‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 56 sur 71 · GRAND SCHISME D'OCCIDENT · texte numérisé non relu

GRAND SCHISME D'OCCIDENT

Après une absence de plus de soixante-dix années, les Papes, grâce surtout à la puissante intervention de sainte Catherine de Sienne et de sainte Brigitte,

LA

revinrent habiter Rome, devenne pendant ce temps la proie des factions des Guelfes et des Gibelins. Grégoire XI, dernier pontife d'Avignon, vint termirtier sa carrière dans la Ville Eternelle.

C'est à sa mort, arrivée en 137%, que commence la triste et lamentable période de l’histoire, connue sous le-nom de grand schisme d'Occident. Voici quelle fut l’origine de cette division si affligeante pour la chrétienté tout entière, et où l’on vit simultanément deux et même trois Papes qui se prétendaient légitimes, et qui siégeaient, les uns à Rome, d’autres à Avignon, d'autres ailleurs.

Le-simple exposé des faits suffira pour éclaircir celte question, qui parait si obscure à la plupart des personnes peu familiarisées avec les particularités de l’histoire.

Le décès de Grégroire XI nécessitait l'élection d’un nouveau Pape. Les Romains, persuadés que la dignité de chef de l'Eglise universelle est liée à celle Jd’évèque de Rome, voulaient absolument qu'on élût un romain ou un italien ; car, disaientils, si l'on choisit encore un français, il est à présumer qu'il ira se fixer à Avignon, et Rome sera de nouveau abandonnée, livrée à tous les envahisseurs, et ne sera bientôt plus qu’un monceau de ruines.

Les cardinaux entrèrent en conclave; ils étaient au nomlre de seize, dont onze français, quatre ita liens et un espagnol. Il y avait encore sept autres cardinaux français, dont six étaient restés à Avignon, après le retour de Grégoire XI à Rome, et le septième était légat en Toscane. Le 8 avril, les Romains

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se présentèrent à la fenêtre du conclave, firent entendre des clameurs un peu bruyantes et députèrent vers les cardinaux le magistrat qui était à leur tête. Celui-ci leur exposa le but desa mission, en disant que le peuple ne voulait plus se contenter d’un Pape italinn, mais qu'il exigeait un romain ; c'était vouloir rss -eindre la liberté du Sacré-Collége.

A celte nouvelle, le cardinal évêque de Limoges prit la parole, et, après avoir énuméré les qualités que devait posséder un souverain Pontife dans les circonstances difficiles où se trouvait l'Eglise, il ajouta qu'ilne les croyait réunies que dans une seule personne, l'archevêque de Bari, Barthélémi Prignani. Le Sacré-Collége fut unanime ea sa faveur ; lesitaliens étaient satisfaits de ce choix, parce qu'il était de leur nation; les français, parce que le nouvel élu leur était connu depuis longtemps et leur était très-sympathique. Prignani n’accepta cette dignité qu'avec une extrème répugnance, parce qu’il connaissait les difficultés qu’il aurait à vaincre.

Quand on annonça à la fenètre du conclave, que l'archevêque de Bari avait été créé Pape, le peuple fut d’abord trompé sur le nom qu’on avait prononcé ; il crut que c'était le cardinal romain Tebaldeschi, vieillard infirme et goutteux, qui avait été élu. On ie conduisit malgré lui en triomphe à la basilique Vaticane, et, en dépit de toutes ses protestations, on lui baisait les mains et les pieds, comme on a coutume de le faire pour un nouveau Pape. Il parvint enfin à désabuser le peuple, qui se précipita vers le conclave ; la fureur et l'excitation

étaient à leur comble. Les cardinaux ne modifière:.v cependant pas leur choix ; ils maintinrent leur élection, malgré l’orage qui allait grossissant. Les uns se réfugièrent daus le château Saint-Ange, d’autres, dans leurs palais, ou hors de la ville. Enfin, des personnages influents parvinrent à calmer la sédilion, et le 18 du mème mois, qui était le jour de Pâques, l’archevèque de Bari fut couronné solennellement dans la basilique Vaticane; il prit le nom d’Urbain VI. De là, il se rendit à cheval à Saint-Jean-de-Latran, pour prendre possession de l’archibasilique naitiéténte.

Ce tumulte noblidiré: ioint à la trop grande sévérité du nouveau Pape envers les cardinaux pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique, fut la première origine ou l’occasion du schisme qui allait éclater.

