STD
fidèlement observée. Hildebrand en ressentit une vive impression; son âme, ardente pour Île bien, ne se contenta pas d'une vertu médiocre. Il fit vœu de pénitence et de chasteté et se livra à une étude assidue. Les progrès qu'il fit dans la science et dans la perfection chrétienne furent tels, que dès lors on put fonder sur lui, et avec raison, les plus belles espérances. Bientôt il devint prieur du mo. nastère, passa quelque temps à la cour impériale comme précepteur du fils de Henri II, et se fit partout remarquer par ses brillantes qualités.
Hildebrand voyait avec peine l'empereur Henri HI d'Allemagne donner à l'Eglise les chefs qu’il lui plaisait d'élire. Clémerit IT et Damase IT, dans leurs courts pontificats, n’eurent que le temps de montrer le vif désir qu'ils avaient de détruire la simonie et l'incontinence. A la mort de ce dernier, l'emp:reur, ne trouvant pas en Al'emagne d’évêque qui fût dévoué à ses intérèts, pour porter la tiare, fit le choix de Bruno, évêque de Toul, intime ami dés jeunes moines de Cluny : ce fut Léon IX.
Léon, se rendant à Rome, passa par Cluny, oùil arriva le jour de Noël. Hildebrand, qui avait conçu le projet, certainement bien légitime, de soustraire la puissance spirituelle à la puissance temporelle, sentait que le premier pas à faire dans cette voie, était de reudre les souverains Pontifes indépendants des princes. IL représenta à l’évêque de ‘Foul que l'empereur n'avait aucun droit d’élire les l’apes, et il ne put s'empêcher de lui dire qu'il ne pouvait pas
itit le ane nee dès plus ioriale par-
Lenri lui leurs ntrer die et mp > qui fit le
i dés
où il oneu traire relle, voie, dants L que pes, el it pas
ET SON SIÈCLE. all
accepter la dignité de suprême pasteur des mains de l'autorité séculière. Il ajouta que le seul moyen d'arracher le Saint-Siége à la servitude, c'était, en arrivant à Rome, de faire régulariser son élection par le clergé et le peuple. «Quoi, s'écriait-il, la der: uière femme du peup'e peut épouser librewent son fianco et l'Epouse de Jésus-Christ ne peut Hbrement choisir le sien !»
L'évèque, admiraleur du géuie d'Hildebrand, se rendit facilement à ses raisous, déposa les insignes de la papauté, suivant sou avis,douna touie sa cou. fiance au jeune moine, et l'emmena avec lui à Rome. Tout se passa comme Le voulait Hildebrand; le clergé et le peuple romains le proclamerent Pape. (Cette mesure, en apparence bien simple, devait cependant avoir des résultats extrèémement jinportants; elle consacrait le princine de la liberté de l'Eglise, qui ne peut exister sans la fibre élection du Pape.
Le nouveau Pontife, Léon IX, témoigna sa reconnaissance à Hildebrand, en lordonnant sous: diacre, en lui confiant l'adininistration des biens du Siège Apostolique, que des princes cupides, l'aristocratie romaine et les Normands avaient gaspillés, en le nommant abbé du monastère de Saint-Paulnors-les-murs, et plus tard nonce apostolique eu France, dans le procès de l'hérétique Bérenger.
Après un poutificat de quatre années, Léon IX descendit dans la tombe. Mildebrand ne cessa de travailler à l'extinction de la simouie et de l’incontinence des clercs, ainsi qu'à la liberté d'élection
des Papes; il voulait que le rôle de l'empereur, en cette matière, fût réduit à une pure formalité, et il y réussit.
Sous les Papes Victor If, Etienne IX, Nicolas If, et Alexandre IE, Hildebrand, qui était cardinal, fut l'âme de toutes les démarches importantes ; son activité s'étendait à tout ; il avait un coup d'œil juste et pénétrant ; c'était lui, à dire vrai, qui gouvernait l'Eglise par l'intermédiaire des souverains Pontifes, qu'il animait de son esprit, et qui réalisaient ensuite ses inspirations.
Enfin, après avoir rendu à l'Eglise des services signalés, après avoir manifesté en maintes occasions sa supériorité d'esprit, son zèle pour la répression des abus, Hildebrand fut élevé, malgré toutes ses réclamations, sur le Siége Apostolique ; il prit le nom de Grégoire VIT Henri IV, empereur d'Allemagne, consentit, quoiqu’un peu à regret, au sacre de l'élu, qui eut lieu, le 29 juin, 1033, en présence de l’im. pératrice Agnès.
