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ments, ordonner les évèques et les prètres, fonder des Eglises ; ils veulent dire seulement que Jésus- Christ est le fondement principal et invisible, duquel Pierre emprunte toute sa force et sa dignité surnaturelle ; ils entendent par là que Pierre enseignant et croyant est la cause, le principe de la solidité de l'Eglise. Ces diverses inter prétations n'excluent pas le sens Littéral que nous avons établi, mais elles se coordonnent entre elles, se déduisent l’une de l’autre et se complètent mutuellement.
Jésus-Christ donne encore à saint Pierre les clefs du royaume des cieux, ainsi que le pouvoir de lier et de délier. Dans le langage des Saintes Ecritures, (1) et mème des Orientaux de nos jours, donner les clefs à quelqu'un, c’est lui conférer le symbole d'un droit, d'une autorité suprême sur une maison, -une cité, un royaume ; lui seul ouvre sans que personne puisse fermer, et lui seul ferme sans que personne puisse ouvrir. On ne remet les clefs d’une ville qu’au souverain ou au conquérant, et cet acte même est la reconnaissance de son pouvoir et de ses droits. Par ces paroles, Jésus-Christ conférait donc à saint Pierre une autorité suprème sur le royaume des cieux, sur son Eglise, qu’il désigne souvent de cette manière, uue autorité dépendante seulement de lui-mème, et indépendante des membres de l'Eglise, une: autorité que. Jésus:Christ possède essentiellement et que Pierre n’a que par participation.
(') 18, VIII, 5; XXII, 22 ; Apoc., I, 18.
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Jésus-Christ explique ensuite ce pouvoir des clefs et nous le montre en exercice : «Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel.» Ce n’est plus le pouvoir accordé à tous les Apôtres, qui se restreint au pardon des péchés,(1) et qui est contenu dans celui des clefs, mais c’est une puissance que rien ne limite, qui s'étend à tout dans l'Eglise, qui comprend le droit de faire des lois, de les suspendre, de les expliquer, de les abroger, d'en dispenser, et de connaitre de l’universalité des matières religieuses; en un mot, c'est une autorité de suprème juridiction, qui embrasse tout lien moral et renferme tous les droits nécessaires au bon gouvernement de l'Eglise. Le pouvoir de Pierre s'étend même sur les autres Apôtres, puisque seul il est constitué fondement de l'édifice, chef de l’Eglise ; seul il reçoit les clefs du royaume des cieux, c'est-à-dire, une puissance souveraine et indépendante dans l'Eglise ; tous les autres lui sont subordonnés, doivent reposer sur lui comme sur leur base et lui être unis dans l’exercice de leurs fonctions. C'est pour cette raison que les Pères de l'Eglise l'appeiient /e Prince des Apôtres, le portier du ciel, le pasteur des agneaux et des brebis, la source et la racine de l'unité, etc. Ces expressions nous font voir la croyance de l'Eglise en l'autorité suprême de saint Pierre sur tout le troupeau de Jésus-Christ, sur tous les chrétiens, à quelque catégorie qu'ils appartiennent.
(:) Joan., XX, 23; Mt, XVIII, 18,
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Le Sauveur avait déjà souvent parlé de sa mort prochaine et des épreuves qu'auraient à subir les Apôtres et l'Eglise entière.(!\ Il les voyait encore disputer pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand. Ce débat ambitieux donna occasion à Jésus de leur montrer comment ils devront se conduire au temps de l’adversité. Il leur dit que celui qui est leur chef doit se faire petit et comme le serviteur de tous; des tribuiations effroyables les attendent ; Satan les passera au crible ; mais qu'ils ne craignent rien, il priera pour Pierre afin qu'il puisse les affermir dans la foi.
Voici ses paroles : « Simon, Simon, voici que Satan a demandé de vous cribler tous comme du froment ; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; lors donc que tu seras converti, confirme tes frères.» (2)
Un grand péril menace les Apôtres ; Satan veut les perdre, en s’altaquant à leur foi. Chose remarquable! Jésus ne prie pas directement pour tous ceux qui doivent être criblés, ou persécutés, mais seulement pour Pierre ; c’est lui qui doit les arracher au danger ; il demande que sa foi ne défaille point, afin qu'il puisse ensuite confirmer ses frères, c'est-à-dire
(\) Joan., XVI.
