isidore avait eu pour but de rétablir et d'accroitre la puissance des souverains Poutifes, mais cette opinion est maintenant combattue et renversée non-seulement par les écrivains catholiques, mais encore par lus critiques protestants les plus érudits, tels que Spittler, (1) Knust, (2) Wasserschleben, (3) Gfrôrer, {#) ei.
L'hypothèse la pius probable est celle qui attribue le tout à une fraude pieuse; c'est celle qui parait le plus généralement adoptée aujourd'hui. Mæhler (5) a développé cette idée en ces termes: «L'auteur. dit-il, vivait dans un temps difficile, plein de troubles et d’angoisses; les perturbations politiques avaient ébranlé l'Eglise ; les dissentiments et les
(1) Geschichte des canon. KRechts bis auf die Zeiten des falschen Isidorus, Halle, 1778, N. 220, etc.
(2) De fontibus eb consilio Pseudo-fsidorianae collectionis comment., (Goettingae, 1832.
(3) Dissert. de patria decretaliun pseudo-fsidorianarum, Vratisl., 1843.
(4) Uchber Alter, Zweck, Ursprung der Dekretalen des
falschen isidor. In der Freiburger Zeïitschriit für Theologie, 1847, t. XVIL, ce. 2.
(5) Tübinger Quart.-Schr., 1829, 1832,
JUfût A) ot ise, hi ucs ic?
Lore Uis- 1 sl ent us que
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tionis arun,
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violences des pelits-fils de Charlemague avaient fait peser sur elle une lourde oppression; les évèques étaient violemment chassés de leurs siéges ou arbitrairement institués au gré des princes; le clergé était en pleine décadence; les tribunaux ecclésiastiques ne rendaient plus la justice, car les évêques étaient intimidés par les puissants du siècle ; la discipline, la moralité, le droit allaient disparaitre; on ne s'inquiétait plus des mesures que l'Eglise continuait de prendre contre tous ces désordres. Tout à coup, un canoniste zélé s’imagina qu’il serait utile à son siècle, s’il évoquait d'anciens et de saints Papes, d'illustres conciles des temps primitifs, s’il faisait entendre en leur nom de salutaires enseignements ; et, comme il n'existait pas de documents écrits de ces anciens Pères, de ces vieux conciles, il fabriqua des actes postérieurs à leur temps, qu’il attribua à ces personnages et à ces assemblées, dont Îles noms faisaient autorité. Son but principal était de sauvegarder la liberté de l'Eglise, qui était à ses veux la condition d’un temps meilleur. Il recueillit par conséquent un grand nombre de textes sur la liberté de l'Eglise, son émancipation de la servitude
de l'Etat, et, voyant que cette liberté ne pouvait être
défendue efficacement par les évêques livrés aux
mains et aux caprices de leurs souverains, il fit
ressortir la sainte autorité du Siége Apostolique, qui
pouvait plus facilement et plus sûrement sauvegarder la liberté de l'Eglise, dont il avait été en effet le protecteur et le garant dans les temps les plus critiques. C’est pourquoi le faux [Isidore appe-
Jait surtout l'attention sur Rome, ct faisait valoir tout ce qui, dans le cours des temps, avait constitue les privilèges de ce siége éminent. C'était à son forum que toutes les affaires importantes de l'Eglise devaient surtout se porter, parce que là seulement on pouvait espérer un jugement exempt de parlialité,»
Wasserschleben (1) dit également que «cle faux Isidore exalte la primauté du Saint-Siège, non daus l'intérèt de Rome, mais dans celui des évèques. Chaque Décrétale démontre, pour ainsi dire, qu'il ne prétendait nullement amoindrir les droits des évèques, en rehaussant la primauté de l'évêque de Rome»
La tendance qu'avait le faux Isidore à émanciper l'épiscopat, ressort encore de ce que, sur les quatrevingt dix nouveaux actes insérés dans la collection, plus de soixante-dix traitent uniquement ou en partie des droits des évèques.