Grégoire VIT n’abandonna pas le plan gigantesque qu'il s'était proposé de réaliser, et qui fut l’œuvrede sa vie toutentière. Sa pensée pourrait se résumer ainsi: « L'Eglise de Dieu doit être libre de la puissance temporelle. Le pouvoir du Pontife est de Dieu, et n’a de supérieur que celui de Dieu; il s’étend à l’enseigaement, aux punitions, aux avertissements, aux décisions à rendre; 1l s'exerce sur tous les membres de l'Eglise, qu'ils soient empereurs, rois, princes, archevêques, évêques ou abbés. Ce
en til
If,
fut |, aCuste nait ifes, suite
Fices sions sol »S SES nom
gne, l'élu,
lim.
PSŒUE rre de umer puisst de il s’é- "tisse-
tous reurs, a, Ce
ET SCN SIÈCLE. 313
pouvoir est bien plus giand que celui des souve. rains ; ce dernier est subordonné à l’autre et institué pour l’autre. La puissance apostolique est comme le soleil; la puissance royale, comme la lune, qui u'éclaire que par le soleil. Pour assurer la prospérité du monde, il faut que le sacerdoce et la royauté, l'Eglise et l'Etat soient unis, et se prêtent un mutuel seCOUrS. » |
Pour atteindre ce but si relevé, Grégoire VII devait, en premier lieu, travailler à rendre les dignitaires de l'Eglise indépendants du pouvoir temporel, dégagés des liens terrestres, et à forlifier l'autorité au Siége Apostolique sur tout le clergé ; pour cela, il fallait nécessairement abolir le droit d’investiture par les princes séculiers, et maintenir dans toute sa pureté l’antique loi du célibat ecclésiastique. Aussi: ce fut là l’objet constant des efforts de Grégoire VIT: œuvre noble, sainte, sublime, qui convenait bien à un successeur du prince des Apôtres, à un homme de génie, comme l'était ce magnanime Pontife, et à un saint qui n'eut d'autre mobile, dans sa vie, que de rendre à l'Eglise l’auréole de gloire qui devait ceindre son front.
Les relations entre l’empereur d'Allemagne et le Pape portèrent d’abord l'empreinte de la bienveillance. Grégoire se montra plein de douceur et de bonté à l’égard de Henri IV, tandis que celui-ci, par des motifs politiques, se déclara enfant soumis de l'Eglise et l’humble serviteur du Saint-Siége.
En 1074, le Pape tint à Rome un cencile assez
314 SAINT GRÉGOIRE Vil
nombreux, dans lequel on renouvela les anciennes lois ecclésiastiques, relativement à la simonie et au célibat du clergé ; les peines les plus graves devaient atteindre ceux quiy contreviendraient. Grégoire écrivit à Henri IV et autres princes, pour les engager à faire exécuter ces décrets, et à contribuer ainsi, dans la mesure de leurs forces, à ia répression des abus qui désolaient l'Eglise. Mais il ne rencontra guère que le mauvais vouloir des souverains et une opposition formidable dans le clergé d'Allemagne, de France et d'Espagne. La tristesse la plus profonde s'empara de l’âme du Pontife ; il priait Dieu ou de l'enlever de cette vie, ou de le rendre utile à la cause de la sainte Eglise, désolée par le schisme de l'Orient, scandalisée en Occident par des prélats indignes, par des princes ambitieux et sans conscience.
Grégoire reprit courage, et, en 1075, 1l assembla à Rome un second concile. Il y renouvela les décrets sur le célibat et sur la simonie, et, poussant plus loin la réalisation de son projet, il fit prohiber, sous peine d’excommunication, d'accepter des mains d’un laïque l'investiture d’un évêché ou d’une abbaye; même peine contre tout empereur, roi, duc, margrave, comte, etc., qui s’arrogerait le droit de donner l'investiture à un évêque ou à un autre dignitaire de l'Eglise.
L’einpereur était loin de voir d’un bon œil les mesures prises par les conciles de Rome; cependant la guerre qu’il avait alors à soutenir en Saxe, lui
imposait une sage et complète réserve. Bientôt la froideur commença à se manifester entre les cours de Rome et d'Allemagne ; le Pape se montrail tout à fait déterminé à mettre les décrets du concile à exécution ; il sévissait contre les prélats dont l'élection avait été entachée desimonie ; il les forçait à renoncer à leurs dignités, ou bien il les déposait impitoyablement. D'un autre côté, l’empereur, tout en se proclamant le serviteur soumis du Siége Apostolique, ne cessait de conférer les investitures par la crosse et l'anneau, vendait les évèchés au plus offrant et souillait le trône de toute espèce d'horreurs.