Les cardinaux, accoutumés au gouvernement paternel de Grégoire XI, furent extrêmement surpris et froissés de la manière rigide avec laquelle Urbain VI les traitait. Le mécontentement devint général et se traduisit sous la forme d’une conspiration. Sous prétexte de fuir les chaleurs de été, ils demandèrent et obtinrent de se rendre à Anagni; ils étaient au nombre de treize, dont douze français et un espagnol. Ils déclarèrent que Pélection d’'Urbain VI avait été faite sous l'empire de la crainte, et que, par conséquent, il n’était pas Pontife légitime. Ils élurent, pour lui succéder (août, 1378), le cardinal de Genève, Robert, qui prit le nom de Clément XIL et fixa sa résidence à Avignon, C’était le com-

mencement d'un schisme déplorable qui devait affli. ger l'Eglise pendant quarante ans. Tous deux travaillèrent à accroître et à consolider leur parti ; tous deux écrivirent des encycliques à toutes les Eglises, et créèrent des cardinaux. Clément VII eut pour lui les rois de France, d'Aragon et de Sicile ; les autres princes demeurèrent dans l’obédience d'Urbain VI.

La difficulté de connaitre quels furent, pendant cette période, les Papes et les antipapes, se réduit à la question de savoir si Urbain VI fut élu librement et d’après les règles canoniques, et par conséquent s’il était vraiment Pape.

La réponse est maintenant facile. Urbain VI était certainement évêque de Rome et chef légitime de

l'Eglise. En effet, comment les cardinaux pouvaient-.

ils prétexter le défaut de liberté et l'influence de la crainte, au moment de l'élection, lorsqu'il est évident pour tout le monde qu'ils élurent un napolitain, malgré toutes les clameurs du peuple qui voulait avoir un romain? Evidemment ils agissaient en toute liberté, et lorsque le peuple vint leur faire des menaces, ils demeurèrent ferr 2s, et répondirent au magistrat de la ville qu'ils auraient pour but la plus grande gloire de Dieu, Putilité de l'Eglise et Le salut du peuple chrétien. Quant à élire un simple archevèque et non pas un cardinal, il semble qu'ils auraient dû choisir un évêque romain pour contenter le peuple; mais non, ils faisaient acte d’indépendance, en choisissant celui qu’ils voulaient,

Mème avant le conclave et aux funérailles de Grégoire XF, les cardinaux parlaient de l'archevêque de Bari, comme étant le plus digne de succéder sur le trône pontifical : c'était aussi ‘opinion bien arrêtée et formellement exprimée de ceux qui devinrent ensuite antipepes sous les noms de Clément VII et de Be:oît XIII. Les actes du conclave nous prouvent également que le Sacré-Collége procéda à cette élection avec le calme le plus parfait, avec la plus grande tranquillité d'âme.

Une fois l'élection terminée, les cardinaux diffé. rèrent un peu d'en faire connaitre le résultat au peuple, convaincus qu’ils étaient que ce choix ne Jui agréerait pas; ce n’était donc ni la crainte, ni le désir de plaire aux Romains qui leur avait fait porter les yeux sur l’archevèque de Bari. Pourquoi prirentils la fuite en face de l’émeute, et pourquoi cette émeute, si, par crainte, ils avaient abondé dans le sens du peuple ? Pourquoi manifestèrent-ils une joie extraordinaire de voir la paix rétablie dans Rome ? Pourquoi s’empressèrent-ils d’assister à son couronnement le jour de Pâques et de lui rendre en public et en particulier les honneurs qui ne sont dûs qu’à un souverain Pontife ? Ils ne firent entendre aucune protestation, pendant les trois mois qui s’écoulèrent entre le couronnement d’'Urbain VI et l’élection de Clément VIT; au contraire, ils se firent euxmêmes les échos du mensonge, en notifiant à la chrétienté son élection comime légitime. Rien ne ies y forçait alors, de même que rien ne les avait obligés de le supplier d’açcepter le pontificat, de lui prèter

serment de fidélité, de solliciter auprès de iui des grâces particulières,de recevoir la sainte communion de sa main; rien ne les avait contraints d'écrire aux cardinaux demeurés à Avignon, pour leur apprendre qu'ils avaient élu librement et à l'unanimité Urbain VI, et qu'ils en attendaient un grand bien pour l'Eglise. En outre, le nouvel élu agit sans réclamitions comme Pape; les lettres de la Sacrée Pénitencerie s’expédiaient en son nom; on faisait mention de lui au canon de la messe ; personne, en un mot, n'entretenait alors le moindre doute sur la légitimité de son élection. D'où je conclus qu'Urbain VI tait certainement Pape, ainsi que ses successeurs ‘sniface IX (1389-1404), Innocent VII (1404-1406), Grégoire XIT (1406-1417) et Martin V, et que, par conséquent, Clément VIT était antipape, ainsi que

. son successeur Pierre de Lune ou Benoit XIII

Tous les bons catholiques gémissaient de voir la dissension se perpétuer dans l'Eglise. Sainte Cathe. rine de Sienne, l'héroïne de son siècle, jeune vierge d’une trentaine d'années, employait tous les moyens que lui suggéraient sa piété et sa grande âme, pour étouffer le feu de la discorde. Elle écrivait de nombreuses lettres et à Urbain VI, pour l’engager à unir à la justice une grande mansuétude, et aux cardinaux, pour les prier de se soumettre à ce Pape, et aux princes, pour les déterminer à extirper le schisme. Son influence était considérable dans les cours séculières et sur l'esprit des Pontifes.