Suivant Rosshirt, (2)le faux Isidore ne serait qu'un amateur de droit ecclésiastique qui, au neuvième siècle, aurait recueilli de faux documents aiors existants, de fausses Décrétales, fausses, non pas précisément quant à la matière qui aurait été inventée, mais seulement quant à la forme ; cet écrivain les aurait réunis aux actes authentiques, afin de compléter la collection des sources du droit ecclésiastique et de faire revivre les documents anciens. (1) Beitrage zur Geschichte der falschen Dekretalen, Preslau,
(2) Annales de Heidelberg, 1849,
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perdus selon lui, mais dont la teneur avait toujours eu force de loi. Dans cette hypothèse, son but aurait été uniquement celui d'un savant, qui cherche à réunir en un faisceau des ravons de lumière dispersés, afin d'éclairer davantage lPobjet de ses études.
Que ces Décrétales, attribuées surtout aux Papes des quatre premiers siècles, soient pour la plupart apocryphes, c'est ce que Lous les érudits admettent depuis longtemps, et le P. Gratry, en donnant à entendre que les catholiques re reconnaissaient pas ous la non-authenticité de ces Décrétales, a fait preuve d'une grande naïveté, pour ne pas dire davantage. En effet, déjà au quinzième siècle, le cardinal Nicolas de Cuse, et, aû seizième, les catholiques de France et d'Allemagne, démontrèrent d'une manière péremptoire la fausseté de ces actes.
Cetle non-authenticité devient évidente, si l’on fait attention que, malgré l'importance extréme de ces Décrétales, telles que consignées dans la collection, elles ne sont citées pendant les huit premiers siècles, ni par les conciles, ni par les souverains Pontifes, ni par les Pères, ni par les hérétiques, ni par ceux qui ont fait le catalogue des écrivains ecclésiastiques. On n'en trouve pas le moindre vestige au milieu des controverses et des difficuliés, pour la solution desquelles elles eussent été d’un si grand secours ; les Papes etles conciles, qui ont toujours coutume de s'appuyer sur les décrets et les exemples des anciens, n’en font pas la moindre mention : preuve
négative, mais frappante de la non-existence de ces documents à cette époque.
En outre, ces Décrétales, attribuées aux Papes des premiers siècles, devraient traiter au moins quelquefois des hérétiques de l’époque, des persécutions, des martyrs, des apostaits, etc., comme le font les autres écrivains contemporains. Or elles ne disent pas un mot de ces importants sujets.
Les différents Papes, dont les noms figurent en tôte de ces documents, ne pouvaient pas tous avoir ie même siyleécrire tous le latin d’une manière barbare, (1) citer la Sainte Ecriture d’après la Vul. gate de saint Jérôme, qui n'existait pas encore {si lon en excepte le Pape saint Damase); il ne leur était pas = sible d'apporter les témoignages des Pères et des Papes, qui leur ont été postérieurs ; ils ne devaient pas ignorer les noms des consuls qui vivaient de leur temps. Or identité de style latin et barbare, citation de la Vulgate et des Pères, qui ont existé après eux, erreurs sur fes noms des consuls: tout cela se retrouve dans ces fausses Décrétales. Donc elles sont certainement apocryphes.
Mais, tout en portant le cachet de la non-authenticité, est-ce qu’elles n’ont pas contribué à accroître les prétentions ambitieuses des Papes, et à changer la discipline de l'Eglise ? C'est ce qu'ont affirmé les gallicans et certains protestants; mais cette asser: tion est erronée, comme vous allez le voir. Je vais
(!) Les Papes du premier, du second, et peut-être même du
troisième siècle, se servaient plutôt de la langne grecque, qui était la plus usitée dans l'Eglise,
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vous démontrer, par des faits historiques, que les droits revendiqués, dans ces documents, en faveur des évèques de Rome, étaient déjà reconnus et exercés librement, longtemps avant l'existence de ces Décrétales.