À cette époque, éclala à Rome une conjuretion horrible, organisée par l’ambitieux Guibert, ancien chancelier d'Italie, devenu archevèque de Ravenne, et par Crescence ou Cencius. Ge dernier s'était déjà signalé par une foule de crimes, avait été jeté en prison et ne respirait que vengeance contre le Pape, à qui il attribuait son arrestation. On devait mettre Grégoire à mort, ou le livrer à Henri IV, à qui, parait-il, le projet avait été communiqué. Les conjurés choisirent la nuit de Noël pour exécuter leur dessein. Ve Pape officiait à Sainte Marie-Majeure, dans la chapelle de Ia Crèche; peu de fidèles s’y étaient rendus, à caus: du temps orageux qu’il faisait. Aussitôt après la communion, on entendit des cris effroyables et des gémissements dans le lieu saint. C'étaient les sicaires de Crescence et de Guibert qui pénétraient l'épée à la main, massacraient tout sur leur passage et se dirigeaient vers l'autel.
316 SAINT GRÉGOIRE Vil
[ls entourent le Pape, le saisissent, le maltraitent et l’entraînent prisonnier dans l’une des tours de Crescence. Le peuple de Rome, informé de l'attentat sacrilége qui venait de se commettre, se met à la recherche du Pontife, On apprend, le matin, en quel lieu il se trouve renfermé ; on approche de la tour des machines de guerre, on bat les murailles ct l’on menace de mort tous ceux qui se trouvent avec Grégoire, s'ils ne le remettent de suite en liberté. Crescence, effrayé, se jette tout tremblant aux pieds du Pape et implore son pardon. Grégoire lui fait grâce, et lui donne pour pénitence de faire un pèlerinage à Jérusalem; mais le coupable s’enfuit immédiatement en Allemagne avec ses parisans.
Henri fut extrèmement irrité de cet échec ; sa haine contre le Pape dépassa toute mesure, el comme la guerre de Saxe venait de se terminer, il se permit encore plus facilement que par le passé de nommer aux plus hautes dignités ecclésiastiques ; il alla même jusqu'à demander la destitution de tous les évêques qui lui avaient fait opposition peudant la dernière guerre. Les représentations que lui fit Grégoire en cette circonstance, demeurèrent sans effet.
Le despotisme impérial pesait de plus en plus sur les malheureux Saxons. Dans leur détresse, ils implorèrent l'intervention du Pape; ils lui firent connaître la cruauté, l’avarice, larrogance et les honteuses débauches du prince ; ils lui exposèrent que son conseil était composé Ge gens sans çon-
science, sans honneur et sans mœurs, qui faisaient cependant avec Henri le choix des évêques et des abbés. Comme l'empire était un fief du siége de Rome, ils demandaient au Pape de choisir, dans une assemblée générale des princes, un homme qui fût plus digne de porter la couronne.
Grégoire envoya vers le prince quelques légats, chargés de lui remettre une lettre excessivement sérieuse (déc., 1075). [ls le rencontrèrent à Goslar. Henri recut avec dédain les légats pontificaux, ne voulut pas mettre en liberté les évèques emprisonnés, ni bannir de la cour ceux qui étaient frappés d’excommunication. Les légats usèrent du pouvoir que le Pape leur avait accordé pour un cas extrême ; ils déclarèrent à l’empereur qu'il aurait à comparaître, le 22? février suivant, devant un concile, à Rome, pour se justifier des graves accusations portées contre lui ; sinon, il serait frappé d’excommunication le jour même.
Henri, usant de représailles, chassa honteusement les légats et convoqua les évêques de lembpire à Worms. Tous ses partisans furent fidèles au rendezvous (24 janv., 1076) Là, on porta les accusations les plus fausses et les plus infâmes contre le Pape : c'était un hérétique, un sorcier, un conspirateur contre la vie de l’empereur, un ambitieux, un simoniaque,etc. L'assemblée prononça contre lui la sentence de déposition.
Cette sentence fut portée à Rome par un ecclésiastique italien, et Inè devant le concile que le
5 Pt SES
7 D or
Pape venait d'y ouvrir. L'indignation des prélats fut à son comble; le messager impérial ne sauva sa vie que grâce à l'intervention du l’ape. La lettre commençait en ces termes : « Henri, roi par la grâce de Dieu et non par usurpation, à Hildebrand, non pas Pape, mais faux moine»; elle se terminait par cette apostrophe arrogante : « Descends done, toi qui es frappé de l’anathème de tous les évêques, et condamné par mon ‘“ibunal, descends du Saint. Siége ! abandonne le trône que tu as usurpé. Qu'il soit occupé par un pontife qui ne couvrira pas ses violences du manteau de la religion, et qui ensei. gnera la vraie doctrine de saint Pierre ! Moi, Henri, roi par la grâce de Dieu, et tous mes évêques, nous te disons : Descends, descends du Saint-Siége !» Le lendemain, itenri fut déposé et frappé d'anathème avec ses adhérents, en présence de toute l’assemblée et de l'impératrice Agnès, qui s'était complète. ment séparée de l’empereur.
