‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 43 sur 71 · D ES · texte numérisé non relu

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pagné des rois de Sicile et de Hongrie, qui le suivaient à pied. On a reproché à Boniface sa fierté superbe en cette circonstance. Ce blâme ne peut venir que de l'ignorance la plus complète des coutumes de l’époque. Qu'il me suffise, pour sa justification, de dire que lorsque Célestin V, à qui personne. n'a jamais osé reprocher ni orgueil, ni fierté, entra dans Aquila, les rois de Naples et de Hongrie l'accompagnèrent à pied, marchant devant lui par révérence. Pourquoi donc faire un crime à ce Pontife d’avoir suivi une coutume qui existait longtemps avant lui ? Vs

. D'après les ordres de Boniface, Célestin V devait se retirer à Rome, où il pourrait vivre entouré de la vénératiun générale et des égards dùs au rang suprême qu'il avait occupé. Il lui donna ‘un cortége d'honneur pour se rendre de Naples à Rome; mais le saint homme, toujours désireux de revoir sa chère solitude et d'en goüter les charmes et la tranquillité, s'était dérobé à son escorte et avait pris la fuite au milieu de la nuit. Les factions des Guelfes et des Gibelins déchiraient alors l'Italie; ces. der-. niers cherchsient à faire croire que l'abdicätion du Pape ne pouvait avoir lieu en aucun cas, que celle de Célestin était invalide, et que, par conséquent, Célestin était Pape légitime et loniface antipapc. C'était vouloir produire un schisme dans l'Eglise. élestin fut trouvé près de Vierti, ville marilime ; on le ramena avec beaucoup d'égards. Boniface le traîta avec toutes les marques de respect et de véné.

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ration, et lui assigna comme résidence le château de Fumone, en Campanie. Célestin y reçut tout ce dont il avait besoin ; il eut des serviteurs et deux frères de son Ordre, avec lesquels il célébrait l'office divin; il voulut vivre dans les austérités de: la pénitence. Après un séjour de quelques mois, il fut atteint d’une fièvre violente, prédit le jour de sa mort, reçut l’extrème-onction, puis se fit mettre sur uné planche couverte d’un pauvre tapis, et le. 19 mai, 1296, rendit le dernier soupir, quelques instants après avoir fini de réciter les vêpres avec ses religieux. Voilà toute la vérité sur ce sujet. Il fut canonisé en 1313 par Clément V.

ILest difficile d'imaginer tous les contes fantastiques qu’on a brodés sur cette réclusion de Céles-: lin V. On a dit que ce bon et saint vieillard y avait été traité inhumainement par ordre de Boniface etque même il était mort des suites d'une blessure qu’on lui avait. faite à la tête. Ce récit n’est qu’un. roman, inventé pour tefnir la mémoire de Boniface VIII. Hi

Îl est bien certain, comme dit le cardinal Wiseman, que la captivité de Célestin dans une tour féodale au moyen-âge devait être rigoureuse ; maisil né faut pas juger les faits du XIIe siècle avec les idées du XIXe; ce qui nous paraîtrait maintenant cruauté insupportable, était considéré alors comme de l'humanité et de ia douceur. Ptolémée de Lucques (:)etJean Villani (?) racontent simplement que

(1) Ap. Muratori, t, XI, p. 1202.

(2) Ubi suprà, p. 12.

Boniface, craignant qu'on ne vint à persuader à Célestin de reprendre les insignes de la Papauté et qu’un schisme lamentable ne désolàt l'Eglise, le fit garder dans le château de Fumone ; ils ne parlent pas du tout de mauvais traitements. Le cardinal de Saint-George dit que Boniface traita le saint ermile avec bouté, lui offrit toute espèce d'adoucissements, mais que Célestin refusa, parce qu'il voulait convertir sa prison en un lieu de pénitence et de solitude. Quant à sa mort, tous les écrivains contemporains et témoins oculaires nous apprenuent qu'il mourut d’une fièvre violente; aucun ne parle de blessures à la tête. Ce sont les ennemis de Boniface qui ont fabriqué plus tard toutes ces fables, afin de jeter de l'odieux sur la conduite de ce Pontife.

Dès le commencement de son pontificat, on vit l'horizon s’assombrir; l'orage grondait de tous les côtés; des guerres incessantes bouleversaient l’Europe. La France était épuisée ; son roi Philippe-le-Bel avait à combattre contre le roi d’Aragou, contre Adolphe d'Allemagne, roi des Romains, contre le comte de Flandre et Edouard d’Angleterre ; il avait employé tous les moyens possibles pour se procurer de l'argent: altération des monnaies, nouveaux impôts, taxes prélevées sur le clergé et les églises; c'était une ruine générale. Le Pape crut de son devoir d'essayer de rétablir la paix entre les princes chrétiens et mit en œuvre tous les moyens de conciliation; ils furent inutiles. Les menaces d’excommunication ne réussirent pas da-

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vantage à faire conclure une trève. C'étail toujours Philippe qui mettait le plus d’entraves aux desseins pacifiques du Pape ; les souverains d'Allemagne et d'Angleterre se montraient assez soumis ; et cependant il est certain que la France aurait gagné plus que tous les autres pays à jouir des bienfaits de la paix.