Ainsi lo l'autorité des Papes dans les rauses mujeures, où de grande importance, ne tire pas son origine de la collection des fausses Décrétales, comme on a osé l’affirmer. En effet, nous voyons le Pape fnnocent I (014), plus de quatre cents ans avant l'existence du faux Isidore, écrire à Victricius, évèque de Rouen, que lorsqu'il s'agit des causes majeures, elles doivent, d’après les décisions des conciles et l'antique coutume, ëtre soumises au jugement du Siége Apostolique. Boniface F(#18- 423), dans son épitre XVe à Rufus, dit que les plus cétèbres Eglises d'Orient ont toujours consulté le siége de Rome dans les affaires importantes, et lui ont demandé secou:s et protection, [El rappelle, à ce sujet, les exemples de saint Athanase, et de Pierre, prètre de l'Eglise d'Alexandrie, qui eurent recours à Rome, pour se protéger contre les attaques dont ils étaient les victimes. [l raconte également que, pendant les deux schismes qui désolèrent l'Eglise d’Anlioche, le premier, sous Mélèce, le second, sous Favien, on consulta le Siége Apostolique, pour faire cesser cette malheureuse dissension.
La même doctrine se trouve consignée, presque dans les mêmes termes, dans la septième lettre du Pape Vigile, dans les lettres de saint Grégoire-le-
He LES FAUSSES DÉCRÉTALES
Grand à Vigile, évêque d'Arles, et à l'évêque de La. risse, dans celles de saint Léon-le-Grand, de Sixte ILE, etc. De même, saint Avit, archevêque de Vienne, dit que, dans toutes les graves questions qui touchent à la condition de l'Eglise, il faut recourir à notre chef, qui est l'évêque de Rome. Saint Jérôme atteste qu'étant autrefois secrétaire du Pape saint Damase, il avait à répondre aux consultations qui venaient de l'Orient et de l'Occident, Le même enseignement se retrouve dans la lettres de Théodoret, évêque de Cyr, à saint Léon-le-Grand, et dans celle des évèques d'Afrique au Pape Théodore, en 616. Tous font dériver cette coutume de l'époque méme des apôtres, de l'antiquité, ete. Done, de tous les pays du monde, on recourait aux Papes dans les causes majeures, à cause de leur primauté sur l'Eglise universelle, et longtemps avant l'existence du faux Isidore et de ses Décrétales.
Il en était de même pour les causes qui concernaient les évéques accusés. Les Ariens ayant condamné dans leurs synodes plusieurs évèques catholiques, tels que saint Athanase, Marcel d'Ancyre, Lucius d'Andrinople et autres, le Pape saint Jules rétablit ces derniers dans leurs siéges et réprimanda fortement les Ariens de ce que, sans le consulter, ils avaient porté un jugement sur ces évêques. (1)
2 C’est encore à tort que l’on aitribue à ces Décrétales l’origine de la suprématie pontificale sur les patriarches, les métropolitains et les évêques. Déjà
(2) Sorom. H. E. 1. IT, ce. 8.
au troisième siècle, saint Denys, patriarche d'Alexandrie, ayant été accusé d'hérésie auprès du souverain Pontife, celui-ci l'obligea d'exposer sa doctrine : ce qu'il fit sans hésiter. Elle fut jugée orthodoxe et il put continuer à gouverner l'Eglise d'Alexandrie.
Le l’ape saint Célestin en agit absolument de la mème manicre envers Nestorius, patriarche de Cons- Llantinople, ainsi que saint Léon et les autres Papes, envers Les différents patriarches.
Saint Gélase (1) écrivant contre Acace el ses sectateurs, rappelle que, d’après la coutume des ancéres, plusieurs patriarches, qu'il énumère, furent destitués par la seule autorité du Siége Apostolique, tels que Timothée d'Alexandrie, Pierre d’Antioche, tandis que d’autres condamnés injustement, furent rétablis dans leurs patriarcats, tels que saint Athanase, Jean de Constantinople, saint Flavien, etc. ”
Au troisième siècle, nous voyons saint Cyprien éerire au Pape saint Etienne, pour l’engager à déposer Marcien, archevêque d'Arles, partisan des novatiens, et à lui en substituer un autre de sa propre autorité.