Cette sentence d’excommunication tomba comme un coup de foudre en Allemagne. La division se mit dans tous les rangs. Les partisans de Henri diminuèrent ; ils prétendirent que le Pape avait dépassé ses droits, qu'il ne pouvait pas priver un roi de son pouvoir temporel, et ils en appelaient à l'exemple des Apôtres et des premiers chrétiens, qui se soumettaient même aux puissances païennes. Le parti du Pape, admettant la prééminence de l'Eglise sur l'Etat, opposait une distinction toute naturelle entre la puissance légitime des princes et les abus du despotisme qui leur fait perdre leur pouvoir.
gné etd fut
lion
Naturellement tous les adversaires de l’empereur exploitèrent contre lui la situation désespérée, dans laquelle il s'était mis par son inqualifiable conduite, et cessorent d’avoir des relations avec cet excommunié. Une grande diète des princes, à laqnelle assistérent deux légats pontificaux, eut lieu à Tribur dans le grand duché de Hesse-Darmstadt, près du Rhin. Henri demeurait à Oppenheim, sur Ja rive gauche de ce fleuve, avec ses partisans ; il envoyait chaque jour des messagers pour traiter avec ses adversaires. On décida de prier le Pape de se rendre à Augsbourg, pour y entendre les deux partis dans une grande assemblée des princes ; toutefois, si l'empereur m'était pas relevé de lexcommunication dans un an, il serait à jamais privé de son royaume ; en attendant, il devait résider, comme simple particulier, à Spire, ne porter aucun insigne de la dignité royale, et n'avoir aucune relation avec les excommuniés. Ces conditions étaient, certes, bien humiliantes pour un souverain qui venait de traiter le Pape avec tant de hauteur et d’insolence ; il se vit cependant obligé de les accepter.
Il voulait se rendre à Rome pour se faire relever de l’anathème porté contre lui ; mais le Pape lui fit répondre qu'il partait lui-même pour Augsbourg, et qu'il l’y attendait. Grégoire se mit en route. accompa-
gné de la comtesse Mathilde, l'héroïne de son siècle,
et de plusieurs autres grands personnages; son trajet fut un triomphe continuel; il eut partout des récepons enthousiastes et royales. Arrivé à Verceil, on
ren > ANT + RATE
A FRRES TEE es
xs
l'informa de l'arrivée du roi Henri et on le mit en garde contre le perfide diplomate. Ilse retira dans le château de Canossa, situé sur une montagne, à environ trois lieues de Reggio. Après avoir passé deux mois à Spire dans l'isolement, [enri s'était décidé à venir au-devant du Pape jusqu’en Italie, pour obtenir son pardon ; il lui paraissait moins pénible de se présenter en pénitent devant Grégoire seul, que de comraraitre à Augsboure, comme roi détrôné, devant une foule de princes et d’accusateurs impitoyables. Il avait traversé les Alpes, au milieu Ge l'hiver, par des chemins presque imyraticables, avec Berthe son épouse, et son fils encore tout jeune. [Il arriva à Canossa au mois de janvier, et fit informer le Pontife du but de son voyage. Grégoire refusa d'abord de le recevoir, lui disant que l'affaire serait jugée à Augshoursg : mais Je prince y mit tant d'insistance que le Pape consentit à l'entendre.
La forteresse de Ganossa avait une triple enceinte ; Henri laissa sa suite à l'extérieur, et fut conduit dans la seconde enceinte. Là, dépouillé des insignes de la royauté, il passa trois jours dans le jeûne eten habit de pénitent. Alors il se jeta aux genoux de la comtesse Mathilde, la suppliant avec larmes d’être sa médiatrice. Enfin, le 26 janvier, Grégoire consentit à lever l’anathème, mais à condition qu’il s'engagerait à comparaître devant la diète des princes à Augsbourg et à se soumettre à ses décisions ; qu’il ne porterait aucune marque de la digniti royale ; que,
nie).
pren
s'il remontait sur le trône, il se montrerait toujours soumis aux lois de l'Eglise et au Saint-Siége ; que la présente absolution serait réputée nulle, s’il manquait à une seule de ces conditions, ete. Henri promit par serment d'accomplir le tout avec la plus scrupuleuse exactitude; ceux qui avaient intercédé pour lui durent se rendre garants de sa promesse.
Mais cette belle soumission n'était qu'apparente et ne devait pas être de longue durée. Ce prince parjure ne tarda pas à manifester son regret de s'être humilié devant le Pape, et, se voyant entouré d’un certain nombre de partisans, princes et prélats, il crut pouvoir prudemment rompre de nouveau avec le SaintSiége. IL alla même jusqu'à essayer de s'emparer, par trahison, du souverain Pontife.