(?) Luc, XXII, 31, 32. Le R. P. Schneeman, dans un savant article inséré dans les Etudes Rcligieuses (mai, 1868), publiées à Paris par les RR. PP. Jésuites, donne aux paroles fu aliquando conversus le sens suivant : ‘‘ J’ai prié pour toi, et toi, de ton cété, affermis tes frères.” Cette interprétation parait la plus naturelle et la mieux fondée,
les soutenir, les rendre fermes, inéhranlables contre toutes les attaques de l'ennemi. Le Sauveur ne restreint pas cette fonction du Prince des Apôtres à une seule circonstance ; il parle d’une manière générale et indéterminée ; chaque fois que Satan, chaque fois que les portes de l'enfer chercheront à prévaloir contre eux, Pierre, protégé par le bouclier de sa foi indéfectible, et devenu le fondement inexpugnable de l'Eglise, devra les affermir dans la vraie foi, base du christianisme, et lien qui unit les hommes à Jésus-Christ.
Encore ici, il est facile de voir que la pureté de la doctrine de Pierre tire son origine, non pas de ses frères qu’il doit affermir, mais uniquement de l’eficacité de la prière du Christ; c’est lui qui envoie à son Eglise le divin Paraclet, l'E:prit de vérité, c’est lui aussi qui donne à Pierre l’immutäbilité dans la vraie foi, dans la doctrine révélée. Or Pierre, «evenu le fondement de l'Eglise, ne peut pas plus périr que l'Eglise elle-même ; il vit, avec toutes ses prérogatives, dans les Pontifes Romains, ses successeurs. Donc ces Pontifes chargés, comme l’ierre, de confirmer leurs frères dans la foi, ne peuvent rien enseigner qui ne soit orthodoxe ; en d’autres termes, ils sont personnellement infaillibles. « Ainsi donc, dit saint Léon, c’est dans Pierre que la force de tous les autres est garantie, et le secours de la grâce divine est ordonné de telle sorte, que la solidité accordée à Pierre par le Christ, est conférée par Pierre aux Apôtres. » (1) Dans un autre endroit, il parle de la
(1) Loc, citato.
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‘3 INTRODUCTION DOGMAT QUE. 19
re foi de Pierre, et déclare que «Dieu a communiqué à es- cette foi une si grande solidité, qu’il est impossible ne que la corruption de l’hérésie puisse jamais l’atteinile ‘ dre, ou la perfidie païenne, la vaincre!» Ailleurs il Dis ajoute que la dignité de Pierre, de même que sa oir fes".t6 dans la foi du Christ, est transmise même foi à un héritier indigne.
ble Bossuet, considérant les assauts que Satan doit se livrer à l'Eglise jusqu'aux temps de l’Antechrist, dit : à «C’est pourquoi il y devait toujours avoir un Pierre dans l'Eglise pour confirmer ses frères dans la foi : la
‘0 c'était le moyen le plus propre pour établir l’unité ses … de sentiments, que le Sauveur désiait plus que
ffi- \ toutes choses, et cette autorité était d'autant plus
> à L nécessaire aux successeurs des Apôtres, aux évêques,
est 4 que leur foi était moins affermie que celle de leurs |
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… Jésus-Christ n'avait pas encore mis la dernière ! main à son œuvre ; mais à peine est-il ressuscité
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SA | qu’il se hâte d'en compléter l’organisation. L'Eglise, Î te | destinée à conduire l'humanité vers la patrie céleste, Îl ji . avait besoin que son chef visible fût reconnu et il | proclamé solennellement par le Sauveur lui-même. | il} D « Après qu’ils eurent diné, Jésus dit à Simon-Pierre : |. e Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?— | à : Oui, Seigneur, lui réponditil, vous savez que je \ | vous aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux. Il X RE La lui dit une seconde fois: Simon, fils de Jean,
(*) Méditat. sur l'Evangile, 72e jour.