Le concile de Rome, tenu au quatrième siècle, sous le Pape saint Damase, ordonne que les évêques, qui ont été condamnés par un concile, et qui veulent conserver le gouvernement de leur Eglise, s'adressent au souverain Pontife ou à ses légats.
Le Pape Zozime dépose Proculus de Marseille, qui s'arrogeait les droits de niétropolitain.
Saint Léon-le-Grand censure fortement la conduite
(*) Connnonit. ad Faustum ; Epist. ad episcopos Dardaniae,
d'Anaslase de Thessalonique, vicaire apostolique en Ilyrie, qui avait déposé Atticus, Métropolitain de Nicopolis, parce que ce dernier, tout coupable qu'il était, ne devait pas être puni avant le rescrit du souverain Pontife.
Saint Martin [ prononce la sentence de déposilion contre Paul de ‘Thessalonique.
Je n'en finirais plus, si je voulais réunir ici en un faisceau les innombrables exemples d'exercice de l'autorité pontificale sur les évèques, les métropolilains, et les patriarches, et cela bien des siècles avant que la fameuse collection eût paru dans le publie,
Le XVeetle XVIe canon du concile d’'Antioche, qui laissent les causes épiscopales au jugement des cvèques de la mème province, ou du métropolitain de la province voisine, doivent s'entendre de telle sorte qu'ils ne portent aucun préjudice au siège de Rome; c’est d’ailleurs ce qui a été confirmé par lc concile de Sardique (347), par saint Léon-le-Grand, dans la cause des deux évêques de Mauritanie, par saint Boniface I, dans sa lettre au clergé de Valence, par Nicolas I, dans ses lettres à Salomon, roi des Bretons, et aux évèques des Gaules. Mais dès que les Papes avaient rendu un jugement, ou avaient confirmé celui qu'avait porté un synode, alors les conciles provinciaux ou les métropolitains devaient le mettre à exécution, sans y modifier quoi que ce soit. Je ne nie pas qu'il y ait eu des infractions à celte loi générale, mais ce fait n’infirme nullement Ja loi elle-même. |
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3° Le droit que possèdent les Papes de recevoir les appels ne découle pas non plus des fausses Décrétales, mais de l'autorité suprème que Jésus-Christ à conférée à saint Pierre et à ses successeurs. Ce droit est déjà reconnu, en 3147, par les l'éres du concile de Sardique ; en 382, par saint Jérome ; en 407, par saint Innocent FE, dans sa lettre aux évêques du concie de Milève; en #29, par saint Célestin, dans sa lettre aux évèques d'Ilyrie ; en #49, par saint Léoniw-Grand; en 633, par l'empereur J'uslinien, dans ses lettres à Epiphance, évêque de Constantinople, et à Jean Il: par saiut Agapit, dans sa lettre à Justinien ; par plusieurs conciles d'Afrique, tenus au septième siècle, ele.
La pratique à confirmé Ja théorie. J'ai déjà rapporté daus ma première lecon un grand nombre d'appels laits au Saint-Siége, par ceux quise crovaient lésés dans leurs droits Qu'il me suflise de citer ici celui de Marcion, excommmunié en 143 ; celui de Privatus, coùdamné comme hérétique par un concile de quatre-vingt-dix évêques, en 250; celui de Félicissime, avec quatre prôtres, qui s'étaient opposés à l'élection de saint Gvprien, en 25? ; celui de saint Athanase, au quatrième sivcle ; celui de saint Jean Chrysostome, en 40%; ceux de Chélidonius et de Flavien de Constantinople, au cinquième siècle, elc.
4° Quant à la confürmationde l'élection des évêques, le Pape n'avait pas Ja coutume de la donner directement à tous, dans les premiers siècles ; pour l'Orient elle était réservée généralement” aux patriarches et aux primats, qui la donnaient, à leur tour, à
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