[l fut impossible de réunir les princes à Augsbourg. Lorsqu'ils virent que Henri avait manqué à ses serments, qu'il retournait à ses anciennes habitudes et qu'on ne pouvait espérer aucun amendement de cet empereur criminel, ils s’assemblèrent en Bavière, à Forchheim (mars, 1077, Le duc Rodolphe de Souabe y fut proclamé roi, el ses nouveaux sujets lui prètèrent serment de fidélité.
Henri se trouva bientôt à la tète d'une puissante armée pour s'opposer au nouvelempereur ; plusieurs fois il viola la parole donnée, rompit les trèves couclues avec son adversaire, ravagea tout le pays; la guerre civile exerçait ses fureurs en Allemagne. En 1080, après la bataille de Melrichstaedt (en Franconie), les affaires de Rodolphe et des Saxons parurent prendre une tournure plus favorable, Un concile,
tenu à Rome, et auquel assistaient les envoyés des deux princes pour défendre leur cause, prononça de nouveau l’'excommunication contre Henri et conféra la rovauté à Rodolphe. Grégoire lui envoya une couronne d'or portant l'inscription suivante :
‘ Petra dedit Petro, Petrus diadema Rudolpho.”
Henri fut exaspôré en apprenant la sentence du concile de Rome ; il résolut de lutter Jusqu'à la dernière extrémité. IE rassembla à Mayence les évêques qui lui étaient demeurés fidèles, et leur fit élire un autipape ; c'était Guibert, archevèque de Raveune, déjà plusieurs fois excommunié, qui prit le nom de Giément IT, anathématisa Rodolphe et ses partisans et se mit en route pour lftalie.
Peu de temps après eut lieu la fameuse bataille de l'Elster. Henri y perdit ses meilleures troupes, qui furent précipilées dans le fleuve; ce fut pour lui une véritable défaite. Mais, par malheur, Rodolphe venait de succomber; il avait reçu un coup de lance et avait la main droite coupée et le bas veutre ouvert par une affreuse blessure. La mort de ce valeureux guerrier, de ce prince vraiment chrétien qui fut enseveli dans sa victoire, était un tibinphe pour Henri et un lugubre échec pour le Pape et tous les catholiques sincères. Grégoire ne se laissa pas effrayer par le nombre et la méchan: ceté de ses ennemis; dans un septième concile, tenu à Rome, il renouvela l’excommunication contre l'empereur et ses partisans et se montra toujours rempli de courage et de confiance en Dieu,
La colère de l'empereur ne sut plus se contenir ; il jura de faire expier à Grégoire une si grande audace. Ilse précipita sur l'Italie avec une nombreuse armée, s'empara de Florence, de GCrémonc et de Padoue, et parut devant Rome vers les fètes de la Pentecôte. l'endant ce temps-là, les princes saxons s'agilaient et avaient élu empereur Hermann de Luxembourg; ce qui effraya un peu lFenvahisseur du territoire pontifical, Deux longues ‘naées se passèrent inutile: ment en face de Rome ; les chaleurs excessives, la fièvre et les fatigues décimaient l'armée de Henri ; il comimencait à se décourager et allait abandonner son projet, lorsque les Romains, epnuyés d'une résis tance si longue, trahirent la cause du Pape, et envoyérent une députation nombreuse à Henri, pour lui remettre les clefs de la ville, Le Pape se réfugia dans le château Saint Ange, pendant que Henri eutrait avec son antipape, qui le courouna dans la basilique de Saint-Pierre, le jour de Pâques de l’an 1081.
Cette victoire, qui semblait complète, s'évanouit comme un nuage qu'emporte un vent impétueux,. tobert Guiscard, réconcilié tout récemment avec le Pape, arriva devant Rome à la tôte d’une puissante armée de Normands et de Sarrasins, s'empara de la ville, la pilla, et la réduisit en cendres, pour punir les Romains de la résistance qu'ils avaient opposée à son entrée.
Henri avait été cffrayé de l'arrivée de Robert Guiscard, et avait pris la fuite avec,ses troupes et son antipape. Robert quitta bientôt Rome, accom
321 SAINT GRÉGOIRE Vil
pagné de Grégoire, qui se rendit d'abord au Mont- Cassin, puis à Salerne, où il renouvela l'anathème contre Henri.
