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CHAPITRE IV

« Je demande à Votre Majesté de passer à l'expédition des affaires, continua Touche-à-Toul, en remuant ses dossiers. Il est heureux pour le pays que Voire jeune Sagesse s'arrache dès le premier jour aux plaisirs et aux fêtes, car l'administration n'attend pas. Depuis ce matin )'ai été obligé de faire cent nominations qu'il est urgent de signer.

^ — Cent places vacantes en six hetires, dit Jacinthe, un peu étonné ?

— Sans doute, Sire, répondit Touche à-Tout, toujours griffonnant. D'après la dernière slatis^ tique nous avons 385,657 fonctionnaires payés, 15,212 surnuméraires et 12,525 aspirants surnuméraires. Cela fait un total dq 415,591 employés qui se dévouent 'au service de l'Étal. En

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calculant une moyenne de cinq ans pour l'avancernent, cela nous fait un (otal de 82 678,80 nominations annuelles, ou de 6889,90 nominations mensuelles, ou de 229,90 nominations journalières.

— C'est toute une armée, dit Jacinthe.

-— Ilélas! Sire, dit le baron Pleurard en levant les yeux au ciel, c^est bien peu. Ce peuple de mécréants est si fainéant, si revêche et si malicieux, que pour le faire marcher droit il faudrait deux fonctionnaires par chaque habitant, Tun pour l'obliger à travailler, l'autre pour l'obliger à se taire. On y viendra quelque jouri Fasse le ciel que ce ne soit pas trop tard et que Ja révolution... 9 II soupira, ouvrit sa tabatière et regarda Jacinthe avec attendrissement.

« Sire, reprit Touche-à-Tout, j*ai pensé que Tavénement de Votre Majesté devait être signalé par quelques-unes de ces grandes œuvres qui immortalisent les princes et marquent dans la vie des peuples. Faire le bonheur de vos sujets et laisser un nom dans Thistoire, c'est, j'en suis sûr, la noble ambition de Votre Majesté.

— Vous m'avez compris, dit Jacinthe, flatté decetcxorde.

— Sire, continua Touche-à-Tont, vos ancêlres onl fonde un gouvernement aussi admirable par la solidité que par retendue : mais rien n'est fait tant qu'il reste quelque chose à faire. Déjà tout Gobemouciie est dans nos mains sa vie durant. C'est à nous qu'il appartient de l'inscrire en naissant, de Tinslru re, de le conscrire, de le conduire, de le punir, de le vacciner, de l'imposer, de Tadminisircr, de le marier, de le décorer et deTenterrer. Mais enlrc sa naissance et sa mort que de fois il nous échappe! Que de lacunes à combler !

— mon ami, s'écria le baron Pleurard avec des l3(;'mes dans la voix, que Dieu vous bénisse, vous et votre œuvre ! Domptez cette race révolutionnaire ; ôtez-lui la possibilité défaire le mal, ne lui laissez que la liberté de faire le bien.

— Voici, dit Touche-à-Tout, quelques petits projets de loi qui répondront aux nobles désirs de mon vertueux ami. »

Et il lut ce qui suit :

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