LE PAPE BONIFAGE VII JUGÉ D'APRÈS L' HISTOIRE
Un ermite élevé à la Papauté. Célestin V 8e reconnait inca-
pable de gouverner l'Eglise ; il abdique. Cette abdication fut libre et spontanée. La fable du porte-voix, Le cardinal Cajetan n’a usé d'aucune intrigue pour faire renoncer Célestin au pontificat ; il devient Pape et prend le nom de Boniface VIII, Son couronnement à Rome. Célestin V dans le château de Fumone. Il y est traité avec beaucoup d’égards, et meurt, nôn par suite des mauvais traitements, mais d’une fièvre violente. La bulle Clericis laicos et l’opiniâtreté de Philippe-le-Bel. Conflit entre Boniface et les cardinaux Colonna ; réponse aux reproches qu’on lui fait à ce sujet. Il travaille à rétablir la paix. Véritable cause de la lutte entre le Pape et Philippe-le-Bel. Actes hostiles du roi de France. Les bulles Ausculta fili et Unam sanctam. Accusations terribles contre Boniface. Le Pape est assiégé à Anagni. Sa conduite courageuse. Il revient à Rome et rend paisible. ment son âme à Dieu. Réfutation des calomnies qu'on a répandues concernant les derniers moments de sa vie.
MESSIEURS
Entre le poutificat de saint Grégoire VI, dont je vous parlais dans ma dernière leçon, et celui de Boniface VIII, dont je vous entretiendrai spécialement aujourd’hui, il y aurait bien des questions intéressantes et vitales à traiter. Cependant, comme je ne suis proposé avant tout, dans ces leçons, de venger les Papes du reproche d’hétérodoxie, de faire res:
sortir à la lumière des faits historiques, la primauté
et l’infailiibilité dés successeurs de saint Pierre,
des souverains Pontifes, je suis obligé, pour ne pas
sortir du cadre que je me suis tracé, de passer sous | silence les événements importants et les grands hommes, qui ont fait de cette partie du moyen-
âge la période la plus belle et la plus attravante de l'histoire de l'Eglise.
J'aurais pu vous parier de la solution définitive de la fameuse querelle des investitures, dans le premier concile œcuménique ce Latran, en 1123, solution qui eut l'effet si désirable de rendre à l'Eglise et au clergé la dignité et l'indépendance dont ils doivent nécessairement jouir, afin de pouvoir exercer leur salutaire influence au sein de l'humanité. J'aurais pu vous montrer la société entière, devenue chrétienne, l'Eglise agissant de concert avec l'Etat dans le gouvernement des peuples.
Je vous aurais fait voir l'Occident, affligé des persécutions qu'avaient à subir les chrétiens d'Orient de la part du mahomélisme, se précipiter vers la ville sainte de Jérusalem, vers le sépulcre du Sauveur, pour le soustraire aux profanations des enneinis de la croix, pour rendre à la religion chrétienne ces lieux arrosés du sang de Jésus-Christ, et pour arracher les malheureux catholiques de la Palestine à la tyrannie religieuse et à la mort, Vous auriez pu constater combien les Papes eurent raison d’encou.ager les croisés—ces zouaves de l’époque—à la gucrre sainte, et combien ces religieuses et loin:
auté rre, ) pas sous ands )yellte de
1itive e presolulise et iverrt r leur aurais
chrét dans
es pet- Orient ers la u Saus ennetienne t pour lestine auriez
d’en- —) la loin:
taines expéditions contribuërent à préserver l’Europe du fléau de l'invasion musulmane, à la délivrer des gucrres continuelles, dont elle était le théâtre, par suite des incessantes rivalités des princes et de leurs vassaux, et à rendre à la puissance royale l'autorité qu'elle avait perdue insensiblement par les usurpations successives des seigneurs.(1) Vous auriez pu vous rappeler avec satisfaction
l'ardeur déployée dans les études littéraires, et sur. tout philosophiques, théologiques et cauoniques. Que de grands hommes ont surgi pendant le moyenâge, pendant cette époque qu’une postérité aveugle et ingrate a si souvent et si lâchement calomniée ! Quels esprits d'élite, quels génies que saint Anselme de Cantorbéry, Hugues de Saïint-Victor, saint Bernard, Gratien, Pierre Lombard, Alexandre de Halès, Vincent de Beauvais, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, saint Raymond de. Pennafort, . Albertle Grand et une foule d’autres, qui donnèrent au onzième, au douzième et au troibtètné siècle un éclat que leur ont envié les âges suivants ! C'était la sainte milice que Dieu s’était préparée pour lutter contre les hérétiques, surtout contre les Albigeois et les Vaudois.