Tant de tribulations et de secousses avaient miné la santé du Pape ; il sentait ses forces diminuer de Jour en jour, ctcontemplait, d'un œil calme et sereix, les approrhes de la mort, Sa vie s'élait consumée au servite de l'Eglise ; la grande œuvre qu'il avait entreprise était très avancée et pouvait être conduite à bou terme par un autre ; il pardonna à ses ennemis et prononça les paroles suivantes qui furentses dcrnicres : «J'ai aimé la Justice et j'ai haï Piniquité, c'est pourquoi je meurs dans l'exil.» I mourut le
25 mai, 1085, après un pontificat d'un peu plus de douze ans. Il fut enterré dans l’église de saint Matthieu, à Salerne. Plusieurs miracles s'opérèrent à son tombeau, Cinq siècles plus tard (1577), on trouva son Corps dans un parfait état de conservation, Paul V canonisa solenneilement, en 1606, celui que la piété des fidèles avait toujours vénéré comme un saint. (1)
(1) Ce grand Pape étendit sa sollicitude à tout l’univers chrétien, à l'Orient comme à l'Occident, chercha à réconcilier l’Eglise grecque avec l'Eglise latine, sollicita les chrétiens de l’Europe à la défense de l’Orient dévasté par les Turcs, excommunia Nicéphore Botoniate, qui avait usurpé le trône de Constantinople, travailla par ses légats à rétablir la discipline ecclésiastique et l'unité liturgique dans la malheureuse Espagne ensanglantée par les Maures, fit reconnaitre sa suzeraineté sur la Sardaigne, la Croatie et Ia Dahnatie, lança l’anathème contre l’impie et criminel roi de Pologne, Boleslas, qui avait fait assassiner à l’autel Stanislas, évêque de Cracovie, reçut des souverains de Dane: mark, de Hongrie, de France et d'Angleterre, des témoignages
de soumission au Saint-Siége ; en un mot, sa vie tout entière fut celle d’un Pontife ayant conscience de sa haute mission de
SIDo lui te
a NT Risto:
LT SON SIÈCLE, 325 à
Grégoire VIT à été bien diversement jugé par les différents historiens. Beaucoup en ont fait, ct avec raison, l’un des plus grands génies du moyen-âge ; d'autres, au contraire, lui ont vivement reproché sa
| conduile dans la querelle Ges investitures, et l'ont :] accusé de fourberie, d'orgueil, d'ambition, d'opinià. | À | | treté, de malhonnèteté dans les moyens qu'il prenait | ÿ pour arriver à ses fins. Ce grand et saint Pontile à toujours été le point de mire de tous les ennemis de k . la Papauté, Examinons un peu ce qu'il faut croire +. LA : de ces terribles accusations ; les faits qui viennent É l : d'être exposés nous aideront à formuler notre ré- . ponse. $ : D'abord il est bien évident qu'en sa qualité de Le : ë chef de l'Eglise universelle, Grégoire VIT était tenu | k k de veiller à ce que ies lois de l'Eglise fussent scru- à ; puleusement observées, à ce que les élections épis- 3 | “opales fussent libres et exemptes de simonie ; c'était k " | ce qu'avaient déjà décrété avant lui les Papes Léon à IX et Alexandre IT Or, les historiens contemporains (t) nous apprennent les abus criants et invé- \ lérés, qui s'étaient enracinés surtout dans l'Eglise É # d'Allemagne.
Lo .. L'empereur apprenaill 4 mort d'un évêque ou À : d'un autre dignitaire ecclésiastique, il se faisait appor- ' s chef de l'Eglise, d'un pasteur dont le regard vigilant s’étendait ; à toute la chrétienté, d’un hemme qui ne fléchit jamais devant EL s le devoir, et qui eut toujonrs à cœur d’arracher l'Eglise à la De \] sinonie, à l'immoralité, à l'esclavage du pouvoir temporel, et de 4 ii tendre sou éclat primitif. à 4 S (!) Cf, Guillelmus, metropolita Tyriorum, dans son Sacri belli e historia, ce. 18, et Æbbon, Vita S, Othonis, Bamberg. episcopi, 1
1, SS. Li
326 SAINT GRÉGOIRE Vil
ter la crosse et l'anneau, et, ne prenant conseil que
de ses vils courtisans ou de sa toute-puissante auto.
rité, il choisissait, parmi ses familiers et ses chapelains, celui qui lui convenait davantage, lui remettait
les insignes du pouvoir spirituel et l'envoyait au
siége vacant, pour y remplir la charge de pasteur. I
est facile de concevoir les inconvénients énormes qui provenaient d'un pareil état de choses. L'empereur, et surtout Henri IV, dont la vie et les moyens d'action étaient bien éloignés de tout scrupule, s'occupait fort peu de savoir si ceux qu'il nommait étaient bien aptes à remplir les fonctions du sacerdove et de l’épiscopat ; s'ils étaient scandaleux ou édifiants ; Ce qui lui importait avant tout, c'était de trouver en eux des hommes dévotcs à sa cause, fidèles à la défendre en toute circonstance et d'une souplesse éprouvée. Grégoire VIT n’avait-il pas mille fois raison de s'opposer de toutes ses forces à une aussi déplorable usurpation ? Pouvaitil voir se perpétuer cette infâme coutume, sans protester avec énergie ? De quel droit les souverains pouvaient-ils nommer les évêques et les abLés ?
