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chancres tuberculeux primitifs, qu’ils siègent dans le poumon, la peau, au prépuce, ou sur la conjonctive, déterminent toujours une adénopathie régionale précoce volumineuse et durable », et en 1935, Morax et Rist concluaient : « Ce qui caractérise la tuberculose conjonctivale de primo-infection, ce qui la distingue de tous les cas de tuberculose oculaire bien plus fréquents et toujours secondaires, c’est l’adénopathie prétragienne satellite toujours présente, le plus souvent volumineuse, parfois énorme, s’accompagnant d’œdème déformant le visage. »
La réaction ganglionnaire de la lésion conjonctivale a donc maintenant, sans discussion, conquis la place qui lui revient dans la clinique de la tuberculose conjonctivale primaire. Il est donc capital de connaître l’anatomie des voies lymphatiques de la conjonctive et des paupières. Les vaisseaux lymphatiques des paupières suivent deux directions différentes : les uns, le plus grand nombre, partent des 3/4 externes des paupières et vont aux ganglions parotidiens ; {es autres, provenant de la partie interne, aboutissent aux ganglions sous-maxillaires. Pour la conjonctive, 1a disposition est semblable : certains vaisseaux, provenant de la partie externe, s’unissent aux vaisseaux palpébreux et gagnent avec eux les ganglions parotidiens et, en particulier, le ganglion préauriculaire ; les autres, suivant les vaisseaux palpébraux, se jettent dans les ganglions sous-maxillaires. En résumé, les ganglions parotidiens et, au tout premier plan, le ganglion prétragien, sont les
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satellites de la conjonctivite. C’est dire toute l’importance de l’adénite prétragienne en pathologie oculaire. Mais les ganglions sous-maxillaires reçoivent directement une partie des collecteurs de la conjonctive et il n’est donc pas surprenant de voir, dans certaines observations, l’adénopathie sous-maxillaire prendre le pas sur l'atteinte prétragienne.
Cliniquement, la réaction ganglionnaire se présente donc comme une adénopathie homolatérale, prétragienne au premier chef, sous-maxillaire accessoirement. Son développement est toujours considérable, tant du fait de la tuméfaction ganglionnaire elle-même, que de l’æœdème de périadénite. L’indolence est remarquable, comme au niveau de la lésion conjonctivale, et c’est à peine si la pression révèle une légère douleur. Le ganglion peut rester cru, mais le plus souvent évolue vers la fonte caséeuse, et souvent, dès le premier examen, la peau est amincie, violacée, et on constate une fluctuation nette. L’ouverture à la peau survient dans bien des cas, malgré des ponctions évacuatrices, réalisant une fistule ayant tous les caractères habituels de la fistule tuberculeuse. Telle est la description générale que l’on peut donner du complexe conjonctivo-prétragien, dont nous avons considéré les deux éléments : le chancre et l’adénopathie satellite.
Il va sans dire qu'avant d’affirmer une primo-affection, on procédera à un examen complet du sujet. L'appareil pulmonaire doit être exploré en premier
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lieu, tant cliniquement que radiologiquement. La radiographie doit être pratiquée dans le but de vérifier l’absence de toute lésion tuberculeuse de réinfection ou de la cicatrice d’un chancre d’inoculation pulmonaire ancien. Il est évident que la constatation d’une de ses images anéantirait, ipso facto, l’hypothèse de complexe primaire oculaire, mais il est tout aussi évident qu’une image thoracique strictement normale n’implique pas que le sujet n’a pas déjà été tuberculisé. Il est bien connu, en effet, que nombre de chancres d’inoculation et nombre de lésions de réinfection restent radiologiquement invisibles. Il ne faudra donc pas se prononcer à la légère sur un aspect pulmonaire normal et en conclure qu’il n’y a jamais eu atteinte bacillaire. Aussi n’est-il pas inutile de faire un examen bactériologique des crachats ou du produit du lavage de l’estomac par examen direct, homogénéisation, ensemencements en milieux appropriés et inoculations à l’animal.
L'examen complet doit encore faire éliminer une localisation cutanée, articulaire, osseuse ou génitale de la tuberculose. Un examen du rhinopharynx doit être demandé, car on connaît la possibilité d’une propagation à la muqueuse conjonctivale d’une tuberculose nasale.
Certes, l’absence de toute autre bacillose n’implique pas l’idée de primo-infection, maïs ce n’est que par de telles précautions qu’on pourra mettre de son côté toutes chances d'éviter une erreur grossière et inexcusable.