J’omets également de vous parler d’'Innocent III, l’un des plus grands Papes qui aient occupé le trône pontifical, et qui a cependant essuyé toutes les
(1) Bongars, Gesta Dei per Francos, etc., Hann., 1611; Afichaud, Histoire des croisades, Paris, 1830 ; Æatisbonne, Vie de
saint Rernard, Paris, 1848 ; Wilken, Geschichte der Kreuzzüge, Leipzig, 1807-32. :
340 LE PAPE BONIFACE VIll
diatribes de l'ignorance et du fanatisme, jusqu'à ce qu'un protestant érudit, Frédéric Hurter, ait vengé cette mémoire si injustement flétrie,dans un ouvrage qui demeurera comme un impérissable monument de sage critique, d'impartialité et de véritable science historique. (1)
Sur les confins du treizième et du quatorzième siècle, nous rencontrons un autre Pape, qui a été indignement maltraité par la plupart des historiens: c'est Boniface VIII (1294-1303). Que n’a-t-on pas écrit sur son compte ? On en a fait un monstre de cruauté, un ambitieux qui voulait anéantir la puissance temporelle, un tyran, un homme peu délicat sur les moyens à prendre pour arriver à ses fins ; on l’a même accusé d’hérésie, etc. Il était tellement passé de mode d’accumuler les épithètes les plus redoutables sur la tête de ce Pontife, que personne ne songeait à s'assurer si elles étaient méritées; on n’examinait plus les documents contemporains ; la tradition de haine se perpétuait aveuglément depuis Boniface VIII, grâce à ses implacables ennemis qui lui survécurent,
Un jour, le cardinal Wiseman, qui a rendu de si éminents services à la religion et aux sciences ecclésiastiques par ses vastes connaissances, examinait le portrait de Boniface VIII, dont le fameux peintre Giotto a décoré les murs de la basilique de Saint- Jean-de-Latran. Les traits sous lesquels il est repré-
(1) Frédéric Hurter, Histoire du: Pape Innocent III et de ses
contemporains, Hamb., 1834-42, 4 vol. Trad, française par À. de Saint-Chéron, Paris, 1838, 3 vol.
peu à ses était tes les
n pet ritées; ains ; ément enne-
n de si ecclénait le eintre Saintrepré-
de ses
par À.
JUGÉ D'ALRÈS L'HISTOIRE. 341
senté, lui parurent si différents de ceux que lui donnait l’histoire moderne, qu'il en fut très-frappé. Cette figure l’intéressa vivement, et il se mit à examiner certaines accusations populaires, sans cesse répétées contre la conduite et l'administration de ce Pontife. Pour cela, il dut recourir aux sources mêmes de l’histoire. Boniface VIII lui apparut sous un jour tout nouveau ; il reconnut en lui un homme doué d’une haute intelligence, nourri d’études sérieuses, mûri par une longue expérience des affaires, et constamment occupé à poursuivre un but vraiment noble et élevé. Il en vint à la conclusion qu'on ne peut guère lui reprocher autre chose que son caractère un peu rigide et inflexible, que des procédés un peu sévères en apparence, mais qui trouvent leur justification dans le bouleversement des affaires publiques, dans la grossièreté de son siècle, dans la perfidie et la violence de la plupart de ses adversaires. Les savantes recherches de l'illustre Cardinal furent publiées dans la Revue de Dublin, en réponse à M. de Sismondi, qui, dans un Abrégé de l'histoire des républiques italiennes, s'était donné le luxe de parer des grâces du style toutes les vieilles accusations portées contre Boniface VIIT. (1)
Nous allons passer en revue les principaux événements, qui ont rempli la carrière de ce lontife, et nous examinerons de suite la valeur des graves accusations que l'ignorance ou la malice a fait peser sur la mémoire de ce grand Pape.
: {L) Voyez aussi Storia di Bonifazio VIII e de suoi tempi, per D. Luigi Tosti, monaco della badia Cassinese,
342 LE PAPE BONIFACE VIff
Après la mort de Nicolas IV (1292), le Saint- Siége demeura vacant pendant vingt-sept mois. Les cardinaux élurent alors à l’unanimité Pierre de Mouron (Murro, Murrone, Morone ou Morono); c'était un saint ermite, qui avait vécu jusque-là dans les solitudes des Abruzzes ; il se livrait à de grandes austérilés, et avait même le don des miracles,
Mais le vertueux solitaire n’était peut-être pas à la hauteur des circonstances difficiles dans lesquelles se trouvait l'Eglise ; il fallait alors un homme versé dans les affaires et d’une grande fermeté. Or, le nouvel élu, malgré ses soixante-douze ans, n'avait jamais connu le monde, s'était livré à la contemplation plus qu'à l'étude, et avait la timidité et les ir résolutions d’un homme dépourvu d'expérience.