Boniface VIII se décida à recourir aux moyens extrêmes ; il publia, le 18 octobre, 1296, sa bulle Clericis laicos, par laquelle il défendait, sons peine d'excommunication, au clergé de payer et aux laïques d'exiger aucun impôt extraordinaire et autre que les anciens, sur les biens ecclésiastiques, sans le consentement du SaintSiége. Les redevances féodales étaient maintenues, ainsi que les contributions déjà autorisées. Boniface avait pour but de rétablir la paix, en empèchant de prélever de nouvelles taxes ; il voulait aussi soustraire le clergé à des contributions ruineuses. Evidemment c'était le roi de France qui devait surtout bénéficier de cette mesure, puisqu'elle enlevait à ses ennemis les moyens de le combattre. Cependant ce fut lui qui s’opposa le plus fortement à cette bulle ; il prétendit qu'il ne reconnaissait à personne le droit de s’immiscer dans le gouvernement des affaires temporelles de son royaume; puis, pour manifester son indépendance, il défendit toute exportation d'or, d'argent et d’autres matières précieuses hors de France, sous peine de confiscation.

Le Pape fut tout a fait surpris de cet acte d’hostilité. Il lui écrivit une lettre d'explications, dans

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laquelle, après lui avoir représenté qu'il violait les immunités ecclésiastiques, il lui faisait connaître sa sollicitude pour lui, ainsi que la nature de sa défense, qui n'était pas absolue. Il voulait seulement qu'on ne prélevât pas de nouveaux impôts sur le clergé, sans sa permission expresse ; il ajoutait que, dans un cas urgent, il serait Le premier à or. donner aux ecclésiastiques de payer les cor:tributions nécessaires, et que, s’il le fallait, il laisserait même vendre les vases sacrés et les croix des églises, pour aider un royaume si dévoué au Saint-Siége.

Cette humble condescendance du Pape fut inutile; Philippe persista dans ses projets, renouvela ses bravades, et sembla prendre à tâche d’insulter Boniface. Toutefois celui-ci n'avait fait que maintenir les canons de conciles bien antérieurs à lui, ainsi que les décrets des Papes Innocent LIT, Honorius II, ete. Le roi de France avait donc grandement tort de s’emporter contre la mise à exécution d’une loi séculaire, d’une loi que tous les princes reconnaissaient et à laquelle tous se soumettaient. Le Pape donna en-

core à ce prince ingrat plusieurs témoignages de.

son affection, accorda au clergé toute latitude dans les dons qu’il voudrait faire au roi, conféra à ce dernier le privilége de nommer à un bénéfice dans chaque cathédrale ou collégiale de son royaume, et termina cette même année (11 août, 1297) La canonisation de saint Louis, grand-père de Philippe. le-Bel. Mais ce dernier demeura sourd à la voix de l’affection la plus sincère.

Vers le même temps (1297) éclata un conflit très

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sérieux et très-regrettable entre le Pape et les deux cardinaux de la famille des Colonna, Jacques et Pierre, son neveu. Voici à quelle occasion : le cardinal Jacques s'était rendu coupable de graves injustices envers ses frères Mathieu, Odon et Landolphe ; ceux-ci s’adressèrent au Pape et lui exposérent leurs griefs, qu'il trouva fondés. Il ordonna que les deux cardinaux donnassent satisfaction pour ces injustices ; ils refusèrent. Depuis quelque temps, ils étaient aussi soupconnés, non sans raison, d'accorder protection et faveur à la maison d’Aragon, qui occupait injustement la Sicile et était par là mème l'ennemie du Saint-Siége. Boniface demanda comme gage de leur fidélité, qu'une gar:

nison de ses soldats pût stationner dans Palestrine, qui était sous leur domination ; il usait de son droit

de souverain temporel ; personne ne pouvait le lui

contester. Mais les Colonna refusèrent absolument

d'accéder à cette légitime demande; puis ils cher-

chèrent à se justifier de leur désobéissance, en con-

testant la validité de l'élection de Boniface VIT et ses droits au souverain pontificat,

Le cardinal Pierre, cité au tribunal du Pape, s'en. fuit de Rome avec le cardinal Jacques et tout le reste de sa famille ; ils répondirent à cet ordre par un libelle dans lequel ils attaquaient la légalité de l'élection de Boniface, soutenant que Célestin n'avait pas eu le droit d’abdiquer, et qu’en tout cas, cette abdication n'avait pas été volontaire. Ils disséminèrent partout cet infâme libelle, et poussèrent

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l'audace jusqu'à en faire attacher une copie à l'autel de Saint-Pierre.