20 INTRODUETION DOGMATIQUE.
m'aimes-tu ? Simon lui dit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux. Jllui demanda pour la troisième fois: Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Pierre fut contristé de ce qu’il lui demandait une troisième fois : Pierre, m'aimes-tu ? et il répondit: Seigneur, vous savez toutes choses, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis. » (1)
Pierre, qui avait déjà reçu la même mission, le mème pouvoir que les autres Apôtres, est seul à recevoir maintenant la charge redoutable de paître le troupeau de Jésus-Christ ; son amour particulier pour son divin Maitre lui attire cette nouvelle prérogative. Îl doit paitre les agneaux et les brebis, c’est-à-dire, gouverner avec autorité, avec empire, avec pleine juridiction les fidiles, les prétres, les évéques, réunis ou dispersés, en un mot, tous les membres de l'Eglise chrétienne. Son pouvoir s'étend à tous sans exception, et, comme il vient directement de Dieu, il s'en suit qu'il peut s'exercer validement en dehors du consentement de l'Eglise ; de l’autre côté, tous seront tenus de lui obéir ; il y a corrélation entre l'autorité et l'obéissance. Maïs, si en vertu de cette autorité suprème sur l'Eglise entière, il a droit à sa soumission, j'en conclus qu’il doit être infaillible ; autrement, il pourrait conduire le troupeau dans les pâturages vénéneux de l'erreur ; il pourrait imposer à une Eglise qui, d’après les promesses du Sauveur, est infaillible, l'obligation stricte de croire une doc-
(1) Joan., XXI, 15-17,
vous | CRT trine fausse : ce qui est une contradiction évidente,
M. puisque son Eglise doit vivre de la vérité jusqu’à la AGE fin des siècles. Si l’on suppose que, daus ce Cas, le fois : troupeau ne Lee plus se soumettre au Pasieur, sr alors l’unité de 1 Eglise est rompue. Or Jésus-Christ ï a toujours considéré l'unité et la vérité comme deux iii … éléments essentiels à l'Eglise, et par conséquent le î Pasteur suprème ne pourra jamais enseigner l'erreur. 1, le 4 ul à à IV :
ne 4 Cette doctrine de l'autorité infaillible des sousu à | verains Pontifes a revètu toutes les formes sous la pe plume des saints Pères. Ainsi ils appellent le 10 x Prince des Apôtres le rocher très-ferme, très solide, vie . inébranlable, imprenable. « La foi de Pierre, dit saint "re Hilaire, est le fondement de l'Eglise et elle rend be L. les portes de l’onfer impuissantes contre elle. » Saint
Ambroise reprend à sou tour : « Geite foi est la base de l'Eglise ; car ce n’est pas de la chair de Pierre, mais de sa foi qu’il a été dit que les portes de la mort ne prévaudront pas contre elle; c’est cette profession de foi qui a vaincu l'euier, et qui a repoussé bien des hérésies : en effet, de même que l'Eglise, semblable à un bon navire, est souvent ballotté sans péril sur les flots, de même le fondement de l'Eglise doit résister à toutes les hérésies. »
Ils professent la même croyance, lorsqu'ils enseignent qu'il faut nécessairement adhérer à l'Eglise Romine, au siége de Pierre, si l’on veut être du nom- Le des fidèles, et ne pas périr dans les eaux du dé-
luge ; lorsqu'ils disent que la cause est finie, parcè que le Siége Apostolique a parlé ; lorsqu'ils répètent que Pierre vit dans ses successeurs pour assister tous ceux qui cherchent la vérité de la foi; lorsqu'iis écrivent que la perfidie ne peut pas avoir accès au siége de Rome, parce que ce siége est la source, le gardien, la colonne, le fondement immuable et iuvulnérable de la foi, ete.
Geite doctrine a été reconnue pratiquement par les Papes, par les évêques réunis en concile, par les fidèles de tous les temps, par l'Eglise universelle; les faits exposés dans les leçons qui suivent, démontreront pleinement la vérité de cette thèse. |
Notre peuple canadien s’est toujours glorifié, ‘et'à juste titre, de sa soumission filiale et de son adhrésion parfaite aux doctrines romaines, à la (haïre de Pierre. Le premier évêque du pays, Mgr. de Laval, voulut, dès le principe, ne relever que de Rome ; il savait que là seulement se trouve le véritable point d'appui, la source de toute autorité légitime et de toute orthodoxie. Rompant avec les traditions de l'Eglise de France, il introduisit de suite la liturgie romaine dans son immense diocèse. Ces heureux commencements de parfaite union avec le Saint- Siége n’ont fait que grandir et se fortifier avec le temps. Aussi voyons-nous les Pères des conciles provinciaux, tenus à Québec, accueillir avec une obéissance entière toutes les constitutions, hulles et décrets des Papes, et rappeler aux fidel. : .'enseigne-
ment du concile de Florence concernant l'autorité tent suprême du souverain Pontife, Docteur de tous les tous #7 chrétiens.
qu”iis L'Université Laval a toujours enseigné la doc- > au trine de l’infaillibilité des Papes ; elle s’en fait gloire e, le " et elle adhère encore de tout cœur à la définition + iu- qu'a donnée sur ce sujet le saint concile du Vatican:
«Lorsque le Pontife Romain parle ex cathedra, c'est. t par à-dire, lorsque, remplissant la charge de Pasteur et r les de Docteur de tous les Chrétiens, il définit, en verelle ; tu de sx, suprème autorité apostolique, qu’une doc-
mon- 7 trine concernant la foi ou les mœurs doit être crue
# par l'Eglise universelle, il jouit pleinement, par l’assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Eglise fût pourvue en définissant la doctrine touchant la foi ou les mœurs; et, par conséquent, de telles définitions du Pontifs Romain sont d'elles mêmes irréformables, et non en vertu du consentement de l’Eglise» (Concile du Vatican : De l'Eglise du Christ, Constit. I, chap. 4).
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