Mais, dit-on, les princes séculiers avaient déjà precédemment conféré les investitures, au vu etsu des souverains Pontifes qui ne firent cependant aueune réclamation.
C'est vrai; mais aussi les investitures de celte époque étaient bien différentes de ce qu’elles étaient devenues depuis. Les princes laissaient faire l’élection des évèques et des abbés suivant les lois de l'Eglise, accordaient la liberté nécessaire, ne met-
nt aCde et-
taient aucune entrave à la promotion de ceux qu'on avait élus, et se contentaient de leur donner l'investiture des fiefs ou des scigneuries; renfermées dans ces limites, les investitures pouvaient être tolérées par l'Eglise, puisqu'elles ne gènaient pas sa liberté d'action. Aussi Grégoire VIT ne prohiba-til que celles qui étaient entachées de simonie, et où l’on vendait les dignités ccclésiastiques comme une marchandise ordinaire ; il ne s'y opposa que parce que les élections ne s’y faisaient qu’en violation de toutes les lois de l'Eglise. IL était de son devoir d'empêcher ce grave désordre. C’est aussi ce que signalait saint Anselme de Lucques, en écrivant à l'antipape Guibert de Ravenñe; il lui représentait que le roi ne cessait de vendre les évèchés, réduisait l'Eglise en servitude, refusait de reconnaitre ceux qui étaient élus d’après les lois ecclésiastiques. Comment les Papes auraient-ils pu ap. prouver un semblable désordre, d’où résultait nécessairément pour les évêques une sollicitude beaucoup plus grande pour les intérêts de la terre que pour l'avantage de l'Eglise ? (1)
Aioutez à cela le scandale qui en découlait pour le peuple chrétien. Comme les princes ne faisaient aucun cas des élections régulières, ils semblaient ôlre persuadés d'avoir le droit de conférer le pouvoir ecclésiastique, d'autant plus qu’ils en confé. raient les insignes, Le peuple partageait cette con-
(1) Noris, Istoria delle investiture delle dignità eccles., Mant,.,
1741, in-fol. ; Mansi, t. XX, p. 60-391 ; Palma, Prælect. hist, eccl., t. II, p, 137, etc,
viction, Aussi ceux qui avaient tout reçu de l’em. pereur, songeaient peu à recourir au Pape pour en obtenir leurs pouvoirs; c'était une voie toute fravée vers le schisme, et une source de maux incalculables pour l'Eglise. Aux souverains Pontifes incombait le devoir d'éloigner ces scandales. (1)
Qutre que ces investitures étaient en opposition avec les saints canons, il en résultait encore bien des inconvénients qu'on ne saurait assez déplorer. L'autorité des souverains Pontifes se trouvait amoiidrie ; l'Eglise était soumise au pouvoir séculier; les élections des évèques, abbés ou autres dignitaires, n'étaient plus libres; elles se faisaient par shaonie, par la protection des courtisans et de l’empereur; ces prélats, arrivés—non par la grâce de Dieu, mais par celle du prince,—au poste qu’ils ambitionnaient, ne pouvaient se décider à contredire en quoi que ce soit lies volontés du souverain et des grands, ni à les reprendre de leurs actions criminelles, d’au-
(1) Lorsque Pascal If, animé du désir de rétablir la paix, concéda à l’empereur le privilége de conférer les investitures par la crosse et l’anneau, cela excita les plaintes les plus sérieuses, comme s’il eût trahi la cause de l'Eglise ; il dut le révoquer, et cependant il avait pourvu à ce que les élections canoniques fussent libres et non entachées de simonie. Ces plaintes provenaient de ce qn2, non-seulement le peuple, mais encore le clergé croyait que le Pape concédait aux princes la faculté de conférer le pouvoir spirituel, puisqu'il avait accordé celui de donnvr les investitures par la crosse et l’anneau, symboles de ce pouvoir.
Personne n’a peut-être représenté sous des couleurs plus vives, les funestes conséquences des investitures, que le grand évêque de Lucques, saint Anselme (Apol., 1 I): C’était la grande laie de l’époque ; il fallait employer des remèdes, même vioents, pour en empécher l'accroissement et la guérir,
en.
ren ayée alcus in-
ation
bieu
lorer,
noiir; les aires, 1onie, reul'; mais aient, i que ‘ands, d'aua paix, ititures lus sée révo- Ss canoblaintes icore le ulté de
lui de bs de ce
8 plus
grand grande e vio-
ET SON SIÈGLE. 329
tant plus que souvent ils leur donnaient eux-mêmes l'exemple d’une vie peu édifiante.
