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torilé suprème et infaillible du Prince des Apôtres et de ses successeurs sur le siége de Rome.
La première fois que Simon est présenté à Jésus par son frère André, Jésus, voulant signaler immédiatement les destinées futures du nouvel Apôtre, lui dit ces paroles : «Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas, ce qui signifie Pierre.» (!) Le changement de nom, fait par Dieu même, indique toujours quelque événementextraordinaire, ou laisse apercevoir les horizons, plus ou moins éloignés, d’une nouvelle carrière. (?) Dans le cas présent, Jésus annonçait à Simon qu’il deviendrait le fondement, la pierre angulaire du grand édifice de l'Eglise.
Bientôt les paroles de Jésus-Christ brillent d'une évidente clarté. Un jour, «il vint dans la région de Césarée de Philippe, et s’adressa à ses disciples en leur disant : Que dit-on du Fils de l'homme? Ceuxci répondirent : les uns souliennent que vous êtes Jean-Baptiste ; les autres, Elie; d’autres, Jérémie ou quelqu'un des prophètes. Jésus reprit: Et vous autres, que dites-vous que je suis? Simon Pierre, prenant la parole, dit: Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. Jésus répondit en disant : Tu es heureux, Simon, fiis de Jonas, parce que ce n’est ni la chair, ni le sang qui l'ont révélé cela, mais mon Père, qui est dans les cieux. Et moi je te dis qué tu es Pierre, et que sur cette Pierre je bâtirai mon (1) Joan., I, 42.
(2) Cf. Gen., XVII, 5 ; XXXII, 28.
Eglise ; et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel.» (1)
[l'est Mien évident, d’après ce texte, que saint Pierre seul nrofesse ouvertement ladivinité de Jésus- Ghrist; qu'il n’est aucunement chargé de répondre
au nom des autres ; que c’est à lui seul que le Sau-
veur s'adresse, en lui disant qu’il est bienheureux et que c'est son Père qui lui a fait cette révélation. C'est aussi à saint Pierre seul, que Jésus fait ses promesses ; pour le récompenser de sa profession de foi, il lui fait connaitre de quelle dignité il sera revêtu ; désormais il ne s’appe lera plus Simon, mais seulement Pierre,—l’un des noms prophétiques du Christ Jui-mème—parce qu’il sera véritablement la pierre fondamentale sur laquelle il bâtira son Eglise ; il ne sera plus simple Apôtre comme les autres, mais la base sur laquelle s'appuieront les Apôtres, les fidèles, l'Eglise entière. Quiconque se trouve en dehors de ce fondement que Jésus-Christ a donné à son Eglise, ne siurait être membre de l'Eglise; c’est cette base solide qui soutiendra tout l'édifice, qui en liera intimement les différentes parties entre elles. Or l'Eglise ést une société parfaite, composée de membres subordonnés les uns aux autres par les différents degrés de la hiérarchie, et dont l'unité nous est ici représentée sous la figure d’un édifice. De plus,
(1) Mt. XVI, 13-20.
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dans une société, le principe qui produit l'unité, qui est absolument nécessaire à son existence et qui la rend stable, c'est une autorité suprème. Ildoit donc y avoir entre Pierre et l'Eglise la même relation essentielle qu'entre le fondement et l'édifice; par conséquent Pierre, qui est la base, est une partie absoiument nécessaire à l'édifice de l'Eglise; il lui donne la stabilité; il en maintient toujours l’unité, et il doit jouir d’une autorité souveraine. Enlevez la base, et l'édifice s’affaisse et se détruit; de mème, enlevez Pierre ou ses successeurs, et l'Eglise disparaît: pas d'édifice sans fondement ; de même pas de société possible sans autorité; pas d'Eglise sans Pierre.
Mais, d’un autre côté, l'Eglise doit subsister jusqu'à la fin des siècles; Jésus-Carist a promis de de. meurer avec elle ; l’'Esprit-Saint, le Paraclet doit lui enseigner toute vérité et ne jamais cesser de l’éclairer. Donc l'Eglise est indéfectible.
Cette conclusion se trouve coufirmée par les paroles de Jésus-Christ ans le même texte: «Sur cette pierre je Dbâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle» Il est clair que si les puissances de l’enfer ne peuvent prévaloir contre l'Eglise, cette Eglise ne saurait périr. Mais elle n’est l'Eglise qu’en tant qu'elle est bâtie sur Pierre, et l'élément vital de cette société surnaturelle, c’est la vérité révélée, c’est la vraie foi. Donc
. Pierre, qui en est la base, ne peut pas faillir dans la
foi, dans la doctrine révélée ; .utrement, sa chüûte
entrainerait celle de l'Eglise : ce qui est contraire aux promesses irrévocables du Sauveur. Donc Pierre, constitué le fondement d’une Eglise infaillible et indéfectible, d’une Eglise qui doit, jusqu’à la fin du monde, enseigner la vérité aux nations, doit nécessairement jouir d'une autorité suprème, infaillible, et se perpétuant dans ses successeurs, qui ne forment avec lui qu’une personne morale.
