‹ La primo-infection tuberculeuse de la conjonctiveChapitre 15 sur 23 · DES: VER · texte numérisé non relu

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bacille, (humain, bovin, aviaire), chez 100 '% des animaux (cobaye ou lapin). Le résultat est très précoce chez les cobayes infectés avec le type humain et chez les lapins avec le type bovin. L'apparition de la micro-polyadénite, décelable à la palpation et vérifiée à Pautopsie, se manifeste chez les cobayes traités par scarification avec les types de bacilles humain et bovin (non avec les aviaires) et chez les cobayes injectés sous la conjonctive avec les trois variétés de bacilles. Chez les lapins les résultats sont positifs avec les deux modes d’opérer et les trois types de bacilles. L’engorgement ganglionnaire se manifeste du dix-septième au vingt-quatrième jour.

Il restait donc bien admis, et ce fait n’est nullement contesté à l’heure actuelle, que la simple instillation d’une goutte de crachat bacillifère ou d’émulsion de culture, à la surface de la conjonctive chez les cobayes ou les lapins, réalise, sans lésion locale au niveau de l’œil lui-même, un mode d’infection naturel et, sur cette constatation, Calmette et ses collaborateurs, en 1913, avaient fondé une hypothèse sur la propagation de la tuberculose. « L’idée vient immédiatement à l’esprit que la contagion familiale interhumaine s'exerce sans doute fréquemment par la même voie et qu’elle est alors consécutive à la projection, par un tuberculeux tousseur, sur la conjonctive oculaire de sujets sains,'de particules de salive riches en bacilles ». Le bacille, ayant pénétré par la conjonctive, gagnerait les ganglions du cou, provo-

quant leur engorgement, et, de là, les ganglions trachéo-bronchiques et les poumons.

Morax et Rist, en 1935, se sont élevés contre cette conception. Ils font observer que des notions anatomiques bien établies viennent contredire les idées de Calmette. Certes, Weleminsky, en 1905, prétendait que les ganglions trachéo-bronchiques constituent le centre de l'appareil lymphatique et l’aboutissant de toutes les voies lymphatiques de l’organisme, mais Beitze démontra en 1906 qu’il n’est aucun vaisseau lymphatique efférent allant des ganglions cervicaux aux ganglions trachéo-bronchiques. Plusieurs auteurs, Hart, Most, Bartels, décrivirent des troncs efférents des ganglions trachéo-bronchiques gagnant un ganglion cervical tout près de la veine sus-claviculaire, mais ne réussirent pas à injecter, par voie rétrograde, les troncs efférents aux ganglions trachéobronchiques à partir des voies lymphatiques cervicales. Aussi tous de conclure, qu’il n’y a en aucun cas d’anastomose directe entre le système lymphatique de la tête et du cou et les lymphatiques de la plèvre, du poumon et des bronches. Hovelacque, d’ailleurs, exprime la même opinion dans son ouvrage sur les lymphatiques du poumon. L’atteinte pulmonaire ne peut donc se réaliser que par voie sanguine. Le ganglion prétragien, qui fait partie du groupe des ganglions parotidiens, est drainé par les ganglions sous-sterno-mastoïdiens et le tronc jugulaire. À gauche, celui-ci s’abouche dans le canal thoracique, qui va à la veine sous-clavière gauche. À

+, ,Puc

droité, il se jette directement où par lintérmédiaire de la grande veine Iÿmphatique dans le confluent des véines jugulaireé ét sous-clavière droites. « Ce, qui est venu de la conjonctive par la lymphe, ne peut ärriver au poumon que par la voie sanguine ». Il en est d’ailleurs de même chez le cobaye, d'après les travaux de Krause sur les lymphatiques de cet animal.

L'hypothèse de Calmette n’est donc pas acceptable ét il faut bien conclure avec Morax et Rist : « Dans la race humaine, un tel mécanisme de contamination ne paraît guère admissible, puisque des tuberculoses primitives sévères de la conjonctive, et qui mettent plusieürs mois à guérir, ne déterminent pas de lésion pulmonaire. A plus forte raison est-il peu probable, qu’une contamination conjonctivale assez pauci-bacillaire pour ne créer aucune lésion à sa porte d’entrée, puisse être à l’origine d’une tubercülose pulmonaire ».

D’ailleurs, il ne semble même pas que le bacille suive le long circuit lymphatique jusqu'aux sousclavières pour pénétrer dans la circulation sanguine. Bénalioua, en effet, s'exprime ainsi : « La voie lympho-sanguine indiquée par Morax et Rist paraît insuffisante pour expliquer certains cas de migration bacillémique traduite par un érythème noueux, alors que l’engorgement ganglionnaire est localisé au seul ganglion pré-auriculaire. Il est en effet difficile d’admêéttre, que le bacille puisse gagner le pôle inférieur dé la chaîne lymphatique cervico-faciale pour se

déverser dans le torrent circulatoire, sans déterminer chemin faisant une adénopathie appréciable. Il serait rationnel d’admettre en pareil cas le passage direct du bacille dans le sang au niveau même de la lésion conjonctivale. Dans le même ordre d’idée, Robert Debré, Saenz, et Broca, dans deux cas de primo-inoculation pulmonaire avec érythème noueux, ont pu mettre en, évidence la bacillémie avant l’apparition de toute adénopathie hilaire, établissant ainsi la migration sanguine directe sans participation de la voie lymphatique ».

+ Pour conclure, on voit que les données de la patho-

génie coïincident avec celles de la clinique. L’inoculation tuberculeuse de la conjonctive peut se faire sans aucune solution de continuité et déterminer une poussée bacillémique transitoire, mais elle n’entraîne pas dans la très grande majorité des cas de localisation pulmonaire tuberculeuse.

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