Il fit tout en son pouvoir pour se soustraire à la charge qu'on voulait lui imposer; mais on y mittantd'insistance qu'il dut accepter le fardeau. Cette élection eut lien à Pérouse, le 7 juin, 1294 ; il prit le nom de Célestin V. Les chaleurs de l'été Pempêchèrent d’entreprendre le voyage de Rome; il serendit à Naples. Son règne ne fut pas de longue durée ; il comprit immédiatement qu’il ne pourrait jamais faire face aux difficultés qui surgissaient à chaque instant. Le Sacré-Collége était divisé; des plaintes sérieuses s'élevaient déjà contre son administration; il se sentait abandonné à lui-même, privé du bonheur de la vie contemplative, et incapable d’épargner à l'Eglise les malheurs qui la menaçaient. Après avoir pris conseil des cardinaux, il abdiqua le souverain pon- -tificat, le 13 décembre de la même année, Il n'avait
aint-
Les e de no); dans ndes
pas à ielles versé dr, le avait ntemles ir- Le.
chartd'iniction om de td’enfaples.
pmprit e face nt. Le jeuses e gellde là Eglise r pris À ponl'avait
régné que six mois. La veille de Noël, on élut pour lui succéder le cardinal Benoît Cajetan, qui prit le nom de Boniface VIII.
Le nou: au Pontife était né en 1217, à Anagni, petite ville située à quelques milles de Rome. Il était donc déjà parvenu à l’âge avancé de soixante-dix-sept ans. Doué de talents très-remarquables et d'un esprit juste, il avait acquis dans des études sérieuses et continuelles, dans une vie mèlée à toutes les affaires importantes de l'Eglise, une science profonde de la théologie, du droit civil et canonique, et une expérierce consommée. Il fut ordonné prêtre ; son esprit supérieur, sa piété et ses vastes connaissances le firent remarquer des souverains Pontifes, qui lui confièrent la négociation des affaires les plus difficiles avec le: cours de l'Europe. Martin IV l'éleva au cardinalat, le 12 avril, 1281, Treize ans plus tard, il était promu à la dignité de chef de l'Eglise.
. Mosheim, (:) M. de Sismondi (2) et autres, reprochent à Boniface VIII d’avoir, pendant qu'il n’était encore que cardinal, censeillé à Célestin V d’abdiquer la Papauté, d’avoir excité les murmures du Sacré-Collége, d’avoir dominé l'esprit du Pontife jusqu’à lui faire commettre des fautes, afin de le rendre odieux et ridicule, d’avoir offert ses services à Charles IE, roi de Naples, si ce prince l’aidait à parvenir au pontificat, d’avoir alarmé la conscience du Pape qui était timide, d’avoir même eu recours à des artifices peu honorables, pour le déterminer à
(1) Hist. eccl., t. II (1826), p. 567.
(3) Hist. des républiques italiennes du moyen-âge, t. IV, c. 24,
Re SIT memes
abdiquer: ils racontent, sur la foi de Ferreti, qu'it se servit d’un porte-voix pour lui ordouner de renoncer à sa dignité, et lui faire croire que cet ordre venait du ciel.
Ces asserlions sont erronées, ou reposent sur une base bien fragile. Ainsi la fable du porte-voix n’est appuyée que sur une rumeur, mise en circulation par Ferreti, le plus violent adversaire de Boniface ; encore ne se sert-il que d’une expression dubitative : on rapporte aussi (ferunt etiam). Sismondi, qui aime à amplifier tout ce qui peut ternir la réputation des Papes, se sert de l'expression quelques-uns assurent. Les siècies avaient évidemment changé une calomnie, lancée par Ferreti sous une forme timide, en une affirmation absolue. D'ailleurs lautorité du chroniqueur, en cette matière, est à peu près nulle, parce que ses haines se trahissent à chaque instant, et ne lui permettent pas de raconter les faits comme les autres. Aussi tout ce qu’il rapporte de l'abdication de Célestin V, se trouve tellement en contradiction avec le récit des autres historiens, que personne, pas même M. de Sismondi, n'ose le suivre jusqu’au bout.