Les Papes devaient nécessairement mettre fin à ces abus ; et, en supposant même qu'ils les eussent tolérés auparavant, ce n'était pas une raison pour eux de les tolérer davantage ; autrement il faudrait infliger un blâme à Dieu lui-mème, qui tolère la méchanceté des hommes, pour un temps, et finit par les en châtier avec rigueur,
La conduite de Grégoire VIT, dans toute cette fameuse controverse, ne lui à été inspirée ni par, l’orgueil, ni par l'ambition, ni par aucun autre motif blâmable, mais par le simple amour du devoir; il voulut tirer l'Eglise de l'esclavage; il rencontra malheureusement, sur son chemin, un empereur sans foi, sans mœurs, sans principes, et d'une extrême opiniâtreté dans ses desseins pervers ; il empioya d’abord tous les moyens possibles de persuasion et de douceur; rien ne put fléchir Henri IV ; Grégoire lança alors contre lui l’excommunication, le déclara déchu de l’empire, lui nomma un successeur qui voulût gouverner suivant les lois de Dieu et de l'Eglise. Qui oserait lui faire un crime de sa manière d'agir, si pleine de modération, et en mème temps si noble dans son but, si féconde en herfreux résultats pourses successeurs et pour l'Eglise universelle ? Le venin de la calomnie et de la haine a souillé pendant quelque temps la mémoire de ce grand Pape ; mais la postérité, plus impartiale, est venue enlever cette injuste flétrissure, et rendre au nom
| ( ; de Grégoire VIT l'éclat qui n'aurait jamais dû l'aban. | di |: donner. se 1 Les protestants ont souveut répété et répetent L: | A encore que ce Pontife a été le premier à imposer Le sl aux prèvres, comme obligataire, la loi du célibat: de e Fil là, bien des reproches qui tombent à faux, parce do qu'ils ne s'appuient que sur le mensonge. Ce saint ee Pape, connaissant mieux que tous nos modernes à 4 É réformateurs la grandeur et la sublimité des fonce D, f tions du p'èêtre, sachant qu'il est appelé chaque jour f def fe à prier pour le peuple chrétien, à offrir à Dieu le fe Au | plus auguste des sacrifices, et qu'il a besôin d’une É, Lis pleine liberté d'esprit et de cœur pour se donner tout su ni: entier au soulagement des misères physiques et ei morales, ce saint Pontife, dis-je, n'établit pas préci- ne | sément le célibat, qui est aussi antique que le chris | ei | | tianisme, mais rétablit dans toute la rigueur néces. À A ia saire la discipline ecclésiastique, qui avait souffert & lai | | du malheur des temps, et que quelques ministres fi 1 indignes—le plus souvent choisis par le pouvoir C civil—avaient sacrilégement violée. Aussi Gré- a ait, goire VII, dans une longue apologie adressée à tous APRES “Li A les évèques sur cette question, ne prétend pas faire nn une loi nouvelle, mais uniquement faire accom- E LS plir un précepte déjà existant ; il rappelle que cette 1 pet loi du célibat se trouve déjà établie par les Saints lorsq É Pères, par les conciles, et en particulier par ceux de en e L Nicée, de Néocésarée, de Chalcédoine, par les Papes el ci saint Sylvestre, saint Syrice, et saint Zacharie, par nos:
saint Augustin et saint Jérôme. Que les adversaires )
ET SON SIÈCLF. 331
du célibat ecclésiastique veuillent bien enfin ne pas se contenter de répéter les vieilles diatribes de Luther, de Calvin et autres chastes réformateurs ; qu'ils se donnent la peine d'étudier la question sérieusement, et sans parti pris, dans les anciens documents ; ils verront que le célibat des prètres se confond avec les origines du christianisme. Depuis que Jésus-Christ a choisi parmi les vierges son précurseur, sa sainte mère et son père nourricier, depuis que les Apôtres, par leur exemple et leur enseignement, ont exalté l'excellence de la virginité, l’Église en a constamment fait une obligation à ses ministres. Elle a compris, avec saint Paul, que l'homme marié est partagé entre Dicuet les soins de sa famille, entre les intérêts de la terre et ceux du ciel; elle sait bien que l'homme chaste est élevé au-dessus des orages et de. passions tumultueuses du cœur, et peut accomplir plus facilement la noble tâche de conduire l'humanité à sa véritable fin, à la patrie céleste.
C'est aussi ce que reconnaissent les protestants instruits et sérieux. Ainsi le Docteur King, (1) ministre anglais, ne craint pas d'écrire les paroles suivantes. «Ce ne fut pas un petit malheur pour la cause du christianisme en Angleterre, que la permission du mariage accordée à notre clergé, lorsque la réforme nous détacha du papisme ; car il en est arrivé ce qui devait nécessairement arriver et ce qu’on aurait dû prévoir : depuis cette époque nos ecclésiastiques ne se sont plus occupés que de
(!) Political and literary anecdotes, 1819,