Elle était secondée dignement par une autre Catherine, fille de sainte Brigitte. Impossible de peindre leur sollicitude extrème pour le rétablissement de la concorde.

Saint Vincent Ferrier, illustre apôtre de l’Europe à cette époque, travaillait beaucoup dans le même sens. La confusion générale que ce schisme avait produite dans les esprits, le fit d’abord adhérer à l'antipape Benoît XIII; mais il s'aperçut ensuite que la légitimité de son élection était contestable, et il lui conseilla charitablement, mais en vain, de renoncer aux honneurs de la dignite pontificale.

Plusieurs princes, cardinaux, évèques et fidèles des deux partis, exprimèrent le désir qu'ils avaient de voir la question réglée par un concile général, et jurèrent de reconnaître celui qu’élirait ce concile. Toutes les universités et surtout celle de Paris, ainsi que le roi de France, voulaient que les deux Papes abdiquassent ; mais Benoît XILIT, excessivement opiniâtre, ne cessait de mettre des entraves, et ne con: sentait à résigner que lorsque Grégoire XI lui en aurait donné l'exemple.

Toutes ies tentatives de conciliation étaient donc venues se briser contre le mauvais vouloir de Pierre de Lune. On eut recours à un coneiïile que les cardinaux convoquèrent à Pise (1409), malgré toutes les protestations de Benoit XIII et de Grégoire XIT Ce concile les déposa tous deux, et élut à leur place Alexandre V, de sorte que l'Eglise se vit avec trois prétendants à la Papauté, au lieu de deux qu’il y

avait eu auparavant. On avait voulu remédier au mal et l’on n'avait fait que l’accroître.

Cette assemblée de Pise ne pouvait pas avoir l'autorité d’un concile général, et n’est ordinairement considérée que comme un effort de la chrétienté, pour rétablir dans l'Eglise l’unité de fait, comme on la reconnaissait de droit. Le but qu’on s'y proposait était certainement noble et pur ; malheureusement la convocation n'avait pas été faite par l’autorité compétente, par le Pape ; il n’y avait pas de légats pontificaux, et beaucoup d’évêques refusèrent, pour cette raison, d’y assister. C'était une assemblée acéphale, irrégulière, et dont les actes ne reçurent d'autre sanction que celle d'Alexandre V. Or l'autorité de ce troisième Pape était pour le moins aussi douteuse que celle de l'assemblée qui l'avait élu. Donc, bien que le concile de Pise fût Ja réunion d’efforts généreux pour le plus grand bien de l'Eglise, il n’eut pas pourtant le pouvoir de réprimer le terrible incendie, qui exerçait tant de ravages, depuis trente ans, et il n’a jamais joui d’une autorité incontestable dans l’Eglise. (1)

Le nouveau Pape ne régna qu’une année ; ilmourut en 1410, et eut pour successeur le cardinal Balthasar Cossa, napolitain, qui prit le nom de Jean XXIIL Ilest difficile de concevoir l’extrême confusion qui régnait à cette époque; les uns se soumettaient, et avec raison, à Grégoire XII, légitime successeur d'Urbain VI, d'autres, à Benoît XIII, d’autres, enfin, à Jean XXIIT.

(*) Palma, Praëélect. hist. eccl., t. III, p. 49.

Ce dernier, après avoir fait son entrée dans Rome, en partit bientôt pour se rendre à Constance et y présider un grand concile; la chrétienté tout entière allait tenter un suprème effort pour rétablir l'unité si ardemment désirée et réaliser les pareles de Jésus-Christ: «Il n’y aura qu'un seul troupeau et qu’un seul pasteur.» Non-seulement les évêques, mais encore grand nombre de laïques, les ambassadeurs des princes, et plus de dix-huit mille ecclésiastiques, se trouvèrent à cette assemblée. Contrairement aux usages ordinaires, les suffrages se donnèrent par nations, lesquelles avaient, chacune, leur président. ![l y eut d’abord la nation anglaise, l'italienne, la française et l'allemande, quand on ne traita que de la cause de Jean XXIIT et de Grégoire XII; on y ajouta la nation esagnole dans le procès de Benoît XIIL Beaucoup d'evèques et de cardinaux réclamèrent contre cette manière de procéder puisque les évêques seuls sont juges dans les conciles; mais on passa outre.

L'autorité de cette assemblée était encore douteuse comme celle du pontife qui l'avait convoquée. Jean XXIIT présida la première session, et dans la seconde, à la demande du concile, il promit par serment de renoncer à sa dignité, si ses concurrents abdiquaient, ou encore si la paix de l'Eglise l’exigeait.

Il se repentit bientôt de cette généreuse promesse, et de peur d’être forcé de la mettre à exécution, il prit la fuite, et se retira à Schaffouse, sous la protection de Frédéric, duc d'Autriche.

Le concile le cita à son tribunal ; il refusa de com-

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