J'ajoute qu'on a affirmé à tort que Célestin V n’abdiqua pas librement et de lui-même, mais seulement à l'instigation du cardinal Cajetan. Le seul témoignage qui pourrait militer contre lui indirectement, est celui de Ptolémée de Lucques, (!) confesseur de saint Thomas d'Aquin ; il dit, d’une manière générale, que quelques membres du Sacré-Collége
(1) Ap. Muratori, R. I. S, t. XI, .p. 1200. ee
e re
lui suggérerent la pensée de renoncer au pontificat, afin, d'écarter les dangers qui menaçaient l'Eglise, et les maux qui résultaient de son administration inexpérimentée. Pourquoi alors en faire un crime au cardinal Cajetan plutôt qu'aux autres ? Pourquoi mettre à la charge d’un seul ce qui fut l’œuvre de p.usieurs ? (1)
Le cardinal de Suint-George, appelé aussi Stephanesius, ami du Pape Célestin, raconte que ce Pontife, ayant conscience de son incapacité, et dési: reux de vivre dans la solitude où il avait trouvé si longtemps un bonheur parfait, commença à songer sérieusement à se dépouiller d’une dignité qui Jui était si onéreuse. Ne sachant s’il pouvait le faire, il s’'adressa à un ami, qui chercha à le dissuader de cette résolution, mais qui ajouta cependant que, s’il y avait des raisons suffisantes, le Pape pouvail, sans aucun doute, renoncer à sa dignité. On a supposé que cet ami était le cardinal Cajetan; cette supposition est toute gratuite; mais quand même elle serait fondée, qu'y a-t-il donc de si répréhensible dans sa réponse ? Il lui conseille d’abord de ne pas abdiquer, bien que, peut-être, sa conviction personnelle fût que cette renonciation était utile à la chrétienté; puis il lui déclare qu'il peut abdiquer ; le droit le lui permet. La vérité et la délicatesse lui imposaient cette manière de procéder. |
(!) Muratori a, le premier, mis au jour un passage du ch. 23 de l’histoire de Ptolémée de Lucques, passe qui ne se trouve pas dans l'écrit, tel qu’il est publié. Là on y lit expressément . slecard. Benoît et d'autre: cardinaux conseillèrent à Célestin d’abdiquer, à cause de son inexpérience dans le gouverne-
ment de l'Eglise, bien qu'il fâtun saint et d’une vie exemplaire.
ns rcarttinrenintet fire
Il est bon de remarquer aussi que le cardinal de Saint-George tenait ces détails de la bouche de Célestin, qui les lui communiqua après son abdication. En cela nous ne trouvons absolument rien qui ressemble aux menées basses et honteuses que prêtent à Boniface ses impitoyables adversaires.
Le Bienheureux Ægidius Colonna, (1) disciple de saint Thomas d'Aquin, et ami personnel de Célestin V, rapporte de la mème manière le conseil et la réponse que donna le cardinal Cajetan à celui dont il devait être le successeur.
L'auteur anonyme de la vie de saint Célestin, dont le manuscrit est conservé dans les archives secrètes du Vatican, le cardinal Stephanesius, (?} Vigius {(3)et autres, racontent que Célestin fit alors coustruire dans son palais une petite cellule en bois, sur le modèle de son ancienne, et qu'il sy renfermait souvent, pour y vaquer à la prière et à la contemplation. Puis l'anonyme ajoute qu'il pensa sérieusemen! à se débarrasser du fardeau de la Pa-
paulté, qui mettait en péril le salut de son âme. Ce
bruit se répandit bientôt; les évèques, le clergé et le peuple vinrent en procession à son palais, pour le dissuader de son projet.
Partout nous trouvons que c'est à la suite de ses méditations, et de son propre mouvement, que Célestin se décide à abdiquer ; le cardinal Benoit n'offre rien dans sa conduile qui puisse lui mériter les
(+) De renunciatione Papæ, c. 53.
(2):R. 1.8. t. ÉET, p. 688.
(5) Ap. Rübäëain, Bonif. VIH, p. 11.
SCS
ire les
reproches terribles que lui adresse M. de Sismondi, en compagnie de Mosheim, Hallam, etc.
Bien plus, le florentin Villani, Ferreti, Anabrie Augerius, tous ennemis de Boniface, ne supposent jamais que ce Pape füt le premier à suggérer à Célestin l’idée d’abdiquer. (!)