C'est ce qui faisait dire à saint Ambroise : « Celuilà est Pierre à qui ie Seigneur a dit: Tues Pierre, et sur celle pierre je bätirai mon Eglise. Là où est Pierre, là est l'Eglise. Là où est l'Eglise, là n’est pas la mort, mais la vie éternelle» (1) Il est donc facile de trouver l'Eglise ; il n’y a qu’à trouver Pierre, qui vit dans ses successeurs légitimes, dans les Pontifes
de Rome.
C'est pour la mème raistn que saint Augustin, dans un chant populaire composé sous forme de psaume contre les donatisles, écrit les strophes suivantes : À
« Venez, mes frères, si vous voulez être greffés en celui qui est la Vigne. C’est pour nous une douleur de vous voir coupés et gisant à terre. Comptez les évêques qui ont siégé sur la chaire même de Pierre. Voyez en quel ordre ces Pères ce sont succédé l’un à l’autre. C’est là la Pierre contre laquelle les portes orgueilleuses de l'enfer ne peuvent remporter la vic. toire» (2) Tous les Pères de l'Eglise parlent dans le
(!) Enarratio in Ps. XL, c, XIX, (*) Pealmtis contra partem Donati,
re mème sens; ils considèrent que Pierre vit dans les ic Û Pontifes de Rome, qu’il parle, pour ainsi dire, par il- ; leur bouche, parce qu'ils ont hérité de ses préroga- ’à tiveset sont devenus la base sur laquelle repose , “ l'Eglise.
€, Personne ne nie que Jésus-Christ soit Le chef inviui sible, le fondement principal de son Eglise, celui qui communique aux Papes leur stabilité dans la 1i- foi; ce que nous nions, nous catholiques, c’est que €, le Sauveur le soit à l'exclusion de Pierre et de st ses successeurs. C’est pourquoi saint Léon, faisant as adresser la parole par Jésus à saint Pierre, écrivait : le «De même que mon Père t’a manifesté ma divinité, ui le mème en retour je te fais connaitre l'excellence de de ta dignité, en te disant que tu es Pierre; c’est-àdire, bien que je sois la Pierre inviolable, la Pierre B angulaire, qui réunis en un deux choses, bien que | je sois le fondement auquel nul n’en peut substi- : tuer un autre, cependant, toi aussi, tu es Pierre ; H A car ma force devient le principe de ta solidité, en sorte que ce qui m'était propre par ma puissance, te n devient commun avec moi par participations (1) el Mais, reprennent nos adversaires, n'est-il pas écrit que «personne ne peut poser un autre fondement B. que celui qui a été établi, c’est-à-dire, Jésusn Christ»? (2) Ne lit-on pas aussi que «l'Eglise est S bâtie sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, ñ et que Jésus-Christ en est la pierre angulaire »?(3)
‘) In annivers. assumptionis suae Serm. IV:
\!) (?) I Cor., Ili, 11, (® } Ephes; ti, 90;
La réponse à ces objections se tire des contextes. Dans le premier cas, saint Paul parle du fondement de la prédication évangélique ; en effet, il reproche à certains ministres cette vaine gloire qui les induisait à détruire son autorité auprès des Corinthiens, etiileur déclare qu'ils ne peuvent mettre une autre base que celle qu'il a établie, ni prêcher une doctriné différente de la sienne, qui est celle de Jésus-Christ. Dans le second, il fait allusion aux Juifs et aux Gentils, que l’effusion du sang du Sauveur a réunis en un seul corps, en une société, qui est son Eglise. Tous ces fidèles sont bâtis, appuyés sur le fondement des Prophètes et des Apôtres, en ce sens que ce sont ces derniers qui ont prédit et signalé la venue du Messie, et qu’ils ont enseigné la même doctrine, la même foi au sujet du Christ, Il est évident que, dans ces deux textes, il n’est pas question de la base de l'Eglise, mais uniquement du fondement de la prédication de la doctrine chrétienne.
On fait une instance en disant que plusieurs Pères de l'Eglise appliquent le mot pierre non pas à Simon, mais aux Apôtres, ou à Jésus-Christ, ou à la foi de saint Pierre.
À cela je réponds que ces Pères ne veulent pas dire par là que les Apôtres, Jésus-Christ et la foi de Pierre sont le fondement réel de l'Eglise, destiné à maintenir l'unité entre les fidèles, ue la même manière que Pierre ; ils enseignent seulement que les Apôtres pouvaient, comme Pierre, propager la connaissance de l'Evangile, administrer les sacre-
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