Le Pape rendit deux arrêts (le 10 et Le 23 Mai, 1297) contre ces révoltés. Dans le premier, il les déclare schismatiques, privés de leurs dignités et de leurs bénéfices, confisque leurs propriétés temporelles et les proclame, avec cinq de leurs parents les plus proches, incapables de toute charge ecclésiastique ou séculière. Dans la seconde bulle, il dit en parlant de ces deux cardinaux: « [ls nous ont rendu pendant près de trois ans l’obéissance et le respect comme à un Pape ; ils ont participé avec nous au corps et au sang du Seigneur ; ils nous ont assisté à la messe et aux offices divins, comme les cardinaux ontaccoutumé de faire aux Pontifes de Rome. Diront-ils qu’ils l'ont fait par crainte, quand on sait que, dans le scrutin de notre élsction, ils nous ont librement élu et nommé Pape ; quand on sait qu’après notre élection, notre consécration et notre couronnement, ils nous ont rendu librement encore, eux et les leurs, respect et honneur comme au Pontife légitime ? »

Loin de se soumettre, les cardinaux Colonna se liguèrent avec Frédéric d'Aragon, rai dé Sicile, et reçurent ses ambassadeurs dans leur ville de Palestrine, Une troisième bulle du Pape (13 novembre, PT) vint confirmer les précédentes,

‘On s’est beaucoup apitoyé sur le sort des Colonna,

tandis que les plus grossières accusations n’ont cessé de pleuvoir sur le malheureux Pontife, Cependant,

je doute fort que tous ces déclamateurs eussent agi autrement que Boniface, s'ils se fussent trouvés dans la même position. Ces cardinaux étaient des sujets du Pape ; ne devaient-ils pas obéissance à leur souverain ? Ils se révoltaient ouvertement, et se liguaient avec ses ennemis ; pouvait-il les laisser s’'insurger contre lui, sans faire des efforts pour les soumettre ? Quel est le suzerain du moyen-âge, qui ne se fût mis immédiatement en campagne, pour réduire un vassal coupable de félonie? Les souverains du XIXe siècle ‘’agiraient même pas autrement. De plus, les Colonna accablaient Boniface de révoltantes injures, répandaient un libelle contre lui, prétendaient qu'il n’était pas Paye légi: lime, maïs un usurpateur. C'était évidemmrsnt se soustraire à l'autorité suprême et rec: nue de l'Eglise universelle ; ils détruisaient ieur propre ouvrage, puisque le cardinal de Saint-George (!)

affirme que Boniface fut élu à l'unanimité. Saint

Antonin dit également que les Colonna furent les premiers à voter en faveur du cardinal Cajetan. Il devient évident, par là mème, que les hostilités ne provenaient pas de ce que les cardinaux se seraient opposés à l'élection de Boniface, puisqu'il est certain au contraire qu'ils lui furent favorables. Il y avait donc rébellion ouverte contre l’autorité temporelle et spirituelle du Pape ; celui-ci fit ce qu'on fait ordinairement en pareille circonstance ; il chercha à les réduire. |

(:} De coronatione Bonifacii, L E, e, 2, :

Après avoir constaté que les rebelles violaient leürs promesses de soumission et après avoir donné aux coupables le temps de reconnaître leu faute, il entreprit une expédition contre eux. Le FA et la ville haute de Palestrine furent rasés par son ordre ; il fit passer la charrue sur le territoire, et bâtit au pied de la colline une r'ouvelle ville qu’il appela Cilla Papale. La punition était sévère, mais elle était dans les coutumes de l’époque, surtout en temps de guérre. Boniface mani‘esta beaucoup de bonté aux habitants de Palestrine ; il leur fit rendre leurs possessions, à la seule condition qu'elles seraient un fief relevant de lui-même, et non pas des Colonna.

La destruction de cette vi a été le thème favori dé bien des écrivains ou hostiles à la Papauté, ou peu soucieux de la vérité historique, On a répété bien souvent que Boniface VIII avait promis, en présence des magistrats de Rome, un plein pardon. aux Colonna, si, sous trois jours, Fire sé préseutaient. devant Jui, etqu'il devait les laisser en possession. * de leur. forteresse, s'ils consentaient à y laisser arborer la bannière pontificale.

Toutes ces assertions sont erronées. En effet, huit ans après la mort de Boniface, Clemeut V permit que Philippe-le-Bel, Guillaume de Nogaret cet les Colonna talhtdssent un procès à la mémoire du Pontife, au concile œcuménique de Vienne (1311). L'accusation roulait surtout sur ce que la ville de Palestrine avait été rendue en vertu d'une capitulation, qui n'avait pas élé observée. Petrini (1) rap-

(*) Memorie Prænestine, Roma, 1795, in:4°

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