Dante, le fameux poëte gibelin, n'a pas épargné la mémoire de Boniface VIIT; dans sa Divine Comcdie, il en fait le prince des pharisiens modernes, le grand-prétre que l'esprit du mal veuille emporter; il le traite d'usurpateur, de meurtrier, de simoniaque, qui a une place de préparée en enfer. Le talent extraordinaire du grand écrivain a contribué à accréditer aux yeux de la postérité ce jugement si déloyal et si injuste. Aussi le poëte de Vaucluse, l'étrarque, reproche-t-il à Dante d’avoir attribué à des sentiments bas et peu avouables du cardinal Cajetan l’abdication libre et spontanée de Célestin V. Voici ses paroles: «Je reviens à Célestin dont le joyeux empressement à descendre du trône pontifical fit voir quelle violence il avait dû faire à son humilité pour y monter. J’ai entendu dire à des personnes qui avaient été témoins de cet événement, qu'une telle joie rayonnait dans ses veux et sur son front lorsqu'il sortit du consistoire, lorsqu'il se sentit rendu à la liberté et redevenu son maître, qu'on eût dit qu'il venait, non point de déposer un joug léger, mais de soustraire sa tète à la
(1) Istorie fiorentine, 1. VIEIL, ce. 5, t, IV, Milan, 1802, Vi: tae RR, Pont, R. I. S, t, SIT, p. 434,
hache du bourreau. Un éclat angélique semblait répandu sur toute sa personnes» (1)
M. de Sismondi a encore prétendu que c'est à l'influence de Charles IT, roi de Naples, qu’est dûe l'élection de Boniface VIIT, parce que celui-ci lui avait fait les plus magnifiques promesses, s’il le fai. sait arriver au pontificat—Toute cette histoire n’est qu'une pure invention. En effet, il est certain qu'à cette époque Célestin était l’ami dévoué du roi de Naples, tandis que le cardinal Cajetan en était l'ennemi, à cause de la réprimande sévère qu’il lui avait faite, au sujet de son immixtion dans les
affaires du conclave à Pérouse. Or il est tout à fait
invraisemblable que ce cardinal se soit adressé à son ennemi, pour en obtenir une faveur; il avait l'âme trop fière pour consentir à un tel compromis.
Mais, dit-on, n'y eut-il pas une entrevue entre Boniface et le roi de Naples? (Cela peut être vrai, bien qu’il n’y ait que le florentin Villani qui en fasse mention. On aurait d . cependant avoir assez de bonne foi pour dire que cette conférence eut lieu, suivant cet écrivain, après l’abdication de Célestin V,et par conséquent à une époque où l’influence du roi ne pouvait pas servir les prétentions du cardinal Cajetan. D'ailleurs, le roi Charles envoya, le 6 septembre, une grande députation vers Célestin, pour l’engager à ne pas abdiquer,etilne se génà pas de manifester plus tard l'extrême déplaisir qu’il ressentait de l'élection de Boniface. Gette conduite est tout à fait inexplicable, si l’on suppose qu'il y
(1) De vitä solitariä, 1, IT, sect. IIT, e: 18;
Mn, 4:
CA mn
nes Ur
re in roi ait lui les fait é à vait nis.
tre rai, i en ssez jeu, lesnce car- A, le tin, pas l'esuite rl Y
avait entente entre le carä:nal et Charles II, de Naples. |
En outre, pourquoi supposer une foule de faits dont les historiens contemporains ne font aucune mention ? Pourquoi aussi prèter à Boniface VIIL des intentions qu'on ne saurait déduire des faits établis et qui font violence à l’histoire ? D'un côté, nous voyons que Célestin V est élevé malgré lui au pontificat; qu’il est, de l’aveu de tous, inhabile à gouverner l'Eglise, malgré sa sainteté ; qu’il soupire après son ancienne cellule, el qu’enfin, après avoir consulté les cardinaux, il se décide à abdiquer. D'un autre côté, le cardinal Cajetan le détourne de l’abdication ; enfin, il est élu lui-mème à l’unanirnité. Comment expliquer ce suffrage unanime, si ce n’est en reconnaissant, avec le Sacré-Coïlége, les ‘talents, les éminentes qualités, la supériorité d'esprit de celui qui devint Boniface VIII? Pourquoi attribuer à la ruse, à l'intrigue et à l'ambition, un fait qui se renouvelle constamment, un fait qui trouve son explication dans les lois ordinaires de la nature humaine? N'est-ce pas une flagrante injustice ?
Comme nous l'avons vu, Boniface fut élu la veille de Noël, 1294 Il se mit bientôt en route pour Rome, et fut accueilli avec enthousiasme à son passage à Anagni, lieu de sa naissance ; son entrée dans la Ville Eternelle fut un véritable triomphe. Il fut sacré êt couronné solennellement à Saint-Pierre, le 16 janvier, 1295; après quoi, il se rendit à Saint- Tean-de-Latran, escorté d’une cavalcade; et accom-