‹ La primo-infection tuberculeuse de la conjonctiveChapitre 11 sur 23 · ER · texte numérisé non relu

ER

Dans des cas plus rares, l’histoire de l’adénopathie s’échelonne sur plusieurs années. Pélissier et Valtis relatent l’observation d’une femme qui eut, en 1908, à l’âge de 8 ans, un complexe conjonctivo-prétragien. En 1910, l’élément ganglionnaire persistait encore et avait même augmenté de volume. Son état s’améliora ensuite progressivement, mais une seconde poussée toujours unilatérale et du même côté survint en 1916 et ce n’est qu’en 1918, c’est-à-dire dix ans après le début, qu'on assista au ramollissement des lésions. Puis la guérison définitive, cette fois, s'installa peu à peu et lorsque les auteurs examinèrent la malade en 1928 ils ne trouvèrent que de petits ganglions très durs roulant sous le doigt allant de la région prétragienne au creux susclaviculaire. Cet état séquelle était d’ailleurs visible radiologiquement sous forme d'innombrables taches crétacées de l’oreille à la clavicule. On voit donc que l’inéluctable guérison locale n’est qu’une question de temps. ;

Mais il ne faut pas perdre de vue que le complexe ne représente que le premier stade de l'infection tuberculeuse humaine. Si on accepte la classification de Ranke, une deuxième et même une troisième phase peuvent survenir. La période de dissémination, qui fait suite théoriquement à la période du chancre d’inoculation, en réalité commence bien souvent avant que les lésions conjonctivo-ganglionnaires se soient effacées. Le plus souvent, d’ailleurs, elle passe inaperçue. Dans quelques cas seulement,

quelques incidents viennent en donner la signature. C’est ainsi que dans les observations rapportées par Morax et Rist (n° 5), Pierret et Lefebvre, Bretagne, des éléments d’érythème noueux sont apparus au cours de l’évolution. Courcoux a même constaté une typho-bacillose. Par contre, il est très rare de pouvoir, comme l’a fait Troisier, donner la preuve de la bacillémie, en obtenant une culture bacillaire sur Pétragnani ou une tuberculisation du cobaye avec le sar:g du malade.

Est-il fréquent de voir dans l’avenir de ces sujets survenir des lésions tertiaires, si on peut s’exprimer ainsi, pulmonaires en particulier ? Les observations sont généralement muettes à ce sujet, car il est rare d’avoir un recul suffisant dans le temps pour considérer une conclusion comme certaine. On peut transposer ici ce que dit Wolinetz à propos des primoinfections cutanées : «Il semble donc que les individus ayant guéri d’une primo-infection cutanée se présenteront tardivement comme des sujets tuberculisés allergiques, mais indemnes de ce foyer pulmonaire et médiastinal, que beaucoup d’auteurs considèrent comme le reliquat de la primo-infection. Par conséquent, pour qui admet que la tuberculose pulmonaire chronique banale type adulte ou de réinfection se développe au niveau autour ou au voisinage de cette lésion ancienne, ces sujets seront à l’abri de cette affection. Ou tout au moins ils n’y seront pas plus exposés que les autres ne le sont à la tuberculose osseuse, rénale, etc, due à la